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Procès Tarnac : Le tribunal correctionnel de Paris espère trouver une vérité en Seine-et-Marne

© France 3 Paris
© France 3 Paris

Un tel événement est rare : le tribunal correctionnel de Paris se déplace en Seine-et-Marne, sur les lieux du sabotage d'une ligne SNCF pour lequel des membres du groupe de Tarnac sont poursuivis. Dix ans après les faits, le tribunal espère pouvoir éclairer cette affaire obscure

Par Christian Meyze

Il est rare qu'un tribunal se déplace sur les lieux d'un délit ou d'un crime. D'abord parce qu'un procès se déroule longtemps après les faits et que les lieux, entre temps, ont souvent changé. Ensuite parce qu'il est peu probable qu'il subsiste un indice sur les lieux. Enfin, parce que pendant l'instruction, le juge en charge de l'enquête a lui, au contraire, souvent organisé une ou plusieurs reconstitutions sur place.

Alors, quand un tribunal se transporte ainsi, c'est souvent parce que même après des années d'enquête, l'affaire reste désespérément obscure. C'est en quelque sorte un geste de la dernière chance.

 - Ce que cherche le tribunal :

L'objectif c'est de tester la cohérence d'une pièce essentielle du dossier d'accusation. Il s'agit d'un compte-rendu de filature de Julien Coupat et de sa compagne de l'époque Yildune Levy par des policiers antiterroristes, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 où le sabotage d'une ligne du TGV Est a été commis. A l'époque en effet, le couple, fiché comme activiste d'extrême gauche, faisait l'objet d'une surveillance.

Dans cette affaire, le couple est poursuivi pour avoir commis ce sabotage. C'est le couple qui aurait posé sur la ligne électrique un crochet qui a endommagé le pantographe d'un train qui filait vers Strasbourg.

  - Pourquoi aller sur place :

C'est la défense des deux accusés qui en a fait la demande. Les avocats estiment que le compte-rendu est truffé d'incohérences, comme des lieux, des routes qui sont mal situés ou inexistants et qu'il suffit d'aller sur place pour s'en rendre compte.
Le parquet ne s'y est pas opposé, estimant que ce déplacement "permettra de voir que les constatations effectuées par les policiers sont réelles".
"Le tribunal a estimé ce transport utile pour la manifestation de la vérité", avait justifié la présidente Corinne Goetzmann.

  - Qui se déplace :

Tout le tribunal va se transporter dans la campagne de Seine-et-Marne. Soit quatre juges, deux greffiers, deux procureurs accompagnés d'un parquetier chargé de communication, les deux avocats de la SNCF partie civile, les huit prévenus et leurs quatre avocats. Tous embarqueront en début d'après midi de ce 23 mars au Palais de justice de Paris pour un retour prévu avant minuit.
Sur place, ils retrouveront cinq des policiers antiterroristes (SDAT) qui ont participé à la filature.

  - Où iront-ils :

Le tribunal de rendra d'abord au pied du pont de la Marne sur la commune du Trilport, où le véhicule de Coupat-Levy a été vu faire un arrêt.
A cet endroit en effet, des tubes en PVC pouvant avoir servi à fixer un crochet sur la ligne SNCF et qui, selon l'accusation, auraient été achetés la veille par le couple dans un magasin de bricolage, ont été repêchés dans la rivière 16 mois plus tard.
L'avocate de Yildune Levy, Me Marie Dosé, a jugé incohérente cette découverte dans une rivière qui a connu depuis le 8 novembre 2008 cinq épisodes de crues, des dragages et nettoyages.

Le parcours se terminera sur le site même du sabotage, à Dhuisy, à l'extrême nord de la Seine-et-Marne, aux confins de l'Aisne, où les policiers affirment avoir observé à 04H05 le véhicule Mercedes du couple "stationné tous feux éteint à l'entrée d'une voie de service" de la SNCF, en contrebas de l'endroit où le crochet sera découvert. Ils disent en revanche ne pas avoir vu le sabotage.

Une version que conteste la défense, selon qui le couple était déjà rentré à cette heure-là sur Paris, comme en témoignerait un retrait d'argent effectué avec la carte bleue de Yildune Levy à 02H44, dans le quartier de Pigalle.

"Si ce déplacement est fait dans des conditions normales, le tribunal se rendra compte que la police n'a cessé de mentir", estime Jérémie Assous, avocat de Coupat, qui espère autre chose que la reconstitution de 2011 où chacun était reparti avec ses affirmations.




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