Paris : une application pour remonter dans le temps jusqu'en 1731 avec 19 cartes historiques

L’Atelier parisien d'urbanisme continue d’enrichir régulièrement "Cassini Grand Paris" : un outil en ligne accessible gratuitement, qui permet de voyager jusqu’au XVIIIe siècle, en comparant différents plans de la capitale et de son agglomération.

Carte topographique, dite type 1922, 1924-1947.
Carte topographique, dite type 1922, 1924-1947. © Apur

Comment visualiser en quelques clics depuis quand la rue où l’on réside existe, ou comment son quartier s’est formé au fil du temps ? L’Atelier parisien d'urbanisme (Apur) propose depuis l’été dernier une application élargie à l’agglomération du Grand Paris. "Il existait déjà un outil précédent, qui permettait de remonter dans le temps, mais limité à l’échelle de la capitale, explique Christiane Blancot, directrice d’études à l’Apur. Aussi, on s’en servait pour afficher les données associées aux différentes parcelles (surface, statut, propriétaire…), avant que les données de notre réseau passent en open data. Le territoire a été considérablement élargi et, surtout, l’application vise désormais le grand public."

La plateforme, accessible ici, tire son nom de la première carte topographique et géométrique à l'échelle du royaume de France dans son ensemble, établie par la famille Cassini sur plusieurs générations au XVIIIe siècle. A ce stade, 19 plans y figurent au total. Cartes des Chasses du Roi, plans de Verniquet, de Vasserot, de Piquet, de Lefèvre, atlas communal du département de la Seine, cartes topographiques successives, plan parcellaire de Paris dit hauteur d’étage, plan actuel… La plus ancienne représentation des environs de Paris présentée a été tracée par l’abbé Delagrive entre 1731 et 1741.

Carte de la banlieue de Paris avec les courbes de niveau, 1900.
Carte de la banlieue de Paris avec les courbes de niveau, 1900. © Apur

Repères chronologiques, faits de société, travaux d’aménagement de l’époque… Chaque carte est associée à des petits textes, comme l’indique Christiane Blancot : "C’est modeste, mais ça permet de donner des éléments généraux d’explication, pour recontextualiser ce qui est visible et comprendre la fabrication de la carte. On ne peut pas publier les légendes in extenso. L’idée est aussi de rendre compte de l’évolution de Paris, avec entre autres la progression du territoire urbanisé et la régression de l’agriculture."

Cette architecte de formation, par ailleurs enseignante à l’école d'architecture de la Villette, souligne aussi le "temps de fabrication" des cartes : "Les plans sont construits sur plusieurs années, avec plusieurs éditions, plusieurs gravures, parfois feuille par feuille. Une carte ne correspond jamais à un moment figé." Autre observation : "La façon de fabriquer les cartes change au fil des périodes. Après la Seconde Guerre mondiale par exemple, avec l’arrivée des autoroutes, les routes prennent une grande importance et passent en couleurs, le reste étant en noir et blanc. Pour Cassini, si on remonte au XVIIIe, la topographie est très bonne, mais la représentation des bourgs est plus ou moins précise."

Superposer les enceintes historiques de Paris, visualiser deux cartes côte à côte...

Possibilités de localisation, de zoomer et dé-zoomer jusqu’au 1/1000e… L’application de l’Apur permet notamment de superposer une série d’indications (comme les enceintes historiques de la capitale, ou bien les limites administratives d'aujourd'hui), mais aussi de visualiser simultanément deux cartes côte à côte, pour les comparer plus facilement. "Avec le géoréférencement et la superposition, ça peut aider des historiens à se repérer, à voir l’arrivée d’un tel monument, ou comment le jardin s’ouvre au public après la Révolution par exemple, note Christiane Blancot. La chronologie des cartes permet de comprendre l’histoire des transformations. Les plans sont des sources historiques."

L’outil permet notamment de visualiser simultanément deux cartes côte à côte, de façon, pour les comparer (carte de Cassini (1747-1789) à gauche, et plan actuel (2020) à droite).
L’outil permet notamment de visualiser simultanément deux cartes côte à côte, de façon, pour les comparer (carte de Cassini (1747-1789) à gauche, et plan actuel (2020) à droite). © Apur

Cassini Grand Paris se base sur des documents de l’association et d’institutions partenaires comme l’IGN, la BNF ou encore la Ville de Paris. Une convention d’échanges de données a d'ailleurs été lancée entre l’Apur et le Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris (LaMOP) de l'université Panthéon-Sorbonne, dont les travaux s’inscrivaient dans le cadre d’un programme de recherche nommé ALPAGE. Pour travailler sur les plans historiques, l’association collabore également avec Paris Time Machine (PMT), un projet porté par des équipes de chercheurs.

Christiane Blancot précise que la plateforme est régulièrement mise à jour, avec notamment des cartes supplémentaires. A noter qu'on peut faire remonter l’histoire de l’application au début des années 2000 avec un outil nommé "GeoKiosK", dont les algorithmes ont été développés par des spécialistes de jeux de Montpellier. "Ça permettait de charger et superposer des cartes anciennes sur des photos aériennes, détaille la directrice d’études. Mais ça, c’était avant internet."

L'application Cassini Grand Paris est accessible gratuitement en ligne

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