Pères ou mères, ils ont marché 500 kilomètres pour réclamer l'égalité parentale

Publié le
Écrit par Aude Blacher .

Ils dénoncent les décisions inadaptées de la justice en cas de séparation. Après 25 jours de marche pour sensibiliser sur la problématique de l’égalité parentale, des pères et des mères viennent de rallier Paris. Direction l'Assemblée nationale ?

Ils se sont donné rendez-vous place de la Bastille ce lundi matin pour marcher une dernière fois ensemble en direction de l'Assemblée nationale, après avoir déjà parcouru 500 kilomètres à pied entre Paris et Strasbourg malgré la pluie et le froid.

Ces quatre pères et trois mères originaires de Lille, de Toulouse, de Lyon ou encore de Nantes sont allés pendant 25 jours à la rencontre de citoyens et d'élus pour les interpeller sur la nécessité de faire évoluer la justice familiale dans l’intérêt des enfants.

Si je me bats aujourd'hui, c'est pour mon enfant qui n'a pas les moyens de s'exprimer et qui se demande pourquoi je l'ai abandonné.

Maxime Villejobert

Parmi eux, Maxime Villejobert, père d'un petit garçon de trois ans qu'il n'a pas vu depuis février. " Après la séparation, j'ai obtenu la garde de mon fils un week-end sur deux, la moitié des vacances et quelques jours dans la semaine. Mais la maman ne respecte pas le jugement prononcé. J'ai déposé plusieurs plaintes, mais ça n'a rien changé. Si je me bats aujourd'hui, c'est pour mon enfant qui n'a pas les moyens de s'exprimer et qui se demande pourquoi je l'ai abandonné. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir été mis de côté." 

Maxime Villejobert, comme ses autres compagnons de route, milite pour le renforcement de la loi pour la non-représentation d'enfant. Un délit puni en théorie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende mais rarement sanctionné. En 2017, sur 32 400 infractions recensées, seules 4 % ont donné lieu à des condamnations d'après le ministère de la Justice. "On ne se rend pas compte de la responsabilité de la justice sur ces questions. La formation des magistrats est poussiéreuse. Après un divorce, les trois quarts des décisions confient les enfants à la maman. Pourtant la société évolue, il faut aussi que la justice évolue."

La résidence alternée, une décision rarement prononcée

Ces parents qui ont en commun de ne plus voir, ou pas suffisamment, leurs enfants, se sont fédérés au sein du "collectif pour l'égalité parentale". Un groupe né sur les réseaux sociaux et qui déplore notamment le retard de la France sur la question de la résidence alternée. "Toutes les études démontrent que la résidence alternée permet une meilleure évolution de l’enfant sur le plan émotionnel, relationnel, au travail, énumère Alexandre Chastan, père d'une petite fille. C'est ce qu'il y a de mieux pour le bien-être et le développement des enfants lorsque les conditions sont réunies. Mais cette décision est rarement prise en France."

En 2020, sur quatre millions d'enfants de parents séparés, seuls 480 000 vivaient en résidence alternée selon l'Insee. Soit 12 % des enfants contre 48 % en Suède, 40 % en Italie, 37% en Belgique ou encore 30% en Norvège, malgré les préconisations de la Convention internationale des droits de l'enfant et du Conseil de l'Europe.

Je suis devenue une maman loisirs. On m’a enlevé mon rôle de mère

Laurène Moine Douriez

Une solution qu'avait plébiscitée Laurène Moine Douriez, 41 ans, lors de sa rupture avec son conjoint en 2019. Cette mère n'a finalement obtenu la garde de ses deux enfants de 9 ans et 12 ans qu'un week-end par mois et durant toutes les vacances scolaires. "Cela n'a pas de sens. Après m'être occupée de l'éducation, de la santé, des activités de mes enfants, je ne peux plus les voir spontanément, je suis devenue une maman loisirs ! J'ai fait appel de cette décision de justice il y a plus de deux ans. Mais cela traîne, les rentrées scolaires passent sans que rien ne bouge", déplore cette mère qui attend une prochaine audience en janvier. Ce que je dénonce, c’est que l'on ne prenne pas en considération les enfants. Je l’ai subi en tant qu’ado, et je le revis aujourd'hui en tant que maman séparée. On m’a enlevé mon rôle de mère."  

En 2021, à l’issue d'une première marche de 800 kilomètres entre Marseille et Paris, une délégation de parents avait été reçue à l’Assemblée nationale. Des membres du gouvernement avaient également pris des engagements pour faire évoluer la justice familiale. Plusieurs lois ont depuis été proposées, mais elles n'ont pas abouti. Dernière en date, celle du député Renaissance de Saône-et-Loire Rémy Rebeyrotte le 15 novembre 2022. Il a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à "permettre à l’enfant de maintenir des liens équilibrés avec ses deux parents en cas de séparation s’il y a désaccord sur le mode de résidence".

Une pétition a également été lancée sur Internet. "En attendant une éventuelle évolution, ce sont les liens avec les enfants qui se distendent. Ce qui est perdu ne se récupère pas surtout quand ils sont petits, regrette une autre marcheuse, Sandrine Dhollande. Chaque enfant a le droit de grandir en profitant autant de ses deux parents."

Après 25 jours de marche, ces parents viennent d'obtenir un nouveau rendez-vous à l'Assemblée nationale le 10 décembre avec une députée.

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