Abattage des marronniers à Montreuil : la justice déboute les riverains et les opposants

Publié le Mis à jour le
Écrit par Elie Saïkali .

Des écologistes et de nombreux riverains s’opposent à l’abattage d’un alignement de marronniers qui a débuté le lundi 22 août. Un référé "conservatoire" a été déposé devant le tribunal administratif pour faire pression sur le département. Ce mercredi, la justice a débouté les riverains.

La justice a débouté ce mercredi les riverains qui s'opposent à l'abattage de marronniers sur l'Avenue Gabriel-Péri à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Ceux-ci avaient déposé un référé conservatoire auprès du tribunal administratif après l'enclenchement de l'abattage le 22 août dernier. .      

La décision du département séquano-dionysien de couper 45 marronniers  a un objectif "principalement sécuritaire pour les habitants", indique Belaïde Bedreddine, adjoint au maire de Montreuil et vice-président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis en charge de l'écologie urbaine. Une décision qui a provoqué la colère de riverains et d’élus écologistes qui craignent notamment un abattage massif.

Expertises en 2019 et 2022

Explications. En 2019, à la suite de la chute d’un arbre dans la ville, une première expertise phytosanitaire avait été effectuée sur cet alignement. Les arbres ont été plantés dans les années 1940 dans des fosses d’un mètre carré. "C’est comme si on plantait un arbre dans un pot", dit Belaïde Bedreddine.

L’expertise avait alors révélé que plusieurs d’entre eux présentaient des blessures dues à des chocs provoqués par les stationnement de véhicules, mais aussi la présence de champignon armillaire, qui s’attaque au marronnier et le ronge. En 2020, 19 arbres ont ainsi été abattus.

Ça ne fait plaisir à personne de couper des arbres.

Belaïde Bedreddine

Une autre expertise phytosanitaire a été effectuée en juillet 2022. Elle a indiqué que 17 marronniers sont dans un état jugé "dangereux", et a préconisé l’abattage de douze d’entre eux. L’un l’a été le 1er août "en urgence", un autre sous "un mois", et dix autres sous "deux mois". Ces derniers "ont un risque de cassure physique", indique Belaïde .

Les arbres qui restent debout "sont fragiles. Les experts nous demandent de faire un élagage architectural, très sévère, dans les six mois et d’autres travaux sur les arbres. Ce qui va les fragiliser davantage", explique Belaïde Bedreddine. Il ajoute que ces arbres sont "dans un état de santé qui n’est pas favorable. S’ils étaient en parfaite santé, les experts ne nous demanderaient pas de faire un élagage architectural sous les six mois".

 "Ça ne fait plaisir à personne"

Le département indique toutefois que 75 nouvelles essences d’arbres différentes seront plantées pour remplacer les marronniers. "Comme ça, si une nouvelle maladie arrive, elle ne touche pas tous les arbres de l’alignement, mais seulement ceux de la même espèce", explique M. Bedreddine. Il précise que les arbres plantés seront "des petits arbres, pas des arbres matures. Cela leur permettra de mieux s’adapter à leur environnement". 

Belaïd Bedreddine insiste : "Ça ne fait plaisir à personne de couper des arbres. Voir des marronniers qui nous ont vu grandir disparaitre, c’est forcément traumatisant".

Cet abattage des marronniers s’inscrit aussi dans le cadre du réaménagement de la route départementale (RD) 37 qui passe par l’avenue Gabriel-Péri – qui avait été décidé avant 2019. "Le département a décidé d’inclure la problématique de ce malheur qui touche les arbres afin de reprendre complètement le profil de l’avenue et en faire un endroit urbain agréable à vivre", poursuit-il.  Cela passe notamment par la pérennisation de la coronapiste cyclable et d’une ligne de bus et 1000 mètres carrés de trottoirs désimperméabilisés.

"Écologiquement insensé"

L’abattage des marronniers est toutefois contesté par des élus écologistes et des collectifs de défense de l’environnement. Dans un tract distribué par l’association Sauvons les Arbres – reprenant une caricature de l’illustrateur du Canard enchainé Lefred-Thouron –, celle-ci dénonce un projet "écologiquement insensé à une époque où les canicules successives nous rappelle l’importance des arbres pour le bien de tous".

"Les arbres font partie du cadre de vie. Ils contribuent à l’ombrage, la fraîcheur, surtout en période de canicule. Il y a aussi l’esthétique de la rue. Une rue sans arbre, c’est horrible", explique Jeanne Studer, membre du collectif Nous les arbres. Elle ajoute : "Il y a plein d’incendies en France, et à Montreuil, on veut abattre des arbres. C’est insensé".

"Les arbres qui sont malades et dangereux, on peut les couper. Mais les autres qui sont sains et qu’on doit élaguer, on n’a pas à les couper", regrette Éric Martin, riverain, rappelant que la mairie de Montreuil a signé la charte de l’arbre l’année dernière. "Hier, j’ai vu la police de l’environnement qui regardait ces arbres, et qui ont découvert que des oiseaux nichent actuellement dans ces arbres. Donc, les abattre, c’est un double crime", nous confie Éric Martin.

Devant le tribunal administratif

Conseiller municipal d’opposition (EELV) à Montreuil, Pierre Serne a déposé un référé dit "conservatoire" (autrement appelé "mesures utiles") le 12 août afin de surseoir l’abattage des arbres. "C’était la seule solution qu’on avait, vu qu’il n’y a pas encore d’arrêté de début des travaux d’abattage. J’ai tenté (cette manœuvre) en ayant des espoirs assez moyens", confie-t-il, indiquant que c'est "un moyen pour obliger le département à montrer ses cartes".

Quelques jours plus tard, mercredi 17 août, Pierre Serne faisait part d’une "bonne nouvelle", écrivant sur son compte Twitter que "le tribunal administratif a jugé notre référé conservatoire suffisamment urgent et recevable pour entrer en phase d’instruction".

Il conclut : "Le département a donc désormais 3 jours pour répondre avant que le tribunal statue.

Pierre Serne indique que si, dans sa réponse, le département décide de faire un pas en avant, il y a une possibilité de "désistement". "S'il y a un engagement clair et net du président du département, disant qu'ils vont réétudier le nouveau diagnostic et qu'en attendant les seuls arbres qui seront abattus seront les arbres indiqués comme dangereux et donc à abattre. S'il y a ça, il n'y a plus vraiment besoin de procès".

Le tribunal a rejeté l'arrêté. La ville a jusqu'au 2 septembre pour abattre les arbres.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer des newsletters. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas des e-mails. Notre politique de confidentialité