Suractivité, fuite des recrues… Les pompiers de Paris « en surchauffe » alerte la Cour des comptes

La BSPP en intervention à Levallois-Perret, en août 2019 (illustration). / © MARC LOUKACHINE / BRIGADE DE SAPEURS-POMPIERS DE PARIS / AFP
La BSPP en intervention à Levallois-Perret, en août 2019 (illustration). / © MARC LOUKACHINE / BRIGADE DE SAPEURS-POMPIERS DE PARIS / AFP

Dans un rapport remis au gouvernement, la Cour des comptes alerte sur la « surchauffe » opérationnelle de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), à bout de souffle. L’enquête pointe entre autres du doigt la fuite des jeunes recrues.

Par Pierre de Baudouin / France 3 PIDF

La BSPP est en « surchauffe », d’après la Cour des comptes. La juridiction a publié jeudi un rapport alarmant sur cette unité d'élite de pompiers militaires placée sous l'autorité du préfet de police, révélant des « menaces susceptibles de mettre en péril son modèle de fonctionnement ». Dans son enquête, remise au premier ministre Edouard Philippe, la Cour formule ainsi une série de sept recommandations pour « préserver l'avenir de la brigade et le bon accomplissement de ses missions ».

Le rapport tire avant tout la sonnette d’alarme sur la « suractivité opérationnelle » de la BSPP. La Cour pointe en effet du doigt le nombre « disproportionné » d'interventions de secours à victimes (SAV), qui représentaient d’après les chiffres de 2017 près de 80 % des sorties effectuées, alors que les « interventions sur des incendies ne représentaient que 2,9 % de l’activité ». Ainsi 40 % des véhicules de SAV sortent plus de 10 heures par jour, et « près des deux tiers des effectifs de pompiers sont quotidiennement engagés entre 11 heures et 20 heures ».
Selon l’enquête, le modèle de fonctionnement est prévu pour 450 000 interventions par an, alors que la brigade en enregistre déjà plus de 500 000 aujourd’hui. Tout en évoquant « la croissance des agressions [contre les pompiers] de 60 % en 2018, dont une mortelle » et la pénurie de médecins à laquelle fait entre autres face la Seine-Saint-Denis, le rapport souligne l’« évolution de fait du métier de sapeur-pompier vers un rôle de quasi-intervenant social », de quoi poser des « problèmes d’attractivité et de fidélisation pour les jeunes recrues, qui se sont engagées pour exercer des fonctions plus classiques dans un métier qu’ils imaginaient tout autre ».

Des « risques de fatigue excessive » pour les pompiers

Autre point abordé : la Cour recommande de renforcer « les conditions d’une coopération et d’une mutualisation entre la BSPP et les SAMU [services d’aide médicale urgente] de Paris et de la petite couronne », en conseillant entre autres de fluidifier avec des outils informatiques les procédures de transmission d’information. L’enquête recommande aussi de « relancer la coopération interservices entre la BSPP et la brigade fluviale » sous l’égide de la préfecture de police de Paris.
Le rapport pointe par ailleurs du doigt « le temps et l'organisation du travail, très atypiques » des militaires. Avec des gardes allant de 24 à 48 heures d'affilée, l’organisation de la BSPP « méconnaît les principes de la directive européenne sur le temps de travail du 4 novembre 2003 ». La Cour souligne ainsi des « risques de fatigue excessive » pour les pompiers « et pour le bon accomplissement de leurs missions ».

Un tiers des jeunes recrues quitte la brigade « un an à peine après leur arrivée »

S’ajoute à « cette situation périlleuse », toujours d’après l’enquête, « les départs massifs des jeunes recrues qui ont quitté la brigade, pour près d’un tiers, un an à peine après leur arrivée ». Le rapport met d’ailleurs en lumière la problématique des logements. « Si l’attribution préférentielle des 2 500 logements disponibles aux cadres, officiers et sous-officiers, se justifie, le fait que seuls 12 % des militaires du rang en bénéficient ne permet pas de fidéliser une partie des personnels opérationnels qui dorment en chambrées collectives pendant leurs gardes et effectuent, sans relâche, des trajets ferroviaires en quart de place à leurs frais », explique la Cour.
L’enquête recommande également de « diminuer le nombre de détachements » mais aussi de mettre en place « un meilleur ancrage local des recrutements », « nécessaire pour pallier les départs massifs ». « Le risque de pénurie » de candidatures, auquel la BSPP pourrait faire face à l’avenir est en effet aggravé par le fait que « la brigade recrute à peine un quart des nouveaux personnels en Île-de-France », d’après le rapport. A noter qu'aujourd’hui, on compte 8 030 militaires parmi les pompiers de Paris.
 

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