JO de Paris 2024. Nazisme, misogynie, racisme… Découvrez les zones d’ombre de Pierre de Coubertin, promoteur de la flamme olympique

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Qui était le baron Pierre de Coubertin ? Alors que les JO seront célébrés du 26 juillet au 11 août prochain à Paris, Xavier Bétaucourt et Didier Pagot viennent de publier une bande dessinée sur le créateur français des JO. Une biographie entre ombre et lumière.

La communication officielle autour des Jeux Olympiques modernes semble ne pas vraiment mettre en avant son créateur, le baron Pierre de Coubertin. La raison ? Certains éléments de sa vie suscitent des controverses. La lecture de la bande dessinée, Pierre de Coubertin, entre ombre et lumière de Xavier Bétaucourt et Didier Pagot publiée aux éditions Steinkis dévoile une face méconnue de l'homme.

Une B.D qui ne masque pas les sympathies politiques de Coubertin


Le dispositif narratif imaginé par les deux auteurs permet de suivre une conversation entre Edgar Pirolu, journaliste, et un second personnage fictif. Tous deux se rendent à la cérémonie d’ouverture des jeux de Berlin de 1936. Des jeux au cœur de la controverse la plus cruciale concernant Coubertin : les liens étroits qu’il aurait entretenus avec Hitler et son admiration pour l'idéologie nazie.

On remarque par le biais de cette discussion la prise de position nuancée des deux auteurs de cette BD Pierre de Coubertin Entre ombre et lumière (éditions Steinkis). Ils font en effet dire au personnage fictif du journaliste que Pierre de Coubertin serait “plus complexe qu’il n’y paraît” : à la fois “réformiste et conservateur”.


Plus loin dans leur B.D, les deux auteurs font s'interroger le personnage d'Edgar sur ce que pensait vraiment le baron de ces jeux à Berlin ; ils lui prêtent ainsi cette opinion : on se serait servi de lui.

Une prudence narrative que les récentes recherches effectuées par le journaliste Aymeric Mantoux viennent corriger : “C’est une lettre de remerciement de Coubertin à Hitler pour tout l’engagement qu’a eu le Reich au côté du projet des Jeux Olympiques […] Coubertin a été très investi dans la préparation des jeux de Berlin”, affirme-t-il au micro de France Culture à l'occasion de la sortie de sa biographie Pierre de Coubertin, l'homme qui n'inventa pas les Jeux (éditions du Faubourg).

Coubertin et le colonialisme


Les deux auteurs de BD accentuent les autres faces cachées du baron. On y apprend que s'il se présentait comme favorable à l’implantation de ses Jeux olympiques sur le continent africain, sa préoccupation première n’était pas de traiter équitablement tous les participants, quel que soit leur pays d'origine.

Pour lui, étendre les jeux olympiques au continent africain était un moyen de contrôler et de surveiller la population locale. "Dès les premiers jours, j’étais un colonial fanatique" écrit Pierre de Coubertin dans ses mémoires (Archives du CIO, 1936).

Des jeux réservés aux seuls hommes

On découvre également au travers de cette bande dessinée que les prises de position du baron de Coubertin à l'égard des femmes avaient une tournure misogyne. Il s'est en effet toujours opposé à la création de compétitions ouvertes aux femmes. Sport et féminité sont impensables à ses yeux.

Une Olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte.

Pierre de Coubertin

La Revue olympique, n° 79, juillet 1912

Pierre de Coubertin, dans La Revue olympique, n° 79, juillet 1912, précise sa pensée : "Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l’adulte mâle individuel. Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs".

De la difficulté d’honorer une personnalité aux positions controversées


L’héritage laissé par Pierre de Coubertin apparaît aujourd'hui comme très problématique. Certains veulent célébrer le personnage dans son intégralité. D’autres ne veulent retenir que son nom et non sa mémoire, et tentent d'excuser ses prises de position idéologiques.


Ainsi, son arrière-arrière petite-nièce met en avant le contexte de l’époque pour excuser les propos de son ancêtre. Le Comité International Olympique (CIO) insiste quant à lui sur le fait que “le nombre de femmes participant aux Jeux Olympiques fut multiplié par six sous la présidence du Baron de Coubertin.”

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Un hommage officiel est prévu à la Sorbonne le 23 juin prochain, mais la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, ne compte pas s’y rendre. Selon son entourage, elle participe "à un événement dans le cadre de la journée olympique et du Relais de la flamme".

Le musée Grévin a quant à lui choisi de le faire rentrer dans sa galerie de portraits en cire d’ici le mois de juillet prochain.

Et la mairie du 7ème arrondissement accueillera à partir du 24 juin prochain une exposition organisée par l'Association familiale Pierre de Coubertin et intitulée Genius of sport.

L’héritage laissé par Pierre de Coubertin reste controversé. Jusqu’à aujourd’hui, certains veulent célébrer le personnage en son intégralité. Quand d’autres ne veulent retenir que son nom, et non sa mémoire.

Avec Matthieu Guinot et Didier Morel

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