Guerre en Ukraine : “Il faut parler de la guerre aux enfants, à tous et quel que soit leur âge”

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Écrit par Benoit Thibaut

La guerre en Ukraine marque tous les enfants. Le besoin de mettre des mots est nécessaire. Marie Rose Moro, pédopsychiatre, révèle comment aborder le conflit à chaque âge de l’enfance.

Dans son lumineux bureau de la Maison de Solenn à Paris, Marie Rose Moro prépare, ce mercredi 2 mars, un séminaire sur l’enfance et la guerre. La pédopsychiatre, directrice de ce lieu d’aide aux jeunes en souffrance, se met à hauteur d’enfants pour les aider à surmonter le stress dû au conflit en Ukraine.  

Faut-il parler de la guerre en Ukraine aux jeunes enfants ?  

Il faut parler de la guerre aux enfants, à tous les enfants et quel que soit leur âge. Ne pas en parler serait pire et les laisserait seuls avec leurs inquiétudes. L’information circule déjà dans les écoles.  

Comment le faire en fonction de l’âge des enfants ?  

Jusqu’à trois ans, s’ils posent des questions, il faut répondre aux inquiétudes. Sinon la simple présence est suffisante, même face à une guerre. De trois à six ans, ils vont avoir des échos par la cour de récréation. L’adulte peut confier son inquiétude car deux pays d’Europe se battent. Les parents ne doivent pas aller plus loin que la demande de l’enfant et éviter d’aborder les scénarios catastrophes.

Dire, n’aie crainte ça va aller, ne rassure pas. Il faut répondre aux questions avec des mots simples.

Marie Rose Moro, pédopsychiatre

De six à dix ans, ils regardent la télé et internet sans notre filtre. Il faut découvrir ce qu’ils savent pour éviter les traumatismes. Par exemple, j’ai vu un enfant persuadé que les Russes voulaient tuer les bébés. Il angoissait. Certains auront besoin de réponses d’ordre géopolitique, d’autres plus concrètes. Il faut toujours répondre, le “n’aie crainte ça va aller” ne rassure pas.  

Comment agir face aux signes d’angoisse d’un enfant ?  

Un enfant qui ne dort pas car il pense aux enfants en Ukraine, ne doit pas s’isoler avec son angoisse. S’il exprime quelque chose, il faut saisir l’occasion. On s’assoit et on lui parle avec des mots simples. “Tu es un enfant incroyable, tu penses comme les grands. Ta réaction est normale.” Une angoisse exprimée est déjà à demi-réglée.

L’adulte doit maîtriser sa peur pour ne pas communiquer son stress.

Marie Rose Moro, pédopsychiatre

La discussion peut-elle se faire à n'importe quel moment ?  

Jamais sur un temps de colère ou de larmes. L’adulte doit maîtriser sa peur avant de parler, et s’adresser à l’enfant dans un cadre sécurisant. Dans sa chambre, ou dans un lieu qu’il aime par exemple. Plus l’enfant est petit, plus notre stress aura un effet direct sur lui.  

Quel conseil pouvez-vous donner aux parents ?  

Surtout, je conseille de lâcher l’idée d’être un “super-parent”. Acceptons nos limites face à la guerre. Le mieux est d’être "suffisamment bon". Faire trop empêcherait l’enfant d’accomplir son propre travail psychologique. Il doit réussir à se rassurer lui-même. Il est de notre responsabilité d’apprendre à parler à nos enfants de la guerre.