Gay Games : comment les séries tv racontent l'évolution de la visibilité des homosexuel(le)s

Les séries racontent une société et ses évolutions. Depuis 50 ans, elles ont été imprégnées des progrès des droits des minorités en Occident et notamment de la visibilité des homosexuel(le)s. Raconté de cette manière, ça fait un peu thésard. Vécu avec des exemples, c’est beaucoup plus marrant.

Par Frédérique-marie Lamouret

Les séries sont des témoins de leurs temps. Le chemin parcouru depuis le début des années 60 est gigantesque. Quelques repères permettent de le mesurer, même si les évolutions n’ont pas toujours connu la ligne droite.

A la tv, durant les sixties, les héros sont masculins. Le « modèle dominant », c'est la sur-représentation de l’homme blanc (à l’exception du couple mixte de chasseur de primes « Les bannis »). On ne voit pas de femmes -normal elles sont dans leur cuisine- excepté « La famille Adams » mais là les femmes sont des monstres. Et puis ces hommes ne "baisent" pas -normal les femmes ne sortent pas de leur cuisine et eux n’y entrent pas-. Pourtant, le seul le poids de la "bien-pensance" de l’époque ne peut tout expliquer.


Des super héros… très gays ?

Des experts cassent cette apparente unanimité. Après études (y compris universitaires), nos héros sont beaucoup moins lisses. Balivernes ? Peut-être pas : du couple d’espions des « Agents très spéciaux » aux voileux au service du roi dans la série française « Les corsaires », ils sont autant aseptisés que la chape de plomb est lourde sur les vies différentes de la norme au début des années 60.

Les mystères  de l’ouest sont un bijou du genre.

James West et Artemus Gordon vivent ensemble dans un train et ils endossent tous les atours des super héros, modèles gays. Le premier est toujours tiré à 4 épingles dans ses fringues seyantes et pantalon moule-poutre, son brushing perpétuellement nickel quoi qu’il se passe, ses séances de « torture » sexy sous les yeux libidineux du méchant docteur Loveless. Son compagnon de vie, lui, se travestit, parfois même en femme… Que faut-il de plus ? Préciser que l’auteur ne cache pas, ce qui est déjà un scoop pour l’époque, son amour pour les représentants de son sexe.
 

Starsky… Faut quand même s’interroger. Un homme qui passe 75 % de son temps avec un autre homme… Y aurait pas certaines tendances ? 

Dans les années 70, l’homosexualité, on n'en parle toujours pas. Pas ouvertement. Car la structure se lézarde. La version originale anglaise Starsky et Hutch laisse filtrer quelques allusions plus ou moins appuyées. La traduction française, rassurons-nous -s'il y avait inquiétude sur le respect de l'ordre moral- lissera tout cela. La dépénalisation de l'homosexualité date en France de 1982 rappelons-le.
 

Des histoires forcément malheureuses

La société connaît des évolutions et les séries commencent à les intégrer. (Très) timidement au départ, avec l’apparition d’un prétendant homo à la nièce Lucy de l’affreux JR dans « Dallas ». Les producteurs, sans doute pris de vertige par leur propre hardiesse, font sortir rapidement l’impétrant.
Et c’est "Dynasty"  qui marque un tournant au cœur des années 80 avec Steven Carrington, le fils de Blake le patriarche. Attention ! N’allez surtout pas croire que tout devient formidable. Non. Ce pauvre garçon est le premier d’une longue lignée, celle des homos perdu(e)s. Car ce qui caractérise gays ou lesbiennes, quand ils ont une vie sexuelle, c’est que leurs histoires sont (forcément) malheureuses. Ils continuent à être secondaires dans le récit et souvent les meilleur(e)s amis qu’on adore mais que l’on traîne un peu comme un boulet.


Quand la fiction rejoint la réalité

Chez les Anglo-saxons, la marche en avant continue. En 1982, Matt Fielding, personnage homosexuel, résiste aux purges des scénaristes dans "Melrose Place". Puis ce sera au tour de Ellen de Generes de faire un coming out dans "Ellen" (1994-1998), coming out dont la résonance dépasse la fiction et atteint la sphère privée.

Ellen de Generes est depuis lors une des icônes de la lutte pour l’égalité des droits. L'animatrice du talk show "Ellen" depuis 15 ans, a été décorée en 2016 par B. Obama de la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile pour son action.

Le militantisme avait éclairé la voie dès 1993 : « les chroniques de San Francisco », d’après les romans éponymes d'Armistead Maupin,  raconte cette ville et cette communauté à la fin 70', qui sonnent le glas de l'insouciance. L'auteur est également célèbre pour ses chroniques dans le journal San Francisco Chronicle, un élément clef dans l’histoire des gays et lesbiennes aux Etats-Unis.
 

Un documentaire à ne pas rater :  « The Untold Tales of Armistead Maupin ».
 


Les années 2000 déterminantes

La revendication des droits se transforme petit à petit en visibilité et cela se traduit dans le domaine législatif en Occident. Les séries le montrent et vient le temps de celles où les homosexuels en sont enfin le cœur. « Queer As folk », 2 saisons et 12 épisodes anglais (1999-2000), nous fait vivre l’histoire d’un groupe d’homos (garçons et quelques filles) à Manchester.


Les femmes aussi

Jusque là, les homosexuelles étaient frappées d’une double peine : elles pâtissaient d’une visibilité quasi nulle en tant que femmes et tant que lesbiennes. Elles doivent attendre 2004 pour que vive « L Word », la série événement d’Ilen Chaiken, qui met en scène un groupe de lesbiennes, de bisexuelles et de transgenres.
Il y a les pro-"Bette Porter" (Jennifer Beals) et les pro-"Shane McCutcheon" (Katherine Moennig). Et puis il y a Alice, et puis Dana, Carmen et toutes les autres. Les 6 saisons font vibrer les lesbiennes du monde entier. Mais pas seulement : le casting met en scène des canons. Même les hétéros aiment bien zapper sur le programme.
Perso, j'ai choisi :-). A vous de voir.


BBC3 n'est pas en reste et accueille à partir de 2010 « Lip Service » un groupe de filles à Glasgow en Ecosse.
La représentation permet enfin à des petites filles de grandir plus sereinement avec des modèles sous les yeux.


De la mode à la normalisation

Après, comme souvent, le mercantilisme l’emporte sur la raison. Et on assiste à des mécaniques de modes. Pour faire tendance, il faut à un opus qui prétend au succès s’octroyer la présence du pédé ou de la gouine de service. Avec plus ou moins de bonheur et d’efficacité. Dans « Brothers and Sisters » (2006-2011), les Américains intègrent à l'histoire avec finesse et humour le fils, interprété par Matthew Rhys, et son oncle.

Bisexuel un jour, homosexuel toujours ("Brothers and sisters)

Dans la très républicaine « 24h chrono » en revanche, ils remplissent les quotas, et du point de vue célérité c'est un coup de maître. La méchante Butch, traîtresse et terroriste, très brune de surcroît, est tuée dès la fin du premier épisode. Non mais !

A l'opposé, Grey Anatomy sait au fil des saisons faire grandir les rôles de Callie et Arizona, deux médecins homosexuelles qui connaissent les affres de la vie, ni plus ni moins. Une inclusion qui n'est pas du goût de tous. En 2015, le CSA indien dépose une plainte contre la chaîne qui diffuse le programme dans ce pays où l'homosexualité est interdite depuis 1860.
En attendant, Melty 
 

Des succès qui s'affichent naturellement

« Oz » avait ouvert le chemin des séries en milieu carcéral. Les femmes ont repris le flambeau dans cette thématique prisée. «  Wentworth », l’Australienne, et « Orange is the new black », l’Américaine, ont été produites et diffusées à peu près en même temps (2013). Mais la seconde connaît un succès qui ne se démentit pas de saison en saison. Une série engagée aussi car si hier, les amoureux de ces dames planquaient leurs préférences sexuelles dans un Hollywood compassé, aujourd'hui les séries s’affichent avec des actrices qui assument totalement leur lesbianisme. La viralisation du phénomène n’échappe pas aux réseaux sociaux. Avec l’arrivée de la toute dernière saison (6), les déclarations d’amour s’enchaînent sur Twitter. Une aubaine pour les producteurs.

Je suis clairement en crush sur l’un des nouveaux personnages féminins de Orange is the new Black.Regardez-moi cette beauté #OITNB6 

 
 

La France, si peu révolutionnaire

La France dans ce concert est frileuse et n’assume pas. Comme pour Gérard, le prof de gym dans « Les filles d’à côté » et leur suite. Durant cette série pour adolescents, tout le monde le pensera toujours et personne ne le dira jamais. Et pourtant, le scenario n’y va pas avec le dos de la cuillère dans les leviers de la moquerie : difficile de dessiner un personnage plus ridicule, plus caricatural.

Si dès 1992, les premiers gays récurrents apparaissent dans  « Une Famille Formidable » sur TF1 et que France 3 défraye la chronique en 2004  avec Thomas Maci dans la première saison de « Plus belle la vie », il faut attendre 2017 pour que le premier personnage principal transgenre existe dans l’œuvre éponyme « Louis(e) » sur TF1. 


 

Sur le même sujet

Les + Lus