Florent Garcimore : le pianiste à la touche poétique

Le pianiste sort le 28 juin son premier album " Les petites illusions " dans lequel il interprète des classiques de la poésie française. Baudelaire, Hugo, Apollinaire... Florent Garcimore pose ses mélodies sur les vers des monstres sacrés de la littérature tout en sortant de l'ombre lumineuse de son père, le magicien José Garcimore.

D'où vous vient cette passion pour le piano?

J'ai trouvé que c'était un instrument merveilleux dès mes 4 ans. Papa m'a offert un beau Pleyel 3/4 de queue de 1886, fabriqué exactement un siècle avant ma naissance, et j'allais tout le temps dessus !
Mais j'étais tout de même plus porté sur l'écoute de la musique classique. J'étais un fou des compositeurs, je me penchais sur leur vie, je trouvais fascinant que leur musique soit là deux ou trois siècles après leur mort.
C'est à l'adolescence que j'en suis venu à jouer beaucoup beaucoup plus. Jusqu'à 6 heures par jour en rentrant du collège et du lycée. Je me suis mis à apprendre les grands classiques de Chopin ou Schubert par exemple. J'ai toujours eu la musique en moi mais je pense que j'avais des facilités car j'avais assimilé cette musique en tant que mélomane. Donc merci papa parce qu'il était aussi chef d'orchestre !
À la campagne où j'ai grandi (Le Gué-de-Longroi en Centre Val de Loire) il y avait une installation de son qui diffusait de la musique en permanence.

Piano ancien, admiration pour les compositeurs anciens et choix de poésie ancienne... quel est votre rapport au temps ?

J'ai toujours eu des affinités fortes pour la culture classique. Ayant grandi là-dedans, j'étais largué sur la culture populaire, même si je connaissais quelques chansons françaises mais beaucoup moins que les copains d'école. J'ai vite arrêté de parler de musique classique avec mes camarades parce que ce n'était pas possible. À 6 ans, c'est compliqué de parler de Beethoven... Moi je mettais en boucle, sans me lasser, des cassettes de symphonies, de concertos dans la voiture... ça me fascinait ! Je n'en parlais pas... c'était mon jardin secret.
J'ai eu cette fascination pour ce qui est devenu sacré, voire intouchable, à travers le temps. Je suis ancré dans mon temps mais en termes de goûts artistiques j'ai tendance à aller voir dans le classique. Il y a tellement d'œuvres disponibles aujourd'hui avec internet que pour se tourner vers quelque chose, il faut des prescripteurs : ça vient par les rencontres et j'adore sortir, écouter les gens, leurs histoires.
Aujourd'hui j'aime tous les styles de musique. Mais je remercie mes parents de m'avoir initié à tout ça. Cela m'a permis de bâtir mon socle à partir duquel j'ai pu travailler mon style. C'est bien de composer, encore faut-il trouver son style. Il m'a fallu quelque temps. 
Le projet est venu ensuite naturellement. Je me suis dit : si je mets en ligne pour la première fois la musique que je compose depuis l'adolescence, je vais commencer par ces bases classiques comme pour rendre hommage à ces génies et à l'éducation dont je suis issu. Même si j'ai l'intention par la suite d'écrire mes propres textes.

" J'ai vite arrêté de parler de musique classique avec mes camarades. À 6 ans, c'est compliqué de parler de Beethoven... "

Florent Garcimore

Sur votre album vous interprétez par exemple "Spleen" de Baudelaire, "Le dormeur du Val" de Rimbaud, " Le misanthrope" de Molière... Comment met-on en musique les classiques de la poésie française que vous avez choisis pour votre disque ?

La poésie, si on s'en tient à la définition, c'est quand même des mots agencés de manière à véhiculer des émotions par des sonorités, la beauté des mots et un rythme. Il y a une forme de musique déjà à la base lorsque la poésie est dite mais il n'y a pas de mélodie. Ma démarche c'est de respecter le souhait de départ, à savoir que c'est déjà une forme de musique parlée, c'est pour cette raison que je parle plus que je ne chante. Et avec le piano je rajoute un univers supplémentaire.

"Je devais commencer par ces bases classiques comme pour rendre hommage à ces génies et à l'éducation dont je suis issu "

Florent Garcimore

À 36 ans, qu'est-ce qui fait que subitement vous avez voulu sortir cet album ?

Cela ne fait pas longtemps que j'assume d'être artiste et de montrer ce que je fais. C'est venu grâce aux réseaux sociaux et aux réactions des inconnus. Tu as la tête dans le guidon, tu crées tes trucs et à un moment tu te dis que tu as peut-être trouvé quelque chose. Tu postes et pour ça, Instagram est vraiment une prise de température idéale. Et quand on porte mon nom, qui est un nom d'artiste à la base, il y a forcément des attentes même si je n'exerce pas le même art que mon père. Je dis souvent que mon meilleur héritage est mon nom d'artiste et que papa visait le Graal,. Il visait Paris et là c'est un peu la même chose qui se passe pour moi. C'est simplement depuis le début de l'année que je joue en public, que je fais des prestations. 

Pourquoi était-il si compliqué d'assumer ce statut d'artiste?

Comme j'ai grandi beaucoup dans l'observation de l'aura de papa et que j'a été sans cesse renvoyé à son capital sympathie qui est énorme encore aujourd'hui d'ailleurs, la timidité a rejoint la patience face à l'affirmation de soi.
Pour l'anecdote c'est à son décès que j'ai commencé à jouer beaucoup de piano (José Garcimore est décédé en 2000 NDLR). Comme un exutoire. Le deuil reste une tristesse mais j'étais heureux de jouer. C'est le piano qui m'a "sauvé".
Mon père n'a jamais été un poids ou un complexe mais au contraire une fierté. Les gens sont gentils et bienveillants et me disent que ça doit m'embêter quand ils m'en parlent. Au contraire, ça me fait plaisir à chaque fois de la même manière que mon père avait plaisir qu'on l'arrête à la station-service, au super marché ou sur la cour d'école où il sortait des tours de magie, il faisait le show.
Trouver mon style de jeu a été compliqué et la voix est venue plus tard, par une formation au cours Florent et par une formation au doublage. J'ai combiné ça au piano, et voilà le résultat. Dans un premier temps, l'objectif était de mettre en ligne la musique et j'espère que ça va trouver son public. Mais après, le but est de performer dans les salles.
Chaque chose en son temps.
J'ai tout fait tout seul, grâce à un crowdfunding pour financer l'enregistrement dans les prestigieux studio Saint-Germain. 

Avant la sortie de l'album le 28 juin, des extraits des "Petites illusions" de Florent Garcimore sont à découvrir en ligne ici