JO de Paris 2024 : "gestion autoritaire", "improvisation", les étudiants de l'école Louis-Lumière dénoncent un exil forcé

S'ils ne reviendront pas avant l'année prochaine dans leurs locaux de la Cité du cinéma, les étudiants de l'école Louis-Lumière dénoncent déjà les conditions sur les sites du déménagement provisoire au profit des JO. Ils réclament la démission de la direction.

"C'est de l'improvisation, [...] la direction navigue à vue", regrette un membre de l'UNEF ENS Louis-Lumière, principal syndicat étudiant du prestigieux établissement, situé au cœur du futur Village des athlètes.

"Nous recevons un mail le dimanche soir pour savoir où nous aurons cours le lundi". Voici comment les étudiants décrivent leurs premières semaines à jongler entre les trois sites provisoires de l'École nationale supérieure Louis-Lumière, en attendant son retour à la Cité du cinéma à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) prévu pour janvier 2025.

Un retour durement acquis après de longs mois de tensions et d'incertitude au sein de l'école de cinéma, dont les locaux – vidés de ses occupants – officieront en tant que lieu de restauration des athlètes lors des Jeux olympiques.

Chacun a été rassuré du retour à la Cité du Cinéma après les JO, pour tout le monde, même pour nous

Vincent Lowy

Directeur de l'ENS Louis-Lumière auprès de France 3 Paris Île-de-France en septembre dernier

"Je pense que chacun a été rassuré du retour à la Cité du Cinéma après les Jeux olympiques, pour tout le monde, même pour nous", nous déclarait le directeur de l'école Vincent Lowy en septembre dernier. 

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Après maintes tractations, le déménagement dans les anciens locaux “vétustes et inadaptés” de l’école de cinéma privée EICAR est abandonné. Si la direction s'en est félicité après des discussions "assez âpres" avec son bailleur à propos d'un loyer trop élevé, la victoire est "incontestable" pour enseignants et étudiants.

"Impréparation" et "improvisation" selon les étudiants

Aujourd'hui, l'école Louis-Lumière a déménagé durant le mois de décembre sur trois sites provisoires dont deux à Saint-Denis, ainsi qu'au sein d'un espace de coworking pour professionnels du cinéma dans le 19e arrondissement de Paris. Les étudiants y sont répartis en fonction des "cours et des sections".

Nous avons reçu un mail le dimanche soir pour nous dire où nous avions cours le lundi

Un étudiant membre de l'UNEF

auprès de France 3 Paris Île-de-France

Si l'UNEF juge des lieux "corrects" et un emploi du temps "mis à jour au fur et à mesure", elle dénonce une désorganisation où la direction "navigue à vue" avec des intervenants "complètement perdus" sur des lieux méconnus et sans accueil de la part du personnel de l'école. "C'est la honte pour notre école".

"Nous faisons face à une improvisation de la part de tout le monde, se désole un membre de l'UNEF ENS Louis-Lumière. Nous avons reçu un mail le dimanche soir pour nous dire où nous avions cours le lundi".

Aux Studios de la Montjoie, à Saint-Denis, où la section locale du syndicat étudiant relève des locaux "en pas très bon état". "Il fait très froid parmi de grands espaces vides peu chaleureux", désespère l'étudiant sur ce lieu situé dans une zone industrielle. "Une demi-journée là-bas, c'est angoissant".

Il fait très froid parmi de grands espaces vides peu chaleureux

Un étudiant membre de l'UNEF

auprès de France 3 Paris Île-de-France

Il évoque une "projection d'exercice" qui aurait eu lieu à Neuilly-sur-Seine, soit à plus de 40 min des sites provisoires de Saint-Denis. "Aucune salle de projection n'avait pu être trouvée dans Paris", témoigne-t-il, l'école n'ayant ainsi plus de salle de projection depuis son départ de la Cité du cinéma en raison des Jeux olympiques.

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Dans le 19e arrondissement, le site provisoire hébergé au sein d'un espace de coworking "est correct", mais "trop petit". "À plus de quarante étudiants, on étouffe. La salle de restauration peut supporter quinze, mais pas trente étudiants."

Les étudiants demandent la démission de leur direction

Le 27 septembre dernier, l'UNEF a demandé lors d'une assemblée générale la démission d'une direction qui "n'est plus prise au sérieux ni à l'intérieur, ni à l'extérieur de l’école". Une pétition réclamant la "démission de l'équipe de direction" est lancée le 16 novembre suivant par l'UNEF ENS Louis-Lumière, seulement quelques semaines avant le déménagement provisoire.

Le syndicat étudiant avait dénoncé en octobre une "politique autoritaire" de la direction de l'école dans une lettre ouverte destinée à Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

La souffrance n’est pas seulement celle des étudiants, mais des enseignants aussi

Intersyndicale du personnel de l'ENS Louis-Lumière

lors d'un comité de suivi du rectorat

Qui plus est, l'intersyndicale des enseignants et personnels FO-ESR, CGT-FERC, Sup'Recherche-UNSA et SNESUP-FSU de l'établissement a réitéré son soutien à cette pétition lors d'un comité de suivi du rectorat, "car la souffrance n’est pas seulement celle des étudiants, mais des enseignants aussi".