Gay Games : coup de coeur, coup de gueule

© France 3/FML
© France 3/FML

Vous faire vivre les Jeux de la diversité par le regard des membres de l'équipe des Régions France 3. C'est l'objectif de cet article, une sorte de Blog qui est nourri au moins d'un billet quotidien, pour partager nos impressions, nos émotions, nos rires et nos larmes.

Par Frédérique-Marie Lamouret

L’équipe des régions France 3 a choisi de vous raconter les Gay Games, également appelés les jeux de la diversité, par le regard de celles et ceux qui y participent.
Depuis plusieurs semaines nous avons rencontré, écouté, filmé des femmes et des hommes, homosexuels, hétérosexuels pour qu’ils nous confient une part de leur vie, les motivations qui les poussent à venir à Paris pendant 10 jours. Au delà de l’aspect strictement touristique -car Paris fait toujours beaucoup rêver- les 10317 inscrit(e)s ont bien d’autres raisons de dépenser 175 euros pour leur inscription sans compter l’hébergement. Certain(e)s ont des parcours exceptionnels, risquent leur vie au quotidien, certain(e)s même ne savent pas s’ils pourront rentrer dans leur pays à l’issue de cet événement.
D’autres ont une vie de famille rangée, homo ou queer…



homo ou queer

Toutes et tous veulent signifier un engagement ; celui qui pousse à lutter pour l’égalité des droits, tous les droits. Et lutter contre les discriminations. Toutes les discriminations.
Bref, nous sommes 8 à nous relayer pour vous faire vivre tout cela pendant 10 jours. mais comme cet événement n’est pas tout à fait comme les autres, nous désirons aussi nous départir de cette distance qui nous est demandée d’ordinaire pour remplir notre mission d’informer. Nous souhaitons vous faire vivre aussi ces réunions sportives, ces expositions, ces festivals à travers nos yeux de filles et garçons, d’âge varié, de régions diverses… Dans ce billet, tous les jours l’un d’entre nous au moins viendra à sa manière, avec ses mots, son histoire personnelle vous conter ses émotions, ses rencontres, les spectacles ou manifestations auxquelles elle/il aura assisté.
L'équipe rédaction (samedi 4 août 2018)

 

Fier(e)s et différent(e)s après

 
Les Gay Games Paris 2018 se terminent. La grosse semaine et la préparation nécessaire en amont laissent une grande fatigue mais également une sensation de bien être. Parce que la solitaire que je suis n’aime rien tant que les aventures collectives. Ces opérations spéciales sont l’occasion d’avancer groupés, de se sentir renforcés par la solidarité, la vivacité des réflexions collectives. Par ce corps vivant qu’est un projet qui prend vie et évolue, grandit, devient une bulle de forces vitaminées. L’équipe ici n’a pas failli à cet esprit qui la soude.
 
Mais cette fois, l’histoire fut toute autre, et l’aventure un cheminement également intérieur.
 
Pendant 10 jours, nous avons essayé de rendre compte de cet événement hors du commun au travers des yeux des participants, des sportifs, des encadrants, des bénévoles…
Les compétitions n’étaient qu’un prétexte, et la fête qu’une façon aimable et joyeuse de porter un idéal bien plus grand que toutes ces femmes et ces hommes réunis à Paris, fussent-ils plus de 10 000. Un procédé pudique mais déterminé de lutter pour toutes celles et ceux qui n’ont pas le droit d’exister, ou ne s’estiment pas le droit de vivre face à la pression qui les étouffent. Tout simplement.
 

Ca tord les tripes

Nous avons fait des rencontres qui nous ont chamboulés. Bouleversés. Ecouté des témoignages que nous n’oublierons pas. Il y aura, nous en sommes tous certains, un avant et un après. Car le fossé est grand entre savoir et vivre, sentir. Le danger de mort que courent des femmes et des hommes dans leur vie de tous les jours, dans de nombreux pays, simplement parce qu’ils sont différents de la norme… Quand ils vous l’expliquent, avec leurs mots, leur regard… je vous jure, les tripes se tordent, la gorge se serre, le sentiment d’impuissance submerge…
 


Une portée symbolique 

Il y a eu aussi ce blog. L’idée, je la revendique ; je pensais bien que la diversité représentée au cœur de notre groupe serait une manière de raconter d’une autre façon, plus impliquée personnellement, moins artificiellement distanciée.

Mais je n’imaginais pas la valeur cathartique qu’elle allait prendre. Pas plus que la portée symbolique des billets rédigés. Hétéros ou homos, aguerris ou débutant dans la vie d’adulte. Découvrir tous les jours les mots de celle ou celui qui se désignait volontaire pour l’exercice était un rendez-vous parfois violent. J’ai pleuré, nous avons tous pleuré, à la lecture des lignes de Madison, 22 ans. J’espérais sincèrement que 30 ans de lutte nous exempteraient de cette dure confidence. Se voir jeter au visage le bégaiement de l’histoire, la répétition des histoires, nous a profondément secoués. Et le choc passé, nous a donné davantage de raisons de nous battre. Mais putain que la route est longue !

 

© france 3/Nicolas Hugot
© france 3/Nicolas Hugot


 
J’ai passé ma vie hors des cases. Un destin, une envie aussi. Pas toujours faciles mais Indispensables. Un essentiel. Une zone d'inconfort permanente, nécessaire pour continuer d'avancer. Pour simplement vivre, se libérer des codes, des entraves. Vivre libre, quitte à en payer le prix.
 

Un devoir ancré dans la morale républicaine

J’ai certes dû gagner le regard de mon papa, au départ peiné et inquiet ; mais ma famille m’a finalement épargnée beaucoup et ma mère, protégée de sa fierté. Consciente de la force de ce ciment originel, je l’ai toujours été. Je n’ai eu de cesse de mener la lutte pour légalité des droits, autour de moi, pour les autres qui ne bénéficient ni de cette chance ni des outils pour se défendre. Aussi désuet et dérisoire que cela puisse apparaître, il s’agit pour moi d’une sorte de devoir ancré dans la morale républicaine.
 

Alors c’est avec gourmandise et bonheur que je profiterai longtemps de chacune des images de joie, d’exploit personnel sportif ou non, de ces instants partagés qui cassent les chaînes de la solitude non choisie. De ces yeux brillants de mille feux, de ces sourires, ces rires, ce bonheur retrouvé pour beaucoup d’être accueillis au cœur de la collectivité. Tout cela me renforce.

 
Fiers nous pouvons l’être collectivement d’avoir donné vie à ces femmes et ces hommes, qui d’ordinaire sont le plus souvent transparents aux yeux de la société, quand il ne leur est pas porté atteinte physiquement. Fiers, aussi d’avoir fait sonner la parole de ces femmes et ces hommes qui doivent le reste du temps se taire et se cacher. Fiers nous devons l’être encore d’avoir donné de la résonance aux mots qui ornent nos édifices officiels : Liberté égalité, fraternité.
Fiers nous pouvons l’être enfin, d’avoir contribué aussi à donner du sens à notre mission de service public de l’audiovisuel.
Fred-Marie (dimanche 12 août 2018)
 

Si vous êtes triste, venez aux Gay Games, ça vous rendra gai !

Arrivé en salle de presse avant la cérémonie d'ouverture, je passe mon accréditation autour du cou, et là, c'est ce genre de moment où le mot fierté prend tout son sens.

Si on m'avait dit il y a trois ans, avant mon coming-out, que j'en serais là aujourd'hui, je ne l'aurais jamais cru. Je n'aurais même pas osé l'espérer… L'espoir, je n'en avais aucun.

J'ai 22 ans, je suis homo et je l'ai très mal vécu. Je n'ai jamais été directement agressé, de quelque manière que ce soit. Mais la violence était là, insidieuse et diffuse. J'ai appris à (me) camoufler, à (me) mentir, à (me) détester, parce que c'est ce que nous enseignent la famille, l'école, la société, sur les personnes différentes.
 

© France 3/Xavier Collombier
© France 3/Xavier Collombier



Une simple petite réflexion peut changer quelque chose dans la tête de votre enfant. Ces quelques mots ordinaires sont violents. Dialoguez, communiquez, parlez de tout avec votre enfant ! S'il n'exprime rien, ne vous dites pas que tout va bien, la souffrance est invisible et on apprend à la cacher. Vous ne voulez pas qu'une fois adulte il vous dise qu'il ne s'est jamais senti à sa place, qu'il a vécu dans la terreur, qu'il a abimé son corps pour extérioriser la douleur.

J'étais mal, au fond du trou, mais ces quelques jours à Paris ont changé quelque chose en moi. Une toute petite chose, mais qui aura un impact sur tout mon avenir.

De la diversité, j'en ai vu aux Gay Games ! De la beauté aussi, de la lumière, tous ces gens rayonnaient, ils étaient solaires ! Les voir s'assumer, s'aimer, lutter, c'est beau. Des gens comme vous et moi, ordinaires en somme, car la différence est normale, naturelle, il faut la reconnaître mais jamais l'exclure car c’est une richesse.

J'écoute en boucle Cartagène d'Indochine. "Putain c'est dur la vie, oh oui putain et que ça dure", ces paroles me font frissonner à chaque fois que je les entends. Oui c'est dur, mais c'est ensemble qu'on avance. Ces athlètes en sont là car ils ont trouvé leur place dans un monde qui n'avait pas voulu d'eux. Ce sont des modèles de combativité et d'abnégation. Je les admire.

Si vous êtes triste, venez aux Gay Games, ça vous rendra gai !
Madison (jeudi 9 août 2018)

 

Merci Apolline

Ma plus grande satisfaction sur cette expérience Gay Games ? J'en ai une.
Je ne vais pas vous raconter ma vie. Homo… Hétero, je le suis. Pas besoin d'être Gay pour couvrir les Gay Games. Pas de différence. On vit ensemble, point barre. Je nous considère tous comme citoyens : avec des bonnes et des mauvaises personnes.
Ce que je retiens de ma participation à ces Gay Games, ce sont des anonymes qui sont des héros dans leur combat.
J'ai rencontré Apolline. Nous sommes allés, avec Olivier, journaliste, écouter son histoire.
Fin de journée, 18H30. Un peu fatigué par l'intensité de l'événement. Je ne sais pas trop où je vais. J'emboîte le pas d'Olivier dans un troquet, non loin de l'Hôtel de ville.
On est supposés tourner un module vidéo sur l'histoire d'une sportive homosexuelle. 
On arrive au Bistrot Marguerite. Et là, une tablée de volleyeuses nous accueille : toute l'équipe est là. On s'assoie avec elles, et on commence à les écouter. J'apprends qu'Apolline, une des joueuses, participe aux Gay Games. Elle est amputée d'une partie de sa jambe. 

Tout au long de l'interview, on ressent une puissante amitié entre toutes ces filles. Une entraide collective qui lui a permis de surmonter ce handicap.
Je me suis laissé embarquer par leur sincérité. J'ai eu beaucoup de mal à contenir mon émotion lorsque je vois Apolline, les yeux remplis de larmes, continuer à échanger sur son aventure humaine avec ses coéquipières. Un amour fraternel sincère qui vous transperce. C'est incroyable.

© J. Alberts
© J. Alberts


Fin de l'entretien. On traverse la rue pour prendre quelques photos avec l'équipe. Puis, on tourne une vidéo verticale sur le pont d'Arcole avec Apolline. Tout au long de l'enregistrement de la vidéo, je la regarde, absorbée par ce qu'elle nous (vous) raconte. Elle est rayonnante, un sourire incroyable. 
Fin de l'interview, on échange quelques mots. J'apprends qu'elle s'est mariée avec sa compagne, quinze jours auparavant. Magnifique !
De ce drame survenu en 2014, elle m'avoue que c'est grâce à son entourage qu'elle a su se ré-approprier son corps. A un tel point, qu'elle n'a plus aucun problème à sortir en short avec sa prothèse.
Le soir même, j'ai beaucoup pensé à son histoire. Et comment elle a vécu son homosexualité ? Le regard des autres ? A-t-elle subi des remarques homophobes ou pire encore ? C'est devenu secondaire en fait quand on considère son accident de vie et le parcours qui a suivi.
Rien d'autre qu'une formidable énergie grâce à l'amour, l'amitié de son entourage. Croisez son regard radieux et vous comprendrez !

Je suis encore profondément ému d'écrire ces quelques mots. Le sens de mon job ; le voilà !
Faire partager ces histoires de vies d'anonymes. Merci Apolline. 
Nicolas (samedi 11 août 2018)

 

Sport et différence, deux mots qui guident ma vie 

Les Gay Games. Je ne savais même pas que ça existait avant qu'on me propose de faire partie de l'équipe qui couvrirait l'événement pour France 3. J'ai dit oui, parce que passer une semaine en août (et à la fin des soldes!!) à Paris à bosser comme une dingue avec des copains, c'est la plus grande des motivations. Officieusement, parce que je voulais voir comment certains avaient réussi à gérer deux choses qui sont des fondements de ce que je suis aujourd'hui : le sport et la différence.
 



J'ai toujours fait du sport, d'aussi loin que je me souvienne. Parce la petite fille que j'étais avait "besoin de se dépenser" ; et parce que j'étais aussi "un peu bizarre. Passer du temps avec des enfants de son âge, ça lui fera du bien". J'ai dû commencer par la gymnastique. Mais tous les sports y sont passés jusqu'à je me fixe sur le volley-ball. J'ai joué en Nationale 2 pendant plusieurs saisons. J'ai même été semi-professionnelle, envisageant un sport-études. J'ai vécu mes plus beaux souvenirs de sportive sous un Molten ou un Mikasa. C'est aussi derrière le filet que mes déjà nombreuses expériences de discrimination ont été confirmées : moi qui me rêvait attaquante poste 4, j'ai échoué à la passe parce que j'étais petite et que j'avais "le cul lourd", selon mon entraîneur. Sans compter toutes les réflexions sur le fait que je n'étais pas "normale".

C'est là que la deuxième composante de ma vie fait son apparition : la différence. Pour faire court, je me situe comme qui dirait dans l'antichambre de l'autisme Asperger, diagnostiquée à 30 ans "Très Haut Potentiel Intellectuel" avec plusieurs "Troubles du Spectre Autistiques". Quelques uns de plus dans la grille d'évaluation et j'étais bonne. Dit comme ça, ça fait peur. A vivre, croyez-moi, c'est pire. C'est en grande partie dans le sport j'ai trouvé le moyen d'exprimer le manque de limites inhérent à ce que je suis. Et toutes ces rafales d'émotions que je ne sais pas toujours gérer.

Le sport m'a aidée à arrêter de penser. Un peu. Je garde en mémoire ces temps morts de matchs de volley durant lesquels j'écoutais les consignes de l'entraînement tout en griffonnant sur un bout de banc le plan d'une dissert de philo. Ou ces semi-marathons à l'arrivée desquels la structure et le texte de mon reportage du lendemain étaient prêts dans ma tête.

Le sport m'a permis de passer outre les comportements ritualisés que j'avais développés. Il m'en reste quelques-uns. Mais c'est surtout en allant courir ou en soulevant de la fonte que j'ai évacué, et que j'évacue encore, la souffrance émotionnelle que cette différence implique.

Et comme je ne fais pas les choses à moitié, me voilà à la tête d'une fratrie de 4 mômes dont pas un seul n'entre dans une case : un dyslexique/dysphasique par ci, deux Très Haut Potentiel Intellectuel par là et pour parfaire le tableau, un petit dernier autiste léger. Autant vous dire que la différence, je sais ce que c'est !!! C'est ma norme.

Et quand j'ai débarqué lundi de ma Picardie pour prendre mes quartiers au QG de la cellule Gay Games de France 3, j'ai senti ce que je m'évertue à enseigner à mes enfants - et que j'ai eu tant de mal moi-même à à accepter : la différence et la diversité des différences sont des chances. Et il est essentiel de vivre ces différences avec le sourire et la joie au coeur. Peu importe ce que peuvent en dire les autres.

 

GG, la mascotte de l'équipe France 3 Régions pour les Gay Games 2018. / © Instagram jennie_alberts
GG, la mascotte de l'équipe France 3 Régions pour les Gay Games 2018. / © Instagram jennie_alberts

 

Porter en bandoulière le fait d'être autrement. En être heureux. Toujours. Malgré les jugements. Je n'ai été fière de ce que je suis que quand la différence de mes enfants est apparue : je ne voulais pas qu'ils laissent une énergie folle à essayer de se cacher. A essayer de se conformer à des stéréotypes auxquels, par nature, ils ne correspondraient jamais. Comme moi j'avais pu y laisser une partie de ma vie.

Et cette fierté, je la vois dans les yeux de tous ces sportifs, homosexuels, hétérosexuels, valides, invalides. C'est ce que j'ai ressenti samedi dernier en regardant la cérémonie d'ouverture depuis mon ordi sur ma table de cuisine. Et quand elle a été finie, je suis allée préparer mon sac de sport pour le lendemain et mon sac de voyage pour Paris.
Jennifer (mardi 7 août 2018)

 

Tous égaux...évidemment tous égaux !!! 

Les Gay Games tu seras là ? Bien-sûr, je serai là.
Encore plus pour parler de discriminations, d’injustices et d’inégalités. Encore plus pour dénoncer, partager la paroles des uns et des autres, faire mon boulot quoi. Alors je plonge. Avec Giampiero d'abord. Ce sont ses 6ème Gay Games. Il vit à Marseille avec Elye, son amoureux. Surtout, il a reproduit l’esprit Gay Games à son échelle en créant une association, MUST. Une association sportive pour Tous. Et comme il le dit, le pour "Tous" est important. Sa façon de dénoncer l’homophobie dans le sport m’interpelle. Peur des athlètes professionnels de faire leur coming-out. Peur des sponsors. Peur du public …« comme si quand on était gay, on était « moins » ». Cette dernière phrase reste un choc. Je réalise l’aberration de la situation. En 2018, en France, avouer son homosexualité dans le sport ou ailleurs reste une honte. Une peur. Il suffit d’écouter les chants des supporters de foot. Les « Arbitres enculés ». Les « On est pas des pédés » . Il reste du chemin à parcourir.
Quelle société sommes-nous pour avoir encore plus de mille actes homophobes sur notre territoire en 2017?

 

Salle de presse Gay Games. / © France 3/.J.Lambot
Salle de presse Gay Games. / © France 3/.J.Lambot

Et puis, je rencontre Moses. Il vient du Benin. Rejeté par sa famille, kidnappé et battu pour son homosexualité, il a fuit son pays en 2017. Invité par l’organisation, il participe aux Gay Games en tant que boursier. Je le rencontre samedi matin. Lui aussi a peur et préfère garder l’anonymat. Il me raconte. Son père va chercher une machette pour l’assommer. Sa mère  lui dit qu’il est une erreur de la nature, une abomination, une honte pour eux et qu’il ne mérite pas la vie. Il finit par ne plus pouvoir se regarder dans une glace et penser qu’il n’est pas humain. Je me brise intérieurement quand il a joute :  « Je me suis demandé pourquoi certains avaient le droit de vivre leur vie comme bon leur semblent et d’autres  pas». Depuis hier, Moses, je me pose aussi cette question. Elle m’obsède. Quelles religions et quelles sociétés ont formaté notre monde pour qu’on en arrive là ???  Avoir honte de ce que l’on est, de ce que l’on ressent…honte de nos désirs profonds !!!
 



Et ce matin, je tombe sur elle. Elle s’appelle « Droit à l’orientation sexuelle dans le Monde - Vue d’ensemble ». C’est une carte de l’Ilga et je vous assure que la vue d’ensemble n’est pas belle à voir. L’homosexualité reste un crime dans plus de 70 pays. Risque de peine de mort dans 12 pays, de prison à perpétuité dans 14 états, jusqu’à 14 ans de prison dans 57 pays…

 

© F-m.L
© F-m.L

Giampmiero, Moses et les autres, je vous assure qu’il ne faut pas lâcher. Il faut continuer à témoigner, se battre, créer des associations sportives, dénoncer, organiser les Gay Games tous les ans, planter des drapeaux arc-en-ciel à chaque coin de rue…Tous les pas sont importants. Même les plus petits. Votre combat trace la voix pour les autres…les autres discriminations. Et elles ne manquent pas dans notre monde.
Tous égaux. On a dit : "TOUS EGAUX". C’est pourtant simple non…tellement évident.
Juliette (lundi 6 août 2018) 
 

Et puis soudain la Marseillaise


L'émotion je m'y attendais. Je suis gay. j'assume mon homosexualité depuis mes 21 ans, au travail comme dans la vie. 21 ans, l'âge de mon premier contrat après l'école de journalisme à FR3 comme s'appelait en 1988 mon entreprise. 
Mes fiches sont prêtes.  Je me souviens de Jean le domestique et de Bruno le cordonnier étranglés puis brûlés place de l’Hôtel de ville sous Louis XV parce que « bougres ». Les derniers condamnés. 

J’ai en tête l’histoire de Stephen le marathonien survivant. En 1992 il court pour la première fois aux Gay Games, son compagnon mourant est trop faible pour être là. Lui connait sa séropositivité depuis deux ans. À bout de souffle et avec un SIDA développé, Stephen court encore 4 ans plus tard. Puis encore 4 ans après il est toujours là avec en plus un cancer. Je vais rencontrer ce héros. « -Surtout coco là tu ne vas pas chialer comme devant Philadelphia. Retiens toi ! Tu ne vas pas être à l’antenne le PD de service avec ces clichés là tu parles déjà du smoking du maître de cérémonie -du Gaultier - avec le corset en plus comme Madonna dans « Vogue », tu vas faire too much. Retiens toi, Xavier ! »

 


Être sensible toujours, le montrer jamais ! Pas question de bouger sur Diana Ross et sur la  reprise de « I will survive ». Ne pas fondre quand les 120 battements par minute de la bande son du film de Robin- le copain de  France 3 Paris  avec qui on montait les images de l’obélisque habillée d’un préservatif géant grâce à l’argent de Pierre Bergé et Saint Laurent- va retentir dans ce beau et grand stade : « tiens toi ».
 


On déroule. Ça va. J’ai bien mon alliance, mon mari regarde. Je la vois briller là en HD sur mon retour. Notre victoire à nous, on ne sait jamais si ma mère savait enfin se servir de Facebook ou comment trouver une vidéo sur YouTube. 
« Jusqu’ici tout va bien » me dit la voix comme dans la Haine. La France arrive. Les sourires, la joie, la fierté et là ils se mettent à chanter la Marseillaise. Merde ce n’était pas écrit dans le conducteur. Je pleure. Enfin. 
Xavier (dimanche 5 août 2018)

L'arrivée de la délégation française avec une Marseillaise improvisée

 

 


Mais bon sang c’est quoi les Gaygames? 

Tempête sous un crâne de journaliste...
Une armée de Dragqueens jouant à la marelle ? Les travestis de chez Michou s’affrontant dans un tournoi d’échec ?
Les égéries de la Gaypride en mode Fort Boyard ?
Et il va falloir « couvrir « la Cérémonie d’ouverture au Stade Jean Bouin ?
Non mais des fois....

16 heures: 
Y’a d’la couleur dans le métro. Leur Laissez passer aux couleurs arc en ciel du mouvement LGBT au cou, les participants ont le sourire.
Des vieux, des jeunes, handicapés ou pas,taillés comme des athlètes ou pas, la foule bigarrée s’approche du stade.

19 heures:
Première interview avec Manuel Picaud, le coprésident des Gaygames. Ouverts à tous, sans distinction d’âge, de niveau. Ah bon y’a aussi des hétéros ? Ah bon le fondateur Tom Waddel a terminé 6ème du décathlon aux JO de 68?
Il est cool, le coprésident, en tenue de sport. Faut dire qu’il les a fait 4 fois les Gaygames, en athlétisme. Cette fois il a du boulot, mais il compte bien s’aligner sur les 5 kilomètres.
 
20 heures:
On est toujours à l’antenne. Anne Hidalgo s’approche du micro. Robe longue colorée, la maire de Paris a très largement soutenu financièrement et logistiquement les Gaygames aussi appelés les Jeux de la Diversité je commence à comprendre pourquoi.
Tout sourire, elle rappelle que Paris à vocation à accueillir au delà des préjugés la communauté homosexuelle toute entière.
 

Anne Hidalgo veut faire de Paris la capitale mondiale de la diversité / © CB / France 3
Anne Hidalgo veut faire de Paris la capitale mondiale de la diversité / © CB / France 3


21 heures: 
Je voulais absolument interviewer Yohann Lemaire, le seul footballeur français en activité ayant déclaré son homosexualité. Banni des vestiaires pour çà, il a tourné un documentaire pour dénoncer l’homophobie dans le foot. Plein d’enthousiasme et d’humour, parlant vrai. Pas une once de ressentiment. Une belle personne.
Chapeau !
 


22 heures: 
Toujours en direct. La Marseillaise a retenti dans le stade, vibrante d’émotion.
Voilà Émeline Ndongue, ambassadrice des Gaygames.
L’ancienne basketteuse internationale, mariée, deux enfants, s’est engagée il y a bien longtemps dans la lutte contre toutes les discriminations, qu’elles soient homophobes, raciales ou de handicap.
Sa voix douce porte une parole forte.

23 heures:
Je me balade dans les tribunes du stade, micro à la main, à la recherche de témoignages de spectateurs. Je m’assois à côté de Luc, la soixantaine. Il est venu en voisin. Je sens à travers son discours, une souffrance. Maintenant je la reconnais : c’est celle des opprimés, ceux qui ont dû se cacher, subir l’humiliation, l’exclusion. Luc est pudique, il dit juste que tout n’est pas réglé.

23h 30:
On rend l’antenne. Je ne suis plus tout à fait la même. Ce sont eux qui ont changé mon regard. Bien sûr, j’en avais des potes gay, et même plein.
Mais là, whaou! Quelle énergie positive! 
Construire ensemble un monde plus riche de nos différences, des paroles qui ont aujourd’hui pris un véritable sens.
Corinne (dimanche 5 août 2018)
 
 

Homohétérojeunevieuxgrosmincecoloréetplusencore, j'aime leurs différences tout simplement


Ils réunissent des gens de tous horizons, sans discrimination, autour des valeurs de diversité, respect, égalité, solidarité et partage.
Tous les visages rayonnent !
Les gens sont simplement heureux de se retrouver et de n’être pas obligés de se cacher pour être eux-mêmes.
Et moi je suis ravie d’être là, je me sens comme un poisson dans l’eau !

Quand j’étais petite, j’ai vécu aux Antilles puis au Tchad, et j’avais juste comme tout le monde des ami(e)s.
Quand j’ai grandi, j’ai découvert qu’on faisait la différence entre les couleurs de peau, entre les riches et les pauvres, entre les beaux et les moches, entre les hétéros et les homos, entre les femmes et les hommes et bien d’autres critères absurdes.
 
Les Gay Games nous donnent des couleurs ! / © France 3/M.Cheveraux
Les Gay Games nous donnent des couleurs ! / © France 3/M.Cheveraux


La différence, c’est justement ce qui nous enrichit dans tous les domaines.

Ça me révolte aujourd’hui encore. Je ne supporte pas la discrimination, le rejet, la haine, ça me bouffe les trippes chaque jour.
je suis peut être mal « embouchée » mais franchement, quelle différence avec qui je couche ou non, ça ne vous regarde pas et n'influe en rien sur vos vies. Que je sois noire ou jaune ou verte, petite ou grosse, je n’y suis pour rien. Femme d'affaires ou de ménage, et alors ? 
 
© France 3:X.Collombier
© France 3:X.Collombier


Moi je m’en tamponne ! Je vaux autant que mon voisin ou que le reste de l'humanité… Parfois je me demande si l’indifférence ne serait pas plus tolérable.

Oui, je suis coupable d’être une femme. Et chaque jour je suis obligée de me battre plus que les hommes pour obtenir la même chose, je suis obligée de supporter leurs remarques, leurs regards pas toujours corrects, leurs attitudes supérieures, leur manque de respect et de considération, je dois faire plus attention si je sors la nuit, je dois faire attention à ce que je porte pour ne pas être harcelée ou …pire (enfin ça je l’aurais bien cherché, faut pas abuser sortir la nuit, toute seule !). 

Je dois faire attention, attention, encore attention...

Même si les hommes sont corrects pour la plupart, ils ne se rendent pas compte à quel point il est difficile d’être une femme dans "leur monde". Depuis l’Affaire W. les choses avancent un peu : beaucoup de femmes ont réagi mais je garde à l’esprit que rien n’est jamais acquis, les régressions de nos droits dans le monde en sont la preuve.

Pour ces Gay Games, j’ai la chance de faire partie d’une équipe merveilleuse composée de gens dont les valeurs sont les miennes. Fred, Xavier, France, Jennifer, Madisson, Juliette, Corinne, Olivier, Nicolas... Des êtres humains qui pour certain(e)s ont souffert et souffrent encore de cette saloperie de discrimination. J’aime leurs différences tout simplement.

Le monde sera plus joli quand il acceptera que nous avons juste tous la même couleur de sang.
Magalie (vendredi 10 août 2018)
 

Des jeux et des Hommes ?

De tous temps, les hommes ont organisé des jeux. Des jeux pour distraire le peuple, où l'endormir, des jeux pour montrer la richesse et le pouvoir des puissants, des jeux pour que les hommes se mesurent entre eux... Avant que les femmes ne puissent y participer. Des jeux pour montrer qu'un petit homme devenait un homme, plus grand ; des jeux pour conquérir le cœur de l'être aimé, des jeux pour célébrer les morts ou les divinités.

Les jeux sont universels, leurs rôles et leurs influences n’ont pas toujours été les mêmes. Ils ont parfois été un exutoire, mais surtout une façon de propager le message politique du moment.
Aujourd'hui, même sous un drapeau arc-en-ciel, je ne vois rien de changé... Le Pouvoir reste le vecteur principal qui meut nombre d'hommes, et de femmes. Dommage, vraiment dommage.

Durant ces 10emes Gay Games, le discours est bel est bien une ode à la diversité et à la liberté avec pour principe unique : des compétitions sportives sans critère de sélection, qu’il soit de sexe, d’âge, de handicap ou de niveau de performance.

De ce point de vue, comme journaliste du service publique, je me sens fière d'avoir accompli ma mission. Devoir d'information mais aussi devoir d’offrir la possibilité de faire vivre des événements, des émotions à tous. A toutes et tous, sans critère de sélection, qu’il soit de sexe, d’âge, de handicap ou de niveau de performance ou encore de moyens.

J'éprouvais ma première grande émotion, lors de la cérémonie d'ouverture. Un rassemblement joyeux, fébrile... Et ce tant dans le stade Jean Bouin, qu'au sein de notre groupe de travail. Car à nous tous, nous représentons, en quelque sorte l'esprit de ces jeux.
Et comme l'émotion a été forte... Et belle. Et rédemptrice. Résiliante et réconciliatrice pour certains. Révélatrice et surtout partagée. Merci pour tout cela.
Je ne m'attarderais pas sur tous ces magnifiques moments. Ma liberté, c'est aussi de conserver ces instants blottis, bien au chaud.

Privé, et libre comme la vie de chacun qui ne nous définit pas et fait résonner la devise de notre République : nous naissons tous libres et égaux en droits.
 
© Magalies Cheveraux
© Magalies Cheveraux


Ces jeux sont inclusifs. Alors pourquoi les appeler encore « Gay Games » ? N'est-ce pas pour les détracteurs, l'occasion contre-productive de s'engouffrer dans une brèche sémantique ?

Et puisque l'on parle de sémantique... Les faits sont têtus. Ne faudrait-il pas une bonne fois parler d'humanité et non d'Hommes quand il s'agit de droits ? N'est-ce pas là une étape essentielle pour la lutte contre toutes les discriminations ?
(France, samedi 11 août)
 
 

The place to be

Je suis à Paris depuis plusieurs jours maintenant. J’ai senti l’effervescence de la cérémonie d’ouverture à distance. Les médias nationaux et internationaux parlaient beaucoup des Gay Games. Mais une fois sur place, ce n’est pas pareil. On croise les participants, les acteurs de l’événement. Et puis il y a des moments comme aujourd’hui...

Je partais avec une amie -je devrais dire une consœur mais vu qu’elle est plus que ça, vous ne m’en voudrez pas d’utiliser cette expression- faire le portrait de Nils, un danseur danois qui participait au Gymnase Japy, à Paris, à l’épreuve des 10 danses dans la catégorie couples hommes. Au programme : un petit portrait, une leçon de danse et un direct pour Facebook.
 



On a rencontré des sourires. De la bienveillance. De la générosité. De la fraternité. De l’amour. Du partage aussi. Tout ça étroitement mêlé. Comme cette fin de compétition quand, après ces 10 danses entre hommes et femmes, tous les participants se sont retrouvés mains dans la mains en pleine communion avec le public, toutes et tous fier.e.s d’être là. C’était de ces moments où l’on a beau être derrière une caméra, faire en sorte de rester objectif et distancié... et bien c’était le pied. Moi aussi j’étais fier d’être là.

Un hétéro aux Gay Games...So what ???


Ce n’est pas parce que je couvre les Gay Games que je suis Gay.” J’ai dû prononcer cette phrase à plusieurs reprises à des personnes qui me demandaient ce que j’allais faire cet été, et qui s’interrogeaient...
Je suis journaliste. Je rapporte des faits. Rencontre des gens. Raconte des histoires. J’ai parfois la chance d’être un témoin privilégié puisqu’aux premières loges de “là où ça se passe”. Et c’est un peu le sentiment que j’ai depuis quelques jours à Paris. "Il se passe un truc là..."
J’ai toujours eu des amis homos. J’ai toujours pensé que chacun.e était libre d’aimer qui il.elle veut. Dans nos conversations amicales, j’ai posé la question. "Mais comment t’as su ?" On me répondait : "ben en fait, le truc, c’est que c’est comme toi, c’est comme ça !".

 


La vie, justement, c’est comme ça... Parfois on ne se pose pas de questions. Il y a des évidences. Il faut les accepter. Point. On a d’ailleurs tous nos singularités. Mais si, vous aussi ! C’est ce qui fait notre charme, non ? Nos différences, notre diversité... On est pas des clones, bordel !
Olivier (mercredi 8 août 2018)

 

 

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