Interdiction de la vente de fleurs de CBD : les boutiques pourraient perdre jusqu'à 90% de leur chiffre d'affaires

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Écrit par Marc Taubert avec AFP
La fleur de CBD, vendue pour être utilisée en infusion, est souvent fumée par les consommateurs.
La fleur de CBD, vendue pour être utilisée en infusion, est souvent fumée par les consommateurs. © BERTRAND GUAY / AFP

Un arrêté ministériel publié fin décembre impose aux boutiques de CBD l'arrêt de la vente des fleurs et des feuilles brutes de chanvre dès le début de cette année. Les professionnels, qui attendent une décision du Conseil d'État, pourraient perdre une importante partie de leurs revenus.

L'arrêté du ministère de la Santé est tombé comme un couperet, le 30 décembre, avec effet dès le 2 janvier 2022. Il interdit la vente des fleurs et des feuilles brutes de chanvre contenant du CBD, la molécule non-psychotrope du cannabis. Or, cette interdiction pourrait avoir d'importantes conséquences sur les centaines de magasins de la région (ils étaient 255 en 1er septembre dernier et seraient autour de 300 à l'heure actuelle).

"Pour la majorité des acteurs, les fleurs représentent 70 à 90% du chiffre d'affaires, pour nous c'est environ 40%. Mais nous avons un positionnement particulier, nous ne sommes pas dans l'offre 'coffee shop' (les bars où le cannabis peut être consommé comme à Amsterdam, ndlr) mais plutôt dans le bien-être", explique Mathieu Bensa, directeur général de l'enseigne "Le Chanvrier français" qui possède plusieurs boutiques en Île-de-France.

Ce dernier a cofondé cette marque en 2020, profitant de l'essor de ce marché en France. L'ouverture des premières boutiques remontent à fin 2017 selon Charles Morel, président de l'Union des Professionnels du CBD (UPCBD) : "En France, c'est essentiellement la fleur, les huiles, les cosmétiques et les compléments alimentaires qui sont commercialisés. La fleur, notamment pour ses effets apaisants et relaxants. Cela s'explique par une transition massive des consommateurs de THC (présent dans le cannabis illégal) vers le CBD. Les consommateurs retrouvent l'effet apaisant sans l'effet psychotrope".

Flou juridique

Les autorités françaises tentent de faire passer le produit comme étant un stupéfiant. Mais en novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne avait jugé illégale l'interdiction dans le pays du CBD (autorisé dans plusieurs autres pays européens), au nom du principe de libre circulation des marchandises.

Elle a estimé qu'il n'avait "aucun effet nocif sur la santé" et ne pouvait être considéré comme un stupéfiant, à la différence de son jumeau fortement dosé en THC, la molécule psychotrope du cannabis. La Cour de cassation - plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français - lui a emboîté le pas en juin, jugeant que tout CBD légalement produit dans l'UE pouvait être vendu en France.  

"Il y a encore un amalgame entre le cannabis et le chanvre. Il y a trois aspects dans le cannabis : celui récréatif, celui médical et thérapeutique, et le bien-être. Nous sommes sur ce dernier aspect et on ne vend pas de briquet ni de feuilles à rouler. On a choisi d'être éthique et de s'y tenir", poursuit Mathieu Bensa.

Peu d'agriculteurs autorisés à récolter les fleurs de chanvre

La France n'est pas le seul pays européen qui voit l'émergence d'une telle filière. L'Hexagone est même le premier producteur européen de chanvre, cette plante dont on extrait le CBD et qui peut être fumée, mais aussi ingérée ou pulvérisée sur la peau. Pourtant, en France, seule une poignée d'agriculteurs ont le droit de récolter les têtes et d'en extraire la molécule.

Les revendeurs s'approvisionnent donc dans les pays frontaliers, notamment en Italie et, dans une moindre mesure, au Portugal.

"Il y a une demande de millions de Français de toutes générations. Si on interdit la vente de fleurs, on les renvoie vers les réseaux criminels et l'on va créer un marché parallèle du cannabidiol, c'est absurde et cela empêchera tout regard sur la traçabilité des produits", se désole Charles Morel, président de l'UPCBD.

Les professionnels du secteur attendent l'avis du Conseil d'État qui doit se prononcer vendredi sur la validité de l'arrêt ministériel.

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