"Animateur, ce n’est pas un sous-métier. On ne fait pas de la garderie". Le ras-le-bol des animateurs périscolaires en grève.

Les animateurs périscolaires se sont mis en grève aujourd'hui. Stéphanie, animatrice vacataire dans une école de la ville de Paris, nous explique son quotidien et les raisons de ce mouvement de colère.

11 heures 30, direction la cantine. Stéphanie commence sa journée de travail. Pour les petits de la maternelle, il est l’heure de déjeuner sous le regard attentif des animateurs : un encadrement et une surveillance pour la pause méridienne jusqu'à ce que la cloche ne sonne pour la reprise de la classe à 13 heures 30.

Une journée morcellée

Reprise du travail, deux heures plus tard, une fois l'école terminée. Place aux TAP, les Temps des Activités Périscolaires. Il est 15 heures 30, Stéphanie animatrice spécialisée dans la lecture s'occupe des enfants jusqu'à ce que les parents ne viennent les chercher à 17 heures 30 au plus tard.

L'amplitude horaire est importante. Dans certaines villes de banlieue, l'accueil commence dès 7 heures avant le début de la classe.

Nous leur apprenons le vivre-ensemble et le respect de l’autre

Stéphanie, animatrice vacataire en maternelle

"On ne fait pas de la garderie !, s'exclame-t-elle. "On est là pour apprendre aux enfants à jouer tous ensemble, à accepter l’autre". Et de poursuivre : "Nous leur apprenons le vivre-ensemble et le respect de l’autre".

Stéphanie anime un atelier autour de la lecture. "Dans mon travail, je leur apporte du vocabulaire. L'an dernier, on a également travaillé sur la laïcité, sur l’environnement. Les gens pensent qu’on est là pour garder des enfants mais ce n’est absolument pas cela !

Nous avons des groupes qui peuvent aller jusqu’à 16 ou 18 enfants

Stéphanie, animatrice vacataire

Le mercredi, l'animatrice retrouve les enfants au centre de loisirs pour une journée de jeux. Une dizaine d’enfants est sous sa responsabilité : "Nous avons souvent beaucoup plus d’enfants car nous sommes en sous-effectif à la Ville de Paris. Il manque des animateurs et nous avons des groupes qui peuvent aller jusqu’à 16 ou 18 enfants. Notre directrice vient souvent sur le terrain pour nous aider car elle remplace des personnes qui manquent, tout simplement", témoigne-t-elle.

Une profession en sous-effectif

Cette ancienne aide-soignante est entrée dans l'animation sur le tard. Elle savait que le secteur manquait de personnel. Elle n’a pas eu de mal à trouver un emploi. Preuve en est, son embauche : "mon embauche a été très particulière. Cela faisait deux ou trois ans que je n’avais pas travaillé. J’ai passé un entretien à la Ville de Paris et on m’a dit vous êtes libre ? J’ai dit oui et une heure après, je me suis retrouvée dans une cour d'école", avoue-t-elle en riant. Ajoutant, "Cela, sans aucune formation."

Stéphanie travaille depuis plus de 8 ans. A temps plein, elle gagne entre 800 et 1000 euros par mois. Aujourd'hui, elle souhaiterait être titularisée, même si elle se considère chanceuse car elle travaille dans la même école depuis plusieurs années. "Ce qui est énervant, c’est qu’au bout de trois ou quatre ans on aimerait bien être titularisé mais les concours sont compliqués", dénonce cette mère de famille nombreuse.

La colère des animateurs

Aujourd’hui, Stéphanie a rejoint le mouvement de grève.

Je me dis que c’est cette année qu’il faut taper du poing, année présidentielle, si on n' arrive pas à être reconnu maintenant, on n'existera jamais

Stéphanie, animatrice vacataire

Elle partage les revendications de ses collègues en grève ce jour qui portent sur le salaire, le statut et le manque d'effectif dans la profession. "On voudrait plus d’effectifs, plus de recrutements pour entourer les enfants et être capable de leur apporter le bien-être dont ils ont besoin", assure Stéphanie. 

"Il y a des périodes où j’ai l’impression de ne pas faire mon travail correctement. Le mercredi, par exemple, c’est difficile car il manque un poste. On essaye de faire le mieux que l’on peut mais c’est difficile. Parfois on va peut-être plus crier, plus s’énerver sur les enfants il ne faut pas se voiler la face", confie-t-elle

Sans nous, l'école ne tourne pas

Stéphanie, animatrice vacataire

Et de conclure :  "Animateur ce n’est pas un sous-métier. Mais nous avons l'impression que personne nous voit. Nous voulons que notre travail soit reconnu. Sans nous, l'école ne tourne pas."

Une autre journée de grève est prévue en décembre. Les animateurs devraient être prochainement reçus par la Secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement.

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