Quatre hommes accusés d'avoir commis une prise d'otages pour financer le terrorisme

Le palais de justice de Paris. / © France 3 Paris IDF/A. Joudi
Le palais de justice de Paris. / © France 3 Paris IDF/A. Joudi

Leur jugement, qui va durer deux semaines, s'ouvre ce lundi à la cour d'appel de Paris. Les faits remontent à 2013 en Seine-et-Marne. Le principal accusé, un multirécidiviste, risque la prison à perpétuité. 

Par Adrien Gavazzi avec AFP

Quatre hommes, dont un braqueur chevronné et un jeune converti à l'islam, comparaissent à partir de lundi aux assises de Paris pour avoir en 2013 pris en otage la famille d'un postier pour constituer un butin destiné à des actions terroristes.

Le principal accusé, Ibrayima S., 37 ans, a un lourd passé judiciaire avec 12 condamnations au casier, dont l'une à 12 ans de réclusion criminelle aux assises de l'Aube. Parfois appelé le "moujahid au taser" pour son mode opératoire, il est spécialiste du braquage avec séquestration et violence et n'a pas connu grand-chose en dehors de la détention.

En décembre 2012, peu après sa dernière sortie de prison, il est signalé à la justice par les services antiterroristes, sur la base de renseignements pénitentiaires.

Ibrayima est soupçonné de vouloir recruter en vue d'une série de vols pour réunir un butin de guerre, un "butin hallal", en vue d'actions terroristes. Il est dès lors placé sur écoutes, son appartement de Trappes (Yvelines) et sa voiture sonorisés.

Le procès des écoutes

C'est une des caractéristiques de ce procès, qui se tient devant une cour composée de magistrats professionnels : l'abondance d'écoutes qui mettent au jour des appels confus au jihad dans d'interminables logorrhées d'Ibrayima, scandées en rap. Il veut faire de son appartement de Trappes « le nid des aigles d'Allah » et cite en exemple le jihadiste toulousain Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012.

Les enquêteurs identifient rapidement comme son bras droit Pierre R., un jeune de 26 ans converti à l'islam après la mort de son père. Les deux hommes se sont rencontrés en prison, où s'est renforcée leur radicalisation religieuse.

Alors qu'Ibrayima est muet face aux juges, Pierre affirmera s'être intéressé au jihad pour « mieux comprendre l'islam », expliquant que le braquage avait été programmé deux semaines avant les faits, mais niera tout projet d'envergure comme l'assassinat de personnalités.

Outre l'accusation d'association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes, ils devront répondre d'un crime commis presque sous les yeux de la police.

Une prise d'otages pour 2 000 €

Fin mars 2013, Ibrayima, parfois accompagné d'un acolyte, multiplie les repérages à Pontcarré et Roissy-en-Brie, en région parisienne. Les écoutes parlent de « butin de guerre », de passer « à l'action », les mots de « séquestration » ou « otage » sont prononcés. Face à l'imminence d'une action, une filature est mise en place.

Mais le 3 avril peu après 06H35, les policiers perdent la trace d'Ibrayima et de Pierre alors qu'ils viennent de quitter une salle de prière. Vers 8H30, deux hommes, visages dissimulés, armés de couteaux et d'un taser, prennent en otages Claire Penhouet, enceinte de sept mois, et son fils à leur domicile de Roissy-en-brie, pour forcer le mari, guichetier à la Poste, à remettre l'argent de son agence de Pontcarré.

L'un des hommes, identifié par les enquêteurs comme étant Pierre, garde la famille en otage, pendant que l'autre, identifié comme étant Ibrayima, se rend à la Poste de Pontcarré avec Jacques Penhouet, qui lui remettra quelque 2 000 euros en liquide. Les otages seront libérés vers 09H10, sans blessure physique mais très choqués.

Le maigre butin est partagé entre Ibrayima et Pierre, à l'exception de 150 euros donnés à un autre des accusés, Roushdane K., pour le prêt du taser. Un quatrième accusé au discours radical, Emmanuel N., gravite dans l'entourage d'Ibrayima qui le juge toutefois peu fiable.

Le lien avec la piste terroriste n'est fait que le lendemain. Les quatre hommes ne seront interpellés que trois mois plus tard, le 24 juin 2013, sans doute dans l'espoir d'amasser plus de preuves de la constitution d'un « butin hallal ».

Multirécidiviste, Ibrayima risque la prison à perpétuité. Le procès va durer deux semaines.

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