Le Goncourt des lycéens : "Je me suis rendue compte que j'aimais lire"

Quatorze romans, des milliers de pages à lire et environ deux mois pour le faire. Les élèves d'une classe de seconde du lycée Charlemagne à Paris, se sont plongés dans l'aventure du prix Goncourt des lycéens et ils en sortent emballés.

Le Goncourt des Lycéens est un prix littéraire qui propose chaque année depuis plus de trente ans à environ deux mille lycéens issus d'une cinquantaine d'établissements scolaires de devenir jurés, le temps d’une rentrée littéraire. Cette année, quatorze auteurs étaient en lice pour ce prix prestigieux créé par le ministère de l'Education et la Fnac.

"Il y a très peu d’élus et beaucoup de candidats" résume Marie-Lyse Dubois, professeur documentaliste au lycée Charlemagne. "Je suis vraiment ravie que cette année, la classe de seconde 4 puisse faire partie du jury, c’est un privilège et une belle aventure", souffle ce professeur qui porte ce projet depuis longtemps. Enseignante dans ce lycée depuis onze ans, elle explique avoir déjà candidaté au moins quatre fois pour participer au prix Goncourt des lycéens.

Je souhaitais c’est qu’ils savourent les livres

Marie-Lyse Dubois, professeur au lycée Charlemagne

"Tous les élèves de cette classe de seconde n’ont pas forcément lu les quatorze romans, mais ce que je souhaitais c’est qu’ils savourent les livres qu’ils ont entre les mains", souligne l'enseignante. "Si vous ne pouvez lire que deux livres, leur ai-je dit, vous n’en lisez que deux, mais prenez le temps de les lire et d’en apprécier la lecture. Le résultat, c’est que sur une classe de trente-six élèves, en moyenne les élèves en ont lu au moins trois ou quatre chacun et quelques-uns, dix voire douze".

"Un autre regard sur les livres"

"Quand j’ai appris qu’on devait lire autant de livres en un minimum de temps, j’ai tout d’abord été effrayée" raconte Yaëlle, 15 ans. Et de poursuivre : "Je ne suis pas une grande lectrice et en plus, je trouvais qu’on avait déjà beaucoup de travail… Au final, je me suis laissée prendre au jeu et j'ai découvert que j'aimais lire. J’ai déjà lu sept livres et je suis en train de lire le huitième", explique-t-elle, ravie.

L'angoisse face à l'ampleur de la tâche, c'est aussi ce qu'a ressenti Marie,15 ans, lorsqu'à la rentrée de septembre, elle apprend que sa classe va participer au jury. "J'ai commencé à lire le roman de Philippe Jaenada, Le printemps des monstres, explique la jeune fille "et ce livre, en fait, je l'ai adoré, ça été comme un déclic qui m'a donné envie de lire les autres livres". 

J'ai découvert que j’aimais bien la littérature contemporaine

Marie, lycéenne

Cette aventure littéraire va amener les élèves à revoir leur rapport à la lecture. "Jusqu’à maintenant, je lisais plutôt des livres du XVIIIe siècle, ceux qu'on lit pour l'école", poursuit Yaëlle "et en fait, j’ai découvert que j’aimais bien la littérature contemporaine et plus particulièrement les romans qui évoquent ou défendent des causes dont je n’ai pas beaucoup entendu parler. Comme par exemple le livre de Clara Dupont-Monod, S'adapter, qui traite du thème du handicap. Je trouve que ça ouvre l’esprit ça fait prendre conscience que d’autres gens ne vivent pas comme toi. Je pense que maintenant, je vais lire plus de livres et que j’aurai un autre regard sur les livres", témoigne Marie.

Pour elle, malgré la charge de travail, le bilan est également positif. "Ça a été une dose de travail énorme, mais en même temps, ça a été énormément de plaisir", avoue-t-elle.

Ce matin du 16 novembre, les élèves de ce lycée parisien ont rendez-vous avec quatre des quatorze auteurs en lice pour le Goncourt des lycéens 2021. Toute la matinée, en visioconférence, Covid oblige, les romanciers en compétition ont passé leur grand oral devant des adolescents très attentifs.

"Les rencontres avec les lycéens c’est quelque chose de très émouvant" observe Anne Berest, l'auteure du roman, La carte postale. "C’est évidemment dommage que cette année, les entretiens se déroulent en virtuel. J’aurais aimé les rencontrer physiquement, mes collègues des années précédentes m’ont dit que c'était une rencontre très forte".

Lors de ces échanges, les lycéens abordent avec les auteurs des aspects très techniques de l'écriture. "On m’a posé beaucoup de questions sur la fabrique littéraire, témoigne Anne Berest, "par exemple, quelle était la genèse d’un roman mais aussi, sur des questions d’écriture, comment je tricote les rapports entre la fiction et le réel. On m’a posé aussi des questions sur les thématiques qui traversent mon livre : l’antisémitisme, la xénophobie ou encore la transmission". 

Les lycéens prennent leur mission avec un grand sérieux

Anne Berest, auteure

En septembre, seize romans faisaient partie de la première sélection du prix Goncourt. Anne Berest avoue avoir été très heureuse lorsqu'elle a appris qu'elle figurait sur cette liste qui lui permettait de concourir au Goncourt des lycéens. "C’est un prix de lecteurs", insiste-telle, "les lycéens prennent leur mission avec un grand sérieux et lorsqu’on regarde le nom des lauréats des années précédentes, on se rend compte que les lycéens ne se sont pas trompés, ils ont l’œil vif". En 2020, les élèves avaient distingué, Djaïli Amadou Amal pour "Les Impatientes" qui interrogeait les violences faites aux femmes.  

Treize lycéens pour choisir le lauréat

Les délibérations pour désigner le lauréat se font en deux temps, d’abord au niveau régional, puis national. A l'issue des délibérations régionales du lundi 22 novembre cinq auteurs, dont quatre femmes, restaient en lice pour le Goncourt des lycéens.

Les treize lycéens délégués, désignés pendant les délibérations régionales, doivent se retrouver jeudi 25 à Rennes, pour la délibération nationale. Paola, élève de la seconde 4 de Charlemagne est en route pour Rennes. "Je suis plutôt excitée à l’idée de participer à cette délibération finale", explique-t-elle. "J’ai lu onze livres sur les quatorze et lire autant en deux mois, c’est sûr que ça été un peu le marathon", rit-t-elle. "En revanche, ça a été une belle expérience, sur les onze livres que j’ai lus il y en a très peu que je n’ai pas aimé, dans tous les livres j’ai trouvé quelque chose d'intéressant”, confie la jeune fille.

Demain, jeudi 25 novembre est la dernière étape pour le prix Goncourt des lycéens. Le nom du lauréat sera annoncé à 12H45 depuis l'hôtel de ville de Rennes. La remise du prix aura lieu à Paris, à 19H00 le même jour, au ministère de l'Éducation nationale.

Les cinq romans finalistes (par ordre alphabétique) sont : - Christine Angot, Le Voyage dans l'Est (éd. Flammarion) - Anne Berest, La carte postale (éd. Grasset) - Clara Dupont-Monod, S'adapter (éd. Stock) - Patrice Franceschi, S'il n'en reste qu'une (éd. Grasset) - Lilia Hassaine, Soleil amer (éd. Gallimard).

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