Réforme des retraites : un mois de mobilisation

© Frédérique Hovasse
© Frédérique Hovasse

Ce samedi, cela fait un mois que les opposants à la réforme des retraites sont dans la rue. Ils cherchent même à durcir le mouvement et gagner la bataille de l'opinion. 

Par Isabelle Audin avec AFP

Selon un dernier sondage Odoxa, le soutien au mouvement de grève reste majoritaire mais s'essouffle (61%, - 5 points en deux semaines). Seuls 24% (+4%) pensent que l'exécutif doit conserver intégralement son projet actuel. 
    

La mobilisation s'étend

Dès lundi, de nouveaux appels à la grève ont été déposés, notamment par les avocats, le 2e syndicat de pilote d'Air-France et des fédérations d'infirmiers et de kinésithérapeutes. La CGT a promis un durcissement des blocages de raffineries, terminaux pétroliers et dépôts. 
  
 
Deux grandes journées d'actions et de manifestations sont prévues: d'abord le jeudi 9 janvier, avec un appel de l'intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU) à une journée interprofessionnelle de manifestations et de grèves.

Puis le samedi 11 janvier, avec un appel à manifester dans tout le pays, lancé par l'intersyndicale rejointe par les syndicats de lycéens et d'étudiants Unef et UNL. 
    
Parmi les inconnues de la semaine à venir, la position du leader de la CFDT Laurent Berger, qui pourrait être sensible à des concessions sur la pénibilité mais qui a fait du retrait de l'âge pivot pour tous un critère non négociable. 
    
En attendant, le trafic SNCF restait perturbé pour les retours de vacances scolaires du week-end mais avec une amélioration, tout comme à la RATP. La SNCF s'attend aussi à une "forte amélioration" du trafic TGV la semaine prochaine.

Retour sur les principales étapes de la mobilisation contre la réforme des retraites

Annoncée par Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle en 2017, cette réforme structurelle vise à supprimer les 42 régimes existants (privés, spéciaux, des fonctionnaires, etc.) pour créer un système de retraite universel par points.

Le 5 décembre, les salariés participent massivement à une journée nationale d'action.
La grève, reconductible à la SNCF et à la RATP, perturbe fortement les transports.
Chez les enseignants, elle atteint des taux records depuis 2003 malgré des promesses gouvernementales de revalorisations salariales.
Entre 806.000 manifestants (selon le ministère de l'Intérieur) et 1,5 million (selon la CGT) défilent dans toute la France, dont 65.000 à 250.000 à Paris.
Le 10 décembre, entre 339.000 (ministère de l'Intérieur) et un million de personnes (CGT) manifestent en France, dont 31.000 à 180.000 à Paris.
Le 11 décembre, Edouard Philippe présente le projet. Le système universel par points s'appliquera à partir de la génération 1975. 
Mais chez certains fonctionnaires et agents de régimes spéciaux, les premières générations concernées seront celle de 1980, voire 1985 (conducteurs SNCF et RATP par exemple).
Côté mesures budgétaires, un dispositif de bonus-malus incitera à travailler plus longtemps, avec un "âge d'équilibre" atteignant 64 ans en 2027.
Cet âge pivot appliqué progressivement dès 2022 fait basculer la CFDT, favorable sur le principe à un système universel, dans le camp des opposants. 
Le 16 décembre, après une semaine de révélations sur des activités bénévoles non déclarées et d'autres rémunérées, le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye démissionne. Il est remplacé le lendemain par le député LREM du Nord Laurent Pietraszewski.
Le 17 décembre, pour la première fois à l'appel de l'ensemble des syndicats, entre 615.000 (Intérieur) et 1,8 million (CGT) de personnes manifestent dans toute la France, dont 76.000 à 350.000 à Paris. 
CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires et FSU réclament le retrait du projet, CFDT, CFTC et Unsa l'abandon de l'âge pivot. 
Le 18 décembre, Emmanuel Macron fait savoir qu'il est "disposé à améliorer" sa réforme, notamment "autour de l'âge pivot".
L'intersyndicale mobilisée pour le retrait de la réforme annonce une nouvelle journée d'action pour le 9 janvier.  
Le 21 décembre, Emmanuel Macron fait savoir qu'il renonce à sa future retraite de président.
La reprise de la concertation gouvernement/syndicats est fixée au 7 janvier. En attendant, des concessions sont accordées au fil des jours à une dizaine de professions (policiers, pilotes de ligne, marins, danseurs de l'Opéra ...).
Les transports restent perturbés par la grève pendant les fêtes, et la CGT-Chimie appelle à bloquer raffineries et dépôts du 7 au 10 janvier.
Le 31 décembre, lors de ses voeux télévisés, Emmanuel Macron affirme que "la réforme des retraites sera menée à son terme", tout en demandant au gouvernement de trouver "un compromis rapide".
 

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