Crèche : face à la pénurie de professionnels, le gouvernement autorise le recrutement de non-diplômés

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Les crèches manquent de personnel, particulièrement en Île-de-France. Pour faire face à cette pénurie, le gouvernement a publié un arrêté le 4 août dernier permettant le recrutement de personnes non-diplômées. Au grand dam des professionnels de la petite enfance.

Dès le 31 août, les crèches privées ou publiques pourront recruter des candidats non-diplômés. Pour le gouvernement, l'arrêté ministériel et notamment l'article 3, a pour objectif de répondre à la pénurie de personnels de la petite enfance, comme les auxiliaires de puériculture ou les éducateurs petite enfance. qui sont jusqu'à aujourd'hui des professionnels titulaires d'un CAP petite enfance, d'un diplôme d'auxiliaire de puériculture ou d'éducateur de jeunes enfants. Dorénavant les nouvelles recrues non-diplômées bénéficieront de 120 heures de formation en crèche. Dès 35 heures, elles pourront être en charge d’un groupe d’enfants, accompagnées par un professionnel diplômé.

Sécurité des enfants, braderie des diplômes, nouvelles tâches d’encadrement. Les professionnels de la petite enfance ne cachent pas leur colère. Blandine Leroy est responsable d’une structure d’accueil dans un établissement privé non lucratif à Paris. Elle est également membre du bureau national du Syndicat national des professionnels de la petite enfance. (SNPPE). Elle sait la difficulté de trouver du personnel. (En France, il manquerait 10 000 professionnels dans le secteur) mais se dit aujourd'hui très inquiète dénonçant l'arrêté ministériel.

Avec plus de 30 ans de métier dans la petite enfance, elle a vu, au fil des réformes, "la situation se dégrader concernant les qualifications demandées pour recruter". "L'observation ne suffit pas. Il faut accompagner, il faut des temps de réunion, de discussions, de débriefing, au risque de ne pas déceler un handicap, une famille en difficulté... Au bout de 120 heures, la personne n'aura rien acquis."

Des diplômes bradés

"Un éducateur pour jeunes enfants, c'est bac+3, un BEP professionnel c'est sur deux ans",120 heures, c'est 3 mois de formation", s'indigne Cathy Ligère, également membre du bureau SNPPE, dénonçant la dévalorisation des diplômes et des formations induite par l'arrêté.

Même son de cloche pour Colomba Coleta, auxiliaire de puériculture dans une crèche à Paris et élue en son nom propre à la DFPE (Direction des familles et petite enfance). "Certes les difficultés sont nationales. Mais nous sommes des professionnels qualifiés de la petite enfance. Comment redonner de la valeur à nos diplômes et ne plus souffrir du manque de considération quand on va se permettre d’embaucher des personnes non qualifiées ?", s'indigne-t-elle.

La question de la formation

Le temps de formation consacré aux non-diplômés effectué au sein des établissements d'accueil suscite également la colère des professionnels. "Pour les former, on va être amené à délaisser notre travail auprès des enfants. Nous ne sommes pas des professionnels extensibles avec plusieurs bras. Les enfants ont des activités, des ateliers, les repas. Il faut s'assurer de leur sécurité", dénonce Cathy Ligère.

"À la crèche, on ne joue pas ! Etre maman et auxiliaire ça n’a rien à voir ! On est dans le développement individuel, l’observation des enfants. On a déjà du mal avec le manque de personnel pour faire face à nos journées et mener à bien nos missions. Ce n’est pas notre rôle de former, il y a des écoles pour cela", s'exclame Colomba Coleta. Pointant la question de sécurité pour les enfants : "Quand tous les enfants pleurent, cela peut-être très difficile." A Lyon, le 22 juin dernier, un bébé de 11 mois est décédé dans une micro-crèche privée. "Excédée par les pleurs de l’enfant, elle l’a aspergée, puis lui a fait ingérer un produit caustique", avait indiqué le parquet de Lyon, après les aveux de la suspecte de 27 ans.

A Paris, "pas de recrutement de non-diplômés"

Dans la capitale, 2 enfants sur 3 de moins de 3 ans sont accueillis en collectivité. La ville peine également à recruter, reconnaît Patrick Bloche, élu en charge de l’Education, de la Petite enfance à mairie, affirmant qu'il manque 500 auxiliaires de puériculture. "Faute de professionnels pour respecter le bien-être et la sécurité des enfants, on gèle 10 à 15 % de nos places en crèche", affirme-t-il.

Mais pour lui, pas question de recruter des personnes non-diplômées. "A  Paris, il hors de question que l’accueil des tout petits soit assuré par des personnels qui n’ont aucune formation." Il dit être également attentif aux embauches dans les crèches privées : "Cet arrêté qui vise à abaisser le niveau des personnes qui vont encadrer les tout petits risque d’être prioritairement utilisé dans les crèches privées ou les micro-crèches qui se créent de façon exponentielle à Paris, à peu près 20 par an", assurant "renforcer les contrôles."

Pour faire face à la pénurie, la ville a créé le poste d'assistant d’éducation petite enfance mais qui selon Patrick Bloche "ont la nécessité d’avoir un CAP petite enfance et de ce fait, un diplôme."  

A noter que les agents petite enfance de la ville de Paris seront en grève mardi 30 août à l'appel d'une intersyndicale CGT, CFTC, UCP, SUPAP-FSU, et FO concernant des questions salariales et d'évolution de carrière. Ils demandent également un engagement écrit de la part de la Direction des familles et petite enfance concernant la non-embauche de personnels non-diplômés.

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