Grippe aviaire : pourquoi les cas sont-ils en augmentation en Île-de-France ?

Mouettes, cygnes, oies, goélands... Les cas de grippe aviaire parmi les oiseaux sauvages ne cessent de se multiplier en Île-de-France. Une contagion qui inquiète les éleveurs professionnels, alors que le virus menace de s'installer durablement dans la région. Explications.

"Nous n'avons jamais eu autant de cas que cet hiver", s'inquiète Anne-Sophie Riot, chef du service élevage à la Chambre d'agriculture d'Île-de-France, "cela fait déjà deux ou trois ans que la grippe aviaire menace les élevages, mais cette année les cas sont plus nombreux, en particulier en faune sauvage". Le département de l'Essonne est le plus touché, avec plus d'un millier d'oiseaux morts ramassés depuis janvier. 

De nouveaux profils parmi les infectés 

Un phénomène en apparence classique, des épisodes de grippe aviaire, il y en a eu, et il y en aura encore. Mais ce qui fait la particularité de cette épizootie – une épidémie qui touche les animaux – est son origine. En effet, les oiseaux migrateurs sont traditionnellement les "patients 0", autrement dit, les porteurs de la maladie; ce qui explique qu'il y ait des saisons grippales, le virus étant transmis au fil de leur migration.

Or, selon Anne-Sophie Riot, les cas de grippes aviaires qui touchent actuellement l'Île-de-France ne sont pas le fait de ces migrateurs, mais de la faune sauvage locale qui réside en permanence sur le territoire . "Les épisodes de grippe aviaire s'étendent normalement de la fin octobre à la fin du mois d'avril, mais en 2022 nous avons eu des cas même pendant l'été, ce qui veut dire que le virus a commencé à s'implanter dans la faune résidente. C'est plus inquiétant car cela fait craindre une présence du virus toute l'année, ce qui accroît les risques pour les 185 producteurs d'œufs et de volailles de chair en Ile-de-France", ajoute la chef du service élevage, qui craint également une mutation du virus.

Eviter à tout prix la propagation aux élevages  

Les éleveurs professionnels ont pour l'instant été épargnés, mais les risques ne sont pas écartés. Des "zones de protection temporaire" sur des rayons de 20 km ont été instaurées en prévention par les préfectures. Une mesure qui protège davantage les élevages, mais qui contraint les éleveurs à claustrer leur cheptel, à renforcer leur protocole de nettoyage, ou encore qui leur interdit la vente directe de leurs produits.

Il y a dix ans, nous avons dû le faire suite à un cas de salmonelle. Le coût financier avait été de 100 000 euros, sans compter le coût humain. Si cela doit nous arriver à nouveau, autant dire qu'on est mort

Eleveur dans les Yvelines

"Si nous détectons un cas de grippe aviaire, nous serons dans l'obligation d'abattre toutes nos volailles. Il y a dix ans, nous avons dû le faire suite à un cas de salmonelle. Le coût financier avait été de 100 000 euros, sans compter le coût humain. Si cela doit nous arriver à nouveau, autant dire qu'on est mort", raconte un éleveur de poulets et de pintades installé dans le nord des Yvelines.

L'agriculteur, qui souhaite rester anonyme, se dit préoccupé par la recrudescence des cas d'influenza aviaire au sein de la faune sauvage locale. Il souligne également la part de responsabilité qui incombe aux particuliers détenteurs de volailles. "Ce qui m'inquiète, c'est que les particuliers qui ont des poules d'agrément par exemple, n'appliquent pas les mesures de confinement et que ces animaux deviennent par la suite des réservoirs contaminants." En prévention de la grippe aviaire, les détenteurs d'oiseaux sont d'ailleurs tenus de se déclarer auprès de leur mairie.

 Des pistes d'explication multiples

 

Ces oiseaux sauvages font donc l'objet d'une surveillance accrue, comme en témoigne Karim Daoud, le directeur du Laboratoire Régional de Suivi de la Faune Sauvage en Île-de-France. "Depuis le mois de janvier, j'ai autopsié entre 40 et 45 oiseaux et 80% d'entre eux étaient positifs au virus de la grippe aviaire." Une forte vague de mortalité qui a pu être favorisée par des "maladies concomitantes", ajoute Karim Daoud.

Quant à l'origine de cette épizootie, le directeur du laboratoire de biologie vétérinaire reste prudent : "Il est très difficile de conclure sur la provenance des animaux porteurs du virus, les mouettes qui meurent sont des mouettes d'ici, mais j'ai également autopsié une mouette qui venait de Bulgarie, sauf qu'on ne sait pas depuis combien de temps elle était sur le territoire."

Le dérèglement climatique pourrait également expliquer cette augmentation des cas. "Il est possible que cela ait un rôle à jouer. S' il fait plus chaud et que les oiseaux migrateurs ont de quoi manger, ils ne partent pas", explique Karim Daoud.

Une vaccination qui bat de l'aile

Ces nouvelles données, permanence du virus et contagion de la faune sauvage locale, posent de plus en plus la question de la vaccination des élevages de volailles. Actuellement, cinq vaccins sont disponibles dans le monde, et un seul autorise la mise sur le marché européen des poules, uniquement. Problème: son efficacité est incertaine, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation de l'environnement et du travail (Anses), et les stocks insuffisants.

D'autres éléments font obstacle à la vaccination des volailles, et notamment la question des canards. L'Anses explique ainsi que "les canards font partie des espèces les plus réceptives à l’influenza aviaire. [Et ils] sont souvent à l’origine de l’introduction et de la diffusion de la maladie au sein des élevages. […] Or, il n’existe pas encore de vaccin disponible pour cette espèce".

En décembre dernier, le gouvernement a toutefois annoncé qu'une première campagne vaccinale devrait se tenir d'ici à l'automne 2023, en fonction du résultat des premières phases expérimentales qui seront connues en mars prochain. La vaccination, un enjeu de taille alors que 21 millions de volailles ont été abattues entre 2021 et 2022 en France.

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