Musée Rodin : la vente d'éditions originales de bronze du sculpteur permettrait de renflouer les caisses

Le musée de Rodin, situé rue de Varenne à Paris, a rouvert au public ce mardi 7 juillet. Après des mois de fermeture dû à la crise sanitaire, la direction s'attend à une baisse de la fréquentation et cherche des solutions financières pour renouer avec les bénéfices.

Comme de nombreux musées, le musée Rodin a souffert de la crise sanitaire de ces derniers mois.
Comme de nombreux musées, le musée Rodin a souffert de la crise sanitaire de ces derniers mois. © Patrick Tourneboeuf/OPPIC/Tendance Flou
C'est l'un des musées, les plus visités de la capitale. Chaque année, plus d'un demi-million de personnes fréquentent ce musée parisien, qui possède également la maison du sculpteur à Meudon dans les Hauts-de-Seine. En temps normal, l'institution située rue de Varenne dans le VIIe arrondissement reçoit 75% de visiteurs étrangers, parmi lesquels 25% en provenance des États-Unis. Cette année est particulière, la crise sanitaire est passée par là et la direction du musée cherche des solutions pour renflouer ses caisses.

Hier le musée Rodin, qui expose et conserve les œuvres du sculpteur depuis 1919, a pu rouvrir après presque quatre mois d'arrêt. La directrice, Catherine Chevillot est à la fois heureuse de pouvoir accueillir à nouveau les visiteurs mais préoccupée par la santé financière de l'établissement.

"Nous avons ouvert mardi et pour cette première journée, nous avons reçu 25% de public, c'est plus que ce que l'on avait anticipé mais cela reste faible par rapport à fréquentation d'avant la crise du coronavirus. D’après l'office régional du tourisme, cette situation risque de durer, on ne reviendra pas à la normale avant deux ans annonce l'organisme. 

Un manque à gagner de plus de 4 millions d'euros

"Notre budget dépend à la fois de la billeterie, de la boutique et de la location d'espaces et cette année notre manque à gagner s'élevera à plus de 4 millions. Le musée fonctionne avec les ressources habituelles des musées nationaux", explique-t-elle, c'est à dire "outre la billetterie, les ressources propres se répartissent en deux catégories principales : le mécénat et la valorisation des lieux qui représente pour notre musée, 65%". Le reste du budget est particulier au musée Rodin "puisqu'il provient pour 30% de la vente des bronzes d'après les moules laissés par Rodin.
Mais attention, ce ne sont pas des copies mais bien des œuvres originales, insiste Catherine Chevillot. "Le début de l'année a été positif puisque nous avons vendu deux grands bronzes, une partie de ces ventes permettra d'éponger le trou financier de ces derniers mois". 

"Les œuvres du musée Rodin, parce que c'est un musée national sont des œuvres d'art inaliénables, elles ne peuvent pas être cédées tant à titre gratuit qu'onéreux" répète Clémence Goldberger, la responsable de la communication du musée. Le musée national Rodin s'autofinance, Auguste Rodin a fait une donation à l’État en 1916, il a donné au musée les droits d'auteurs, c'est à dire la possibilité d’éditer ses œuvres dans les moules d'origine. Après la mort de Rodin en 1917, des éditions en bronze ont été vendus dans le monde entier : à Los Angeles, San Francisco ou encore Philadelphie, on retrouve des œuvres du sculpteur Français.

Des reproductions limitées

Dans les années 1980, une loi a limité la production de ces œuvres. "Aujourd'hui nous avons droit à seulement 12 exemplaires de chaque œuvre. Pour Le "Penseur" par exemple, c'est fini, les 12 bronzes réalisés à partir du moulage original ont été faits. C'est la même chose pour la plupart des sculptures les plus connues de l'artiste".

La dernière icône qui n'a pas atteint le quota de 12 est "La Porte de l'Enfer", une sculpture monumentale d'Auguste Rodin d'où furent extraites pendant plus de 30 ans ses plus fameuses sculptures individuelles dont le célèbre "Penseur". Elle mesure six mètres de haut et représente deux cent personnages, "l'assemblage du moule d'une telle œuvre est extrêmement compliqué, il a fallu trois ans pour installer les différentes pièces de la sculpture", décrit-elle. Chaque partie de cette pièce de bronze inspirée par la Divine Comédie de Dante "a son moule et c'est seulement lorsque les pièces "du puzzle" sont toutes en place que l'on peut procéder au coulage du bronze". Mais il faut savoir qu'au delà de cette sculpture faramineuse, "il existe encore beaucoup d’œuvres dans notre catalogue, environ 120 modèles différents qui peuvent être édités à la demande".

"On ne vend pas des œuvres d'art comme des chaussures" tonne Clémence Goldberger, pour vendre ces œuvres d'art, on passe par des galeries. "En ce moment on travaille avec la galerie Gagosian, qui a en dépôt une grande pièce de bronze qui devrait être vendu à un collectionneur". "Il y a quatre ans, on a vendu un bronze d'"Aphrodite", le même que celui qui se trouve dans le jardin du musée de la rue de Varenne, au prix d'un 1 million d'euros à un collectionneur privé. Cette sculpture imposante (2,15 m de hauteur), représente la déesse de l'amour, nue, les bras étirés au-dessus de la tête. Cette œuvre est l'agrandissement par deux d'une étude qui aurait servi également pour la "Porte de l'Enfer".

En 2019, le musée a reçu 551 000 visiteurs. Le musée est tourné vers l’international poursuit-elle et "c'est durant les mois d'été, juin, juillet, août, que nombreux amateurs d'art étrangers viennent nous rendre visite. En période estivale, c'est 75 % de nos visiteurs qui viennent de l’étranger".

La crise sanitaire a des répercussions financières 

Le musée a été fermé pendant trois mois et nous pensons que la période post-crise du coronavirus va être compliquée. La baisse de fréquentation risque d'être très marquée au musée Rodin et cela tant qu'une partie de la clientèle étrangère ne pourra pas se déplacer jusqu'à Paris, juge la responsable du service communication. Le budget du musée est de 11 millions, sur ce budget il ne faut pas oublier que nous payons aussi notre personnel. Pendant trois mois, il n'y a pas eu de visites donc pas de droits d'entrée... alors si on arrivait à vendre un bronze ou deux, ce serait bien pour les finances du musée, conclue-t-elle.

Une campagne de dons a été ouverte. Durant la crise sanitaire, nous avons mis en place une plate-forme de dons pour les particuliers. "Jusqu'à maintenant nous n'en avions pas, et souvent les visiteurs nous disaient que ce musée était leur préféré, alors nous nous sommes dit que le public pouvait peut-être nous aider. Depuis deux jours qu'elle est ouverte, la cagnotte s’élève à 800 euros", "les petits ruisseaux font les grandes rivières.", dit-elle en souriant.

 
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