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REPLAY. Le travail incarcéré : véritable outil de réinsertion ou bon business plan ?

Argent, remise de peine, lien social, distraction. En prison, chaque détenu à une bonne raison de vouloir quitter sa cellule pour travailler. Quelques heures à l'atelier, dans une cuisine ou devant une machine à coudre pour se sentir à nouveau exister, se sentir de nouveau utile à cette même société qui les a enfermés. Eric Beauducel et Chloé Audrain vous emmènent à la découverte de ces femmes et ces hommes, prisonniers ou concessionnaires qui font entreprise commune.

On estime qu'il faut environ 200 euros par mois à un détenu pour vivre en prison. Trouver un travail est donc pour certains la première des urgences lorsqu'ils sont incarcérés. Si, dans le monde libre, le travail est souvent perçu comme une corvée, ici, coupé de tout, c'est presque une libération.

Pour certains détenus, la prison, c'est même l'occasion de découvrir leur premier travail. C'est aussi, peut-être, ce qui leur permettra de trouver un emploi en sortant et d'éviter la récidive. Préparer son retour à une vie libre, pouvoir se former et faciliter sa réinsertion en apprenant à gérer un budget, en continuant de soutenir sa famille financièrement ou en dédommageant plus rapidement ses victimes. 

À la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, plus de 200 détenus sont employés au service général. Ils nettoient, préparent les repas et effectuent de petits travaux directement pour le compte de la prison. 150 autres descendent chaque semaine au niveau des ateliers. Les ateliers, ce sont de petites usines où les détenus façonnent, emboîtent, font un peu de manutention et des tâches qui demandent peu de qualifications. Au mur, une liste de chaque matériau utilisé est affichée et il ne faut pas qu'il en manque un seul à l'appel. Idem pour les couteaux de cuisine, gardés sous haute surveillance.

En prison, 90% des détenus ont un diplôme inférieur ou égal à un CAP. 11% des prisonniers sont illettrés. À Bois d'Arcy, obtenir un travail peut prendre jusqu'à 18 mois à cause de la surpopulation. La majorité des personnes incarcérées sont dans l'attente d'un jugement et ne restent jamais plus de quelques mois avant d'être envoyées dans une autre prison.

Le centre de détention de Melun ne manque pas de place mais les prisonniers y sont jugés plus dangereux. Eux ont déjà reçu le verdict. De longues peines, des cellules isolées et des emplois différents de ceux proposés en maison d'arrêt. Ici, le premier employeur, c'est un imprimeur, et pas n'importe lequel puisqu'il fournit principalement le ministère de la Justice.

Du côté des femmes aussi, le travail s'impose de plus en plus dans la vie des détenues. Elles sont à peine 150 enfermées dans ce bâtiment du XVIIIème siècle et pourtant, les prisonnières de Versailles peuvent elles aussi apprendre un métier auprès d'une créatrice de vêtements et d'accessoires.

Un petit atelier pour de petites mains qui découvrent la couture et créent des pièces uniques. Car au-delà du travail, c'est aussi une formation qui est proposée à toutes ces femmes.

Des entrepreneurs et des prisonniers

Pour les concessionnaires, créateurs et entrepreneurs, recourir à des employés prisonniers a aussi ses avantages. Le salaire, par exemple, ne peut pas dépasser 45% du SMIC et les charges sociales, 6%. Dans la majorité des prisons, c'est l'établissement qui paye la consommation d'eau et d'électricité en plus de la mise à disposition des locaux.

Une aubaine pour les entreprises

Jusqu'à la réforme de 2021, les détenus n'avaient pas de véritable contrat, pas d'indemnisation en cas d'accident ou d'assurance-chômage. De nombreuses marques installaient alors leurs ateliers dans les centres de détention dans le plus grand secret pour profiter de ce laxisme juridique. 

Bien sûr, les entreprises doivent aussi se confronter aux difficultés de l'environnement dans lequel elles évoluent. Les responsables doivent venir chaque jour en prison et respecter les règles de l'endroit dans lequel ils évoluent. Parfois, à cause d'une bagarre, l'atelier n'ouvre pas ses portes ou le détenu n'est pas autorisé à descendre pour effectuer son travail. Si les personnes incarcérées s'adaptent aux demandes et au monde du travail carcéral, les entrepreneurs, eux, doivent en faire tout autant. Pour certains, installer son entreprise derrière des barreaux relève même d'un choix inclusif.

Alors, la valeur travail est-elle la réponse au mal-être et à la réinsertion des prisonniers ? Alors qu'elle enchaîne les Hommes libres, peut-elle libérer les enfermés ?

Retrouvez "Le Travail incarcéré" à découvrir ce soir sur France 3 Paris Île-de-France et en replay sur france.tv/idf

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