Sabotage de fibres optiques : "Ce n’est pas normal que l'infrastructure soit aussi vulnérable"

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Alors que des ralentissements et des problèmes d'accès à internet ont touché de nombreux utilisateurs dans plusieurs villes ce mercredi, des coupures de câbles ont été confirmées en Île-de-France. Du jamais-vu sur "autant d’endroits stratégiques en même temps".

Des actes de malveillance d'une ampleur sans précédent ont été constatés ce mercredi sur le réseau national de fibres optiques ce mercredi. "Des coupures de câbles ont été confirmées en Île-de-France impactant le réseau fixe et mobile… Les utilisateurs touchés peuvent utiliser le 112 depuis un mobile pour accéder aux services d’urgence", a annoncé en début d’après-midi Cédric O, le secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, sur Twitter.

Le site Zone ADSL a recensé des milliers de pannes sur l'internet fixe en France ces dernières 24 heures. Grenoble, Besançon, Reims, Strasbourg… Si la région Île-de-France est la première touchée par les perturbations, d’autres villes françaises sont concernées. Les clients de l’opérateur Free (mais aussi ceux de SFR, dans une moindre mesure) sont les plus impactés.

Les attaques ont eu lieu cette nuit à 4h du matin, indique Free, qui a annoncé la mobilisation de ses équipes et un rétablissement du réseau "dans la journée". De son côté, SFR a confirmé "plusieurs coupures de fibre" autour de Lyon et en Île-de-France.

D’après les premières constatations, ce sont des câbles "longue distance" inter-régionaux en fibres optiques qui ont été sectionnés volontairement en plusieurs lieux, notamment la liaison Paris-Lyon et Paris-Strasbourg. Ces câbles passent le long des autoroutes, des voies ferrées et des voies navigables. Pour ce qui est de l’origine de ces actes de malveillance, elle reste pour l’instant inconnue.

"Des artères stratégiques des télécoms" coupées

L’un des sites concernés par les coupures de câbles se trouve à proximité de Meaux (Seine-et-Marne). La gendarmerie était sur place ce mercredi après-midi. "Les coupures ont eu lieu vers 3 heures du matin à peu près en simultané, raconte un professionnel des télécoms. D'habitude, 99% des coupures sont liées à des travaux, avec par exemple un coup de pelleteuse et des réseaux enfouis mal référencés. Mais là, j’ai tout de suite su que c'était malveillant."

"Il y a eu énormément de déclarations de coupures internet, et sur site les 'fourreaux', c’est-à-dire les tuyaux dans lesquels passent les câbles de fibres optiques, ont été sectionnés. Les câbles ont été coupés, et il s’agit de quelqu’un qui savait exactement ce qu’il faisait, manifestement. Il faut vraiment le vouloir pour le faire, c’est un acte de malveillance à 100%. C’est quelqu’un de très bien renseigné", poursuit-il.

"Ce sont des localisations stratégiques qui ont été visées. En France, il y a des sections assez bien sécurisées, par exemple les lignes à grande vitesse. Mais il existe des portions auxquelles n'importe qui peut accéder. Certains câbles affectent Madame Michu, d’autres ont un impact sur le pays en entier", explique le professionnel.

"Les actes malveillants de cette nuit touchent des artères stratégiques des télécoms. Ce n’est pas normal que l'infrastructure soit aussi vulnérable. Depuis l’ouverture à la concurrence, il y a tellement d’acteurs et les exigences ne sont plus les mêmes qu’à l’époque de France Télécom", déplore-t-il. "Il existe des moyens de sécuriser les réseaux. Il est possible de placer des capteurs qui peuvent prévenir les opérateurs, si par exemple des mouvements sont détectés ou si le site est ouvert", ajoute la même source.

En mars 2020, des câbles télécoms avaient déjà été intentionnellement coupés en région parisienne, à Vitry et à Ivry (Val-de-Marne). Des dizaines de milliers d'abonnés d'Orange avaient ainsi été privés momentanément d'accès à internet, et les activités de centres de données avaient été perturbées. Une plainte avait été déposée, et une enquête ouverte. "Mais là, à ma connaissance, avec autant d’endroits stratégiques coupés en même temps, ce n’est jamais arrivé à cette ampleur", réagit le professionnel des télécoms. L’Île-de-France est une région avec un réseau extrêmement dense, et une présence historique des centres de données et des géants d’internet.

Pour ce qui est du sabotage constaté ce mercredi, une enquête préliminaire a été ouverte pour "détérioration de bien de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation", "entrave à un système de traitement automatisé de données" et "association de malfaiteurs", a annoncé le parquet de Paris. Les investigations ont été confiées à la DGSI, le renseignement intérieur, et à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).