Paris : Un hôtel transformé en centre d'hébergement pour des femmes et leurs enfants à la rue

Cette initiative intervient à l’approche de l’hiver, et à un moment où la grande précarité et le « sans-abrisme » touchent un nombre croissant de femmes.

"L'hôtel ""Rooms and Dreams"", dans le XVIIIème arrondissement, héberge des femmes enceintes et leurs bébés à la rue.
"L'hôtel ""Rooms and Dreams"", dans le XVIIIème arrondissement, héberge des femmes enceintes et leurs bébés à la rue. © Elie SAIKALI
Paris, dans le XVIIIe arrondissement. Des pleurs de bébé et des voix féminines tentant de les atténuer se font entendre depuis le « Rooms and Dreams », un hôtel 3 étoiles située au milieu de la rue Doudeauville, à quelques pas de la station de métro Marx Dormoy. Pourtant, ce lieu, comme de nombreux autres dans la capitale, n’accueille théoriquement plus de client en raison de la crise sanitaire due à la Covid-19. La moitié des hôtels de la capitale sont fermés et le taux d’occupation des établissements ouverts oscille entre 15 et 20%.

L'association Basiliade, en lien avec les services de l'État, a toutefois décidé d’en profiter et d’offrir une nouvelle utilité (temporaire) à cet hôtel vide en y accueillant et en y hébergeant des femmes enceintes, ou sortant de maternité, leurs bébés avec elle, à la rue.

L’objectif est double. Il s’agit non seulement d’accueillir ces femmes et leurs enfants, mais également de sauver l’hôtel en lui-même, une PME indépendante, au bord du dépôt de bilan à la suite du premier confinement. L’association Basiliade a pris la décision de louer cet hôtel pour deux ans, notamment grâce à l'engagement financier des services de l'État, sauvant ainsi les salariés et leurs emplois. Elle fait d’une pierre deux coups.

Besoin primordial

Ce projet intervient à l’approche de l’hiver et à un moment où la grande précarité et le "sans-abrisme" touchent un nombre croissant de femmes.

Il est essentiellement financé par l’État, en lien avec le monde associatif. "L’État finance 562 000 euros du projet et assure la totalité du fonctionnement du centre d’hébergement. Il prend en charge les repas, l’accompagnement social, la location et le fonctionnement du site (…) L’État est garant des moyens qu’il apporte au niveau du fonctionnement du centre et ça représente une grosse partie du projet associatif ou du projet de structure", explique Patrick Guionneau, directeur de la DRIHL (Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement) de Paris – un service de l’État – précisant toutefois qu’il ne faut pas "oublier les autres partenariats (…) quand on construit un centre d’hébergement, c'est avec l’ensemble des acteurs qui se trouvent sur la place de Paris, c'est-à-dire ceux de la puissance publique (CAF, CPAM…), la collectivité de Paris et le monde associatif qui a des actions pour prendre en charge les publics et les accompagner dans une intégration".

Contactée la Mairie de Paris participe également au financement de ce projet à hauteur de 200 000 euros. "Il s’agit principalement de répondre à un besoin social impérieux : loger ces femmes et ces enfants et leur permettre de vivre dignement", explique Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris chargé du logement, de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés. "Il s’agit d’offrir un environnement ‘normal’ pour qu’ils débutent leur vie de maman et de bébé", ajoute Léa Filoche, adjointe à mairie de Paris en charge des solidarités.

Prise en charge

Toute une structure est mise en place. Il n’y a pas « que » l’hébergement. "Il y a, pour les femmes de cet hôtel, ainsi que pour leurs enfants, un accompagnement alimentaire, social, médical et administratif ", détaille Léa Filoche. L’association organise par exemple des cours de français, les inscriptions à l’école pour les enfants en âge d’être scolarisés, ou encore les démarches administratives afin de permettre aux hébergées d’avoir une clarification sur leur situation. "15% des femmes dans cet hôtel sont en situation régulière. Les autres sont en situation irrégulière, mais régularisables et qui sont sur le territoire pour des raisons justifiées. Elles n’ont droit à rien puisqu’elles n’ont pas de papiers", affirme l’élue.

Dans le hall de l’hôtel « Rooms and Dreams », les mamans sont là, avec leurs bébés. Elles attendent, masquées (Covid-19 oblige), des cours ou des rendez-vous avec une éducatrice de jeunes enfants. D'autres parcourent les couloirs pour faire un biberon en vitesse, et tenter de calmer les pleurs.

"Depuis que j’ai accouché, il y a 6 mois, j’ai été dans un centre d’hébergement dans le XIIIe arrondissement, puis je suis venue dans le XVIIIe en septembre. J’ai été abandonnée, enceinte et sans travail. J’ai dû me débrouiller », confie l’une des femmes – d’origine comorienne – l’air intimidée sous son masque, son bébé dormant dans une poussette à côté d’elle. "J’ai 32 ans, mon bébé 9 mois. Je suis venue en France en 2013 pour mes études. J’ai eu un master. Mais j’ai eu des difficultés sur le plan administratif et personnel et j’en suis là aujourd’hui", ajoute une autre d’entre elles, cette fois plutôt à l’aise, d’origine ivoirienne, portant son bébé, calme, dans une écharpe. « Heureusement que ce centre existe. Je m’y sens bien, je m’entends bien avec mes voisines et l’association fait un bon travail", confie-t-elle.

"L'association Basiliade et les services de l'État travaillent d'arrache-pied pour dupliquer ce modèle gagnant-gagnant dans d'autres arrondissements", détaille de son côté Samir Baroualia, responsable de Basiliade Paris-IDF.
 
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