Féminicide à Paris : Arnaud B. mis en examen et écroué

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Écrit par Elie Saïkali avec AFP

Arnaud B. a été mis en examen jeudi pour meurtre par conjoint et incarcéré à la prison de la Santé. Il avait été interpellé mardi dernier à Montmeyan (Var), après plus de vingt jours de recherches.

Après sa reddition au bout de trois semaines de cavale à travers la France, le policier Arnaud B. a été mis en examen jeudi pour meurtre par conjoint et incarcéré à la prison de la Santé à Paris. Il est soupçonné d'avoir mortellement étranglé sa compagne Amanda Glain fin janvier à Paris.

Ce gardien de la paix né en mai 1992 avait appelé la gendarmerie mardi pour signaler sa présence chez son père, à Montmeyan (Var) où il a été interpellé sans résistance, selon des sources concordantes, puis placé en garde à vue.

Ecroué à la Santé

Sollicitée par l'AFP, son avocate n'a pas souhaité s'exprimer en marge du débat sur son incarcération devant un juge des libertés et de la détention (JLD) du tribunal judiciaire de Paris, dont une partie s'est tenue à huis clos.

Arnaud B., jeune homme aux cheveux très courts, et qui s'est présenté en pull noir et jean, entouré de trois policiers dans le box, est incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Lors de sa garde à vue, "il s'est expliqué sur les faits et sa fuite", a indiqué une source proche de l'enquête, sans donner plus de détails.

Le suspect avait été transféré à Paris mardi soir, où il a été entendu par les enquêteurs du 2e district de la police judiciaire parisienne, chargés de l’enquête. A l'issue de sa garde à vue, il a été présenté à une juge d'instruction qui, selon la source judiciaire, l'a mis en examen pour homicide volontaire par conjoint, concubin ou partenaire, une circonstance aggravante.

Arnaud B. était recherché depuis le 28 janvier, jour de la découverte dans son appartement du XIXe arrondissement de Paris du corps de sa compagne, Amanda Glain, âgée de 28 ans et décédée par strangulation, comme l'a révélé l’autopsie. Le corps de la jeune femme avait été découvert dans la salle de bain, par des policiers parisiens venus au domicile du suspect, affecté au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Ses collègues avaient donné l'alerte ne le voyant pas à sa prise de service.

"Acte inhumain"

Mardi soir, dans un communiqué à l'AFP, la famille d'Amanda Glain a demandé "que justice soit rendue pour l'acte inhumain infligé à celle qui restera à jamais leur petite fille et grande sœur chérie ». Elle s'est "félicitée" du succès de l'appel à témoins lancé par le juge d'instruction qui a "enfin permis de mettre un terme à cette insupportable cavale". 

Elle a toutefois émis le "regret que ni les enquêteurs ni la procureure de la République de Paris n'aient procédé à la diffusion" immédiate d'un tel appel, une "carence (qui) a fatalement contribué à faciliter la fuite de l'auteur des faits et à accroître ainsi la souffrance et les craintes des proches d’Amanda".

L'interpellation avait été annoncée mardi matin par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin via Twitter.

La voiture, l'arme de service et les deux chargeurs d'Arnaud B. avaient été retrouvés les 11 et 12 février à Amiens sur le parking d'un fast-food, après un appel à témoins lancé le 10 février. "Peu de temps après les faits", selon une source judiciaire, le policier avait retiré 1 500 euros à Breteuil, dans l'Oise, commune située à une centaine de kilomètres de la capitale. Samedi, un nouvel appel à témoin avait été diffusé avec deux nouvelles photos du policier pour tenter de le retrouver.

Enquête administrative

Parallèlement, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a demandé une enquête administrative sur d'éventuels manquements concernant l'autorisation de port d'arme accordée au policier. Celui-ci est connu pour violences conjugales et sa fragilité psychologique, selon une source proche du dossier.

Arnaud B. avait été placé en garde à vue en octobre 2019 pour des violences sur sa compagne de l'époque et avait écopé d'une alternative aux poursuites, un stage de sensibilisation aux violences conjugales. Sur le plan administratif, il avait été sanctionné d'un simple avertissement, la sanction disciplinaire la plus basse de la fonction publique, non inscrite dans le dossier de l'agent.