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Gay Games 2018 : Kidnappé et battu, Moses a fuit le Bénin

© juliette lambot
© juliette lambot

Moses a fuit le Bénin en février 2017. Quand il a déclaré son homosexualité, il a été insulté, kidnappé et frappé. Depuis il a trouvé une certaine paix en France. Invité en tant que boursier par les Gay Games, cette participation aux mondiaux de la diversité le remplit d’espoirs.

Par Juliette Lambot

Moses nous demande tout de suite de préserver l’anonymat ( nous avons changé son prénom). Car si au Benin, l’homosexualité n’est pas condamnée par la loi, elle peut-être assimilée à un attentat à la pudeur et passible de plusieurs années d’emprisonnement. Son histoire, il la raconte avec simplicité…Mais très vite l’émotion l’emporte. Ce qu’il a vécu dans son pays le bouleverse. C’est violent. Inhumain. Intolérable.

Dans mon pays je n’étais pas accepté et ma vie était en danger. Ma famille est chrétienne. J’ai été élevé dans une famille conservatrice et chez nous la tradition et la religion passent avant tout. 

Quand il déclare son homosexualité à ses parents, son père va tout de suite chercher une machette dans sa chambre. La réponse est violente. Le rejet immédiat.  
 

"Ma mère m’a dit que j’étais une erreur de la nature, une abomination, une honte pour eux et que je ne méritais pas la vie. Mon père a voulu m’assommer avec sa machette. C’est là que je me suis sauvé. "

L'homosexualité est condamnée au Togo par la Loi


Il se réfugie en ville dans un studio avec le peu d’argent qu’il lui reste et continue à suivre ses cours à l’université. Mais très vite son homosexualité devient publique et ses camarades l’excluent.
Ils retirent son nom de la liste des groupes de travail et s’écartent quand il s’approche d’eux.
 

« Je ne me sentais pas humain. J’avais honte de moi-même. Je n’arrivais pas à me regarder dans une glace car ils m’ont fait croire que je n’étais pas un humain. »


Et puis Le 17 décembre 2016, il est kidnappé par des inconnus.  

J’ai été ligoté, battu toute la nuit et séquestré.  Ils m’ont laissé inconscient et quand je me suis réveillé, j’étais nu avec du sang sur moi. Je ne savais pas d’où venait ce sang. Ma tête avait été fracassée. Je sais pas qui a fait ça. Je ne connais pas ces personnes. Ils avaient des cagoules. 


Moses aurait dû porter plainte. Mais il connaît les règles de son pays. Il a peur. Il n’ose pas. Au Bénin, le poids de la tradition et de la religion brouille la raison et pousse parfois à l’intolérable. Alors il n’a pas confiance, ni en la police,  ni en la justice.
  

 Je sais que ma plainte n’aurait pas été prise en compte car tout le monde est influencé. Tout le monde pense à la tradition, tout le monde pense qu’un homme doit être avec une femme et porter plainte c’est s’exposer encore. 

Après son kidnapping, Moses prend l’avion pour la France. Son dossier est aujourd’hui en attende de régularisation.  Il a demandé le statut de réfugié politique.Sa participation aux Gay Games est une bouffée d’oxygène, de l’espoir.  Je n’ai pas les mots justes pour l’expliquer, mais je me sens accepté et ça fait du bien. 


Depuis qu’il est parti de chez lui, Moses n’au eu aucune nouvelles de sa famille. Il reste déboussolé par leur réaction.


C’est du rejet, de la solitude et en même temps un sentiment d’injustice. J’aurais aimé vivre ma vie comme tout le monde. Je me suis demandé pourquoi certains ont le droit de vivre leur vie comme bon leur semble et d’autres n’ont pas le droit. 



La France se hisse aujourd’hui à la 5ème place des pays européens les plus Gay Friendly, depuis qu'elle a aboli la loi obligeant la castration chimique pour les personnes souhaitant changer de sexe. Un classement de l'ILGA basé sur la notion d'égalité à l'égard des LGBT+. et leur protection par les lois nationales.  
L’année dernière, il y a eu en France plus de 1000 actes homophobes enregistrés par les commissariats de Police. Le nombre d’agressions physiques et de plaintes déposées dans les commissariats a augmenté de 15% en un an. 
 
Mardi 26 juin 2018, quartier du Marais - Paris / © Jeromeuh
Mardi 26 juin 2018, quartier du Marais - Paris / © Jeromeuh

L’homosexualité est aujourd'hui passible de la peine de mort dans 12 pays. 72 pays la condamnent encore. 



 

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