La ville de Paris débloque des fonds exceptionnels pour le cinéma indépendant

Les directeurs de salles de cinémas indépendants expriment leur soulagement. La Ville de Paris a voté mardi 438 000 euros de subventions exceptionnelles pour soutenir les 36 salles indépendantes que comptent la capitale, mises à mal par la Covid-19.
Face à la baisse de fréquentation, les cinémas indépendants multiplient les événements dans leurs salles.
Face à la baisse de fréquentation, les cinémas indépendants multiplient les événements dans leurs salles. © THOMAS COEX / AFP
Face à la crise, la ville de Paris a décidé de débloquer près d'un demi-million d'euros de subventions pour venir en aide à ses cinémas indépendants. Au-delà des grands complexes commerciaux, ces salles parisiennes "sont des acteurs essentiels de la vie" municipale, souligne la délibération votée mardi à l'unanimité par le conseil de Paris. "Entre Paris et le cinéma, il y a plus qu'une relation économique, il y a une vraie histoire", a twitté Carine Rolland, adjointe à la Culture de la maire PS Anne Hidalgo. L'aide est fixée à 5 000 euros par salle et 40 000 euros maximum pour chacun de ces établissements. Pour Fabien Houi, directeur du cinéma Le Brady, située dans le Xe arrondissement, l'annonce de cette subvention est une très bonne chose, "la crise a fait plonger la fréquentation du public et globalement les salles indépendantes sont dans une fourchette de 60 à 70 % de pertes", explique celui qui est aussi président des Cinémas indépendants parisiens, une association qui regroupe 30 des 36 cinémas parisiens.

"C’était très difficile pendant les mois d’été mais on observe une reprise timide en septembre, on espère que ça va durer", poursuit-il. Des stratégies ont été mises en place."Pour reconquérir le public, on a mis en place des opérations de sensibilisation, on a proposé, par exemple, des pré-achats de places à consommer dans le trimestre." Par ailleurs, les évènements autour des films ont été valorisés. "Des séances de ciné-club, des rencontres avec des réalisateurs ont été programmés et les spectateurs ont répondu présents."

Uune jauge restreinte dans les salles

"Concernant la jauge restreinte, nos salles comme les autres, sont soumises à la même contrainte. Le respect des gestes barrières nous contraignent à ne pas remplir nos salles. Pour être sûr de pouvoir conserver des sièges vides entre les spectateurs, le taux d'occupation des salles fluctue entre 30 % et 70%, c'est peu", dit-il.

Même bilan pour Charlotte Prunier, directrice des 3 Luxembourg. L’année a été catastrophique explique la directrice du cinéma. "Depuis janvier nous avons une baisse de 47 % de la fréquentation et par rapport à 2018 c’est une baisse 52 %". "On est inquiets, on ne sait pas quelle sera la tendance les mois qui viennent", confie-t-elle.

Les cinémas indépendants diversifient leur offre  

"Ce qu’on observe, et qui nous rassure un peu, c’est que ça se passe mieux depuis septembre", poursuit-elle. Comme pour Le Brady, l'équipe du cinéma multiplie les initiatives autour des films. "On a eu beaucoup de monde qui est venu pour une séance ciné-concert autour du film "Billie" qui raconte l'histoire de la chanteuse Billie Holiday". La formule ciné-débat fonctionne bien aussi, explique-t-elle. "La semaine dernière, les gens sont venus nombreux pour la projection du documentaire de David Dufresne sur les violences policières "Un pays qui se tient sage", à l'issue de la projection, un débat s'est tenu en présence du directeur de recherche au CNRS, Fabien Jobard, les membres du collectif de défense des jeunes du mantois, Yessa Belkhodja et Myriam Ayadet et l’avocat pénaliste Raphaël Kempf". L'inquiétude du lendemain est là mais pas question de se replier sur soi-même. "On veut ouvrir largement une porte, notre souci c’est de rester visible mais on a très peur de la reprise de l’épidémie et on croise les doigts pour qu’on soit sorti du tunnel".

Au Grand Action, on se bat pour sortir du rouge

Depuis la réouverture le 22 juin des salles de cinéma et jusqu’à la fin septembre les chiffres de fréquentation du cinéma le Grand action, oscille entre 30 et 35 % confie Isabelle Gibbal-Hardy, la directrice de ce cinéma Art et Essai situé dans le quartier Latin.

"La fréquentation est vraiment plate pour les séances classiques, nous avons vraiment peu de monde. En revanche lorsque nous organisons des événements, la salle est complète dans la limite de la jauge autorisée. Dimanche dernier, par exemple, nous avons organisé la projection du film "Possession" d'Andrzej Zulawski et notre invité était la productrice Marie-Laure Reyre, ça a été un succès, les gens sont venus nombreux et ils étaient ravis", se réjouit la vice-présidente de l'association française des cinémas Art et Essai. Le Grand Action organise environ 50 événements par an. "Pour nous c’est l’ADN d’un cinéma Art et Essai de proposer ce type de rencontre. C’est notre façon de fonctionner et c’est vrai qu’aujourd’hui j’ai tendance à vouloir densifier ses rencontres".

"Cette subvention est conséquente et vitale"

Isabelle Gibbal-Hardy, directrice du cinéma le Grand action

"Ma trésorerie est très tendue, l’équilibre financier est très difficile. L’annonce de cette subvention est formidable et elle tombe à pic, ça va nous permettre d’honorer nos fournisseurs". Dans la lignée de l'initiative parisienne, elle espère que cette mesure puissent être suivie ailleurs en France "Ce que j’espère c’est que cette aide conséquente et vitale pour le cinéma donnée par la ville de Paris, va servir d’exemple aux autres grandes villes de France", souffle Isabelle Gibbal-Hardy.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
cinéma culture