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Dans le rétro. Boxer ou se battre ?

KO suite à un crochet du droit. / © Ina
KO suite à un crochet du droit. / © Ina

Nommée le noble art, la boxe laisse peu indifférent et suscite des réactions extrêmes entre partisans et adversaires : de la fascination à la peur et de la glorification de la force du boxeur au rejet de cette violence gratuite, sans mobile.

Par Sylvie Drouin

Comment appréhender ce sport ? Les mieux placés pour l'évoquer sont les pugilistes eux-mêmes. Pour ce faire, écoutons et regardons les boxeurs à travers les archives de la télévisions.
  • Jouer à se battre

La boxe n'est pas un sport comme les autres, c'est plus qu'un sport. Le boxeur met en jeu son honneur, sa force. C'est une tragédie sans fin puisque le vainqueur remettra en jeu son titre jusqu'à la perte de celui-ci. La boxe est un monde de légende et les boxeurs sont ses héros comme l'ont été Georges Carpentier, Marcel Cerdan, Ray Sugar Robinson, Mohamed Ali.
Pourquoi tant de fascination ? Les passionnés de boxe reconnaissent la force, le courage et l'héroïsme des combattants qu'ils élèvent parfois au rang d'artiste d'un art noble. Certains voient de la beauté dans les déplacements des corps, les esquives, les techniques de frappes.
Dans le rétro. Boxer ou se battre ?
  • Se battre avec ses poings remonte à la nuit des temps

La boxe est un des plus vieux sports du monde qui doit aussi ses origines au pugilat dans la Grèce antique. Il s’agit d’un combat à coups de poings pouvant se terminer par la mort d’un des adversaires. A cause de sa violence le pugilat est interdit en 392 en même temps que les Jeux Olympiques.
  • Naissance de la boxe anglaise

Au XVIIIe siècle, la boxe apparaît en Angleterre de façon clandestine puis est autorisée avec des règles : le port de gants, des rounds de trois minutes… Une éthique s’impose comme ne pas frapper l’adversaire au sol, point de coup bas sous la ceinture mais des coups de poings à la tête...
  • La boxe anglaise arrive en France

La boxe anglaise apparaît en France lors de l'exposition universelle de 1900, puis aux Jeux Olympiques en 1904. Elle est introduite dans les spectacles parisiens, devient un loisir et un sport de plus en plus populaire.
Les salles dédiées aux réunions de boxe se multiplient : Wagram, l'Élysée Montmartre, l'Omnisport, le Vél d'Hiv, le Palais des sports, l'Olympia... Le Tout Paris s'y presse en tenue de soirée. C'est le temps de la boxe stylée pratiquée par Georges Carpentier, premier français à devenir champion du monde de boxe anglaise en 1920.
  • La boxe n'est pas forcément un sport de bagarreur

Les boxeurs finissent tous par se ressembler avec leurs visages cabossés à coups de poings. Ils acceptent la violence et la souffrance. Ils savent qu'ils vont donner et recevoir des coups.
Ils ne subissent pas comme le taureau ou le gladiateur. Ils sont volontaires pour combattre, pour devenir le champion de leur catégorie. Ce sport violent est pratiqué par des hommes qui ne le sont pas forcément.
Les archives de la télévision ont souvent montré ce paradoxe. Marcel Cerdan, champion du monde poids moyen en 1948, avouait ne pas aimer boxer. 
Le boxeur doit mesurer ses coups, doser ses frappes jusqu'au Knockout, le KO, en ultime limite.
Ultime limite à la fois cherchée et crainte, de peur des séquelles voire du coup fatal.
Ces sportifs se sentent invincibles. Mais lorsque la défaite est là, ils la vivent comme une perte de leur virilité. La mort de leur identité de boxeur.
  • Dérive du noble art

La boxe anglaise révulse ses détracteurs car c'est un des rares sports ou l'on cherche à gagner en côtoyant la mort avec le KO, ce "coup qui endort".
À partir des années 60, la popularité de la boxe anglaise décline à cause d'une dérive vers une violence excessive. Chaque match de boxe vise la mise au tapis de l'un des deux adversaires. La violence des coups provoque des accidents irréversibles. Le règlement n'empêche pas le risque de blessures, de commotions cérébrales, de comas, voire de décès. C’est le seul sport où la violence est admise et requise. Contrairement aux autres sports lorsque le sang coule on n’arrête pas le combat. Les anciens boxeurs parlent de massacre... 

En 1971, à propos des jeune boxeurs Georges Carpentier déclare dans une interview Ils veulent surtout faire du rentre dedans. C'est pas ça la boxe... La boxe ça veut dire boxer, ça ne veut pas dire se battre !

Georges Carpentier était un technicien de la boxe, un styliste. Il a reçu peu de frappes au visage, il avait l'art de les éviter. Il était difficile à toucher. 

L'ambiance des salles de combat de boxe est aussi particulière. Le public cherche à influencer un combat par ses encouragements et ses invectives. Et la violence est aussi dans la salle. Le public y vit par procuration celle du ring.
Les boxeurs sont là pour le spectateur qui vient voir tomber un homme. Ils doivent lui garantir le spectacle.
  • Un nouvel engouement

Les médias ont toujours participé à la mythologie de la boxe : la presse écrite puis la radio ont décrit les matchs de boxe avant que les caméras ne captent avec un effet de loupe la gestuelle des combattants. Cela a favorisé à la fois la passion des uns et l'aversion des autres pour ce sport. 

Depuis peu, la boxe anglaise connaît un nouvel engouement auprès du public. Ce renouveau s’applique dans une pratique amateur, une initiation à l'autodéfense et les femmes sont de plus en plus nombreuses à fréquenter la salle. La pratique du noble art des premiers temps, sera-t-elle celle des futurs champions et championnes du ring ?

 

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