INTERVIEW. Derrière l’accident impliquant Pierre Palmade, les tristes réalités de la drogue au volant

Cannabis, cocaïne, opiacés… La conduite sous l’emprise de produits stupéfiants représente 21% des accidents mortels en France. Le drame très médiatisé impliquant le comédien ne doit pas occulter les 700 morts annuels dus à ce phénomène moins connu que l’alcool au volant. Jean-Pascal Assailly, psychologue et expert pour la Sécurité routière a étudié ce fléau touchant essentiellement les jeunes conducteurs masculins.

Qui est concerné par le phénomène de la drogue au volant ?

Jean-Pascal Assailly : C’est très concentré sur les 18-30 ans avec pour l’essentiel une consommation de cannabis. Ce n’est pas parce que c’est moins dangereux que de la cocaïne, probablement moins d’ailleurs, mais parce qu’on sait par les études de consommation que le cannabis est consommé par des millions d’usagers, donc ça se retrouve sur la route. Il y a une souvent une interaction avec l’alcool qui produit un mélange détonnant. En revanche, vous allez peu retrouver l’ecstasy sur la route car le style de vie des gens qui font des raves, est beaucoup moins associé au fait de conduire qu’avec le cannabis.

 

Les conducteurs sous l’emprise de stupéfiants ont-ils conscience que leur attention ou discernement sont altérés ?

 

Jean-Pascal Assailly : Non, ils en sont inconscients pour deux raisons. Lors d’études où l'on fait fumer les gens avant de les faire conduire sur un circuit ou un simulateur, on voit que le cannabis perturbe les aspects de la conduite qui sont les plus automatisés comme la distance entre les roues et le trottoir par exemple. Quand vous conduisez, c’est votre œil et votre cerveau qui gèrent cela en automatique, vous ne vous dites pas « là je suis à 80 centimètres, là à 1 mètre… » Avec le cannabis, cela est perturbé et vous allez avoir des déviations de trajectoire. Il va perturber aussi la vision périphérique. La deuxième raison est que, comme les gens essayent de se dédouaner de leur addiction, ils ont tendance à nous dire lors des entretiens qu’en fait, cela améliore leur conduite. Le cannabis les rendrait zen et calmes. Pour eux, seul l'alcool est dangereux. C’est la stratégie du bouc-émissaire : dire que celui qui est dangereux est celui qui prend un autre produit que le sien. Et pour la cocaïne, on connaît son côté désinhibiteur. Vous allez avoir moins peur du danger, moins peur du risque. 

"Les gens essayent de se dédouaner de leur addiction, ils ont tendance à nous dire lors des entretiens que le cannabis améliore leur conduite..."

Jean-Pascal Assailly, expert de la Sécurité Routière

Comment enrayer ce phénomène ?

Jean-Pascal Assailly : La Sécurité Routière est une dame qui a toujours eu deux jambes : la prévention et la répression. C’est évident qu’il faut faire les deux. La prévention sur les drogues doit se faire avant que les jeunes n’en consomment au lycée. Il faut la commencer dès le collège, car c’est là où les attitudes se forment et où certains peuvent se dire « finalement c’est pas si grave de fumer du cannabis ». Il a y une sensibilisation à faire sur ce thème, au même titre que la vitesse ou le téléphone au volant. Et il y également une nécessité du contrôle-sanction qui est toujours efficace en matière de sécurité routière. D’autant que maintenant les outils de mesure et de détection existent. Ce n’était pas le cas avant les années 2000. Avant si des jeunes étaient arrêtés en faisant des zigzags sur la route, on ne pouvait que les faire souffler pour l’alcoolémie, et s’ils n’avaient pris que des stupéfiants, on devait les laisser repartir, et ils pouvaient aller se tuer deux kilomètres plus loin. Tout a changé avec l’apparition des tests salivaires. Car avant de sanctionner, il faut pouvoir détecter.