Seine-et-Marne: trois lycéens en garde à vue après l'agression filmée d'une enseignante

Le parquet de Melun a ouvert une enquête pour violences avec circonstances aggravantes suite à la bousculade d’une enseignante en cours au lycée de Combs-la-Ville. Trois lycéens ont été placés en garde à vue, l'auteur des faits et deux autres soupçonnés d'avoir filmé et publié la vidéo de la scène.

Les trois élèves du lycée professionnel Jacques Prévert de Combs-la-Ville, "celui qu'on voit sur la vidéo et deux qui ont filmé", sont en garde à vue depuis lundi après-midi, a confirmé la procureure de Melun Béatrice Angelelli. Le principal mis en cause est majeur, les deux autres mineurs.

Une enquête a été ouverte par le parquet pour violences avec circonstances aggravantes car elles ont été commises envers un enseignant et dans un établissement scolaire. Les circonstances de l’agression restent encore floues selon le parquet. L'enquête a été confiée au commissariat de Melun.

Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux

La scène a été filmée. Publiée sur les réseaux sociaux, la vidéo a été vue plus de 1,6 million de fois lundi. Elle montre un lycéen debout dans la salle de classe, écouteurs aux oreilles, masque au menton. Il souhaite sortir de la salle de cours. "Écartez-vous, madame", dit l'élève à l'enseignante qui se recule vers la porte d'entrée de la classe en lui intimant de "rester là". Le lycéen enchaîne, plus véhément: "Eh le Coran, poussez-vous madame, wallah poussez-vous tout de suite". "Vous êtes à l'école. Eh, ne me touchez pas", répond l'enseignante. Le jeune homme ouvre ensuite violemment la porte, la projetant au sol.

Il n’avait pas à réagir comme cela

Un élève témoin de la scène

"Franchement, ça me fait mal au cœur que la vidéo se retrouve sur les réseaux sociaux. Je pense que cette prof ne méritait pas cela. Elle pourrait être notre mère. La réaction de l’élève a été vraiment disproportionnée par rapport à ce que lui demandait la prof. Il n’avait pas à réagir comme cela", a déclaré un élève au micro de France 3 PIDF se disant choqué par cette agression survenue en plein cours.

Une autre vidéo montre comment certains élèves ont aidé leur enseignante à se relever.

Indignations syndicales

La video de l'agression de la professeur publiée sur les réseaux sociaux a suscité l'indignation des syndicats de l'Education nationale. "Nous avons été extrêmement choqués. Quand un collègue subit une agression, c'est toute la communauté éducative et tous les professeurs de lycées professionnels qui ressentent une forme de colère, mais aussi une forme de ressentiment", a réagi Sigrid Gérardin, secrétaire générale du syndicat national unitaire de l’enseignement professionnel, le SNUEP-FSU.

Il souligne également la contradiction des vidéos : "Si cette vidéo n'existait pas, ce n'est pas sûr que le rectorat ait réagi aussi rapidement pour proposer la protection fonctionnelle à la collègue et évincer l'élève. Mais nous sommes intervenus très rapidement pour que la vidéo soit retirée, pour respecter l'intégrité et la vie personnelle de cette collègue."

La ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa a également demandé à ce que la vidéo soit retirée des réseaux sociaux.

Quelles sanctions pénales risquent l'agresseur et l'auteur de la vidéo ?

En cas de condamnation par la justice, la peine de l'agresseur de 18 ans dépendra du nombre de jours d'ITT dont a bénéficie sa professeure suite à l'agression. Me Avner Doukhan, avocat en droit pénal, explique que "Si la période d'incapacité de travail est inférieure ou égale à huit jours, il encourt 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, si l'ITT est supérieur à huit jours, il pourrait écoper de cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende".

Quant aux élèves qui ont filmé et publié la vidéo, ils pourraient également écoper au maximum de cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende selon l'avocat pénaliste. 

L'auteur des faits interdit d'accès au lycée

Le rectorat de l'académie de Créteil n'a pas précisé les raisons de cet incident. La directrice académique a apporté son soutien à l’équipe pédagogique en se rendant sur place hier. Elle assure qu’il n’y aura "aucune impunité",  condamnant un phénomène "aussi intolérable."

L’élève qui a projeté sa professeure au sol fait l'objet d'une mesure d'interdiction d'accès à l'établissement à titre conservatoire et s'expose à de lourdes sanctions disciplinaires. Un conseil de discipline va être convoqué dans les jours à venir.

 

 

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