Affaire Evaëlle : l'enseignante renvoyée devant le tribunal correctionnel

Elle sera jugée pour avoir "dégradé les conditions de vie" de l'adolescente qui s'était suicidée en 2019 suite au harcèlement de ses camarades dans son collège du Val-d'Oise. Les parents d'Evaëlle sont satisfaits de l'ouverture prochaine d'un procès.

Il est reproché à la professeure d'avoir "humilié régulièrement" Evaëlle devant sa classe, de l'avoir "isolée au fond" et d'avoir organisé "des heures de vie de classe portant sur le harcèlement scolaire au cours desquelles elle l'a stigmatisée comme étant victime de harcèlement par ses camarades et l'a contrainte à répondre aux questions de ceux-ci", écrit la juge dans son ordonnance consultée par l'AFP.

L'enseignante est donc renvoyée devant le tribunal correctionnel de Pontoise. L'ensemble de ces comportements ont eu "pour effet une dégradation très importante des conditions de vie de la jeune fille, qui s'isolait de plus en plus", poursuit la juge.

"C'est vraiment une grande satisfaction, c'est ce que l'on voulait," a réagi au micro de France 3 Paris-Île-de-France, le père de la jeune fille. "Nous attendons du procès une reconnaissance en culpabilité, que la professeure, et les enfants par le juge des enfants, soient reconnus coupable de ce qu'ils ont fait. Que Evaelle soit reconnue comme victime", a ajouté sa mère.

"Au regard des faits extrêmement graves reprochés à la professeure quand on connaît la fin tragique d'Evaëlle c'est la première fois que le harcèlement scolaire est considéré au sens large", a réagi auprès de l'AFP Me Delphine Meillet, avocate de la famille d'Evaëlle.

L'enseignante suspendue depuis 2021

L'enseignante est également mise en cause pour avoir harcelé deux autres collégiens et a obtenu un non-lieu pour une quatrième élève. Quant aux trois adolescents initialement poursuivis pour avoir harcelé Evaëlle, l'un a bénéficié d'un non-lieu et deux autres ont été renvoyés devant le tribunal pour enfants pour harcèlement sur mineure.

Depuis 2021, la professeure ne peut plus donner cours à des mineurs et a une obligation de soins psychologiques.

Suicide en 2019 suite au harcèlement de ses camarades 

Le 21 juin 2019, le père d'Evaëlle retrouve sa fille de 11 ans pendue à son lit dans leur pavillon à Herblay dans le Val-d'Oise. Depuis l'entrée d'Evaëlle en sixième au collège Isabelle-Autissier d'Herblay, les problèmes se multiplient pour la jeune fille, déjà victime de brimades en primaire. En février 2019, les parents d'Evaëlle avaient porté plainte contre des élèves et retiré leur fille du collège. Par ailleurs, l'Education nationale a indemnisé la famille au titre du préjudice moral, selon le rectorat de Versailles, en échange de l'abandon d'éventuelles poursuites envers l'État.

Au-delà du comportement insultant et violent de camarades, elle fait face à des tensions avec son enseignante de français au sujet de la mise en place d'un protocole médical relatif à des problèmes de dos. Dans un premier temps, la situation avait été réglée en interne et Evaëlle, décrite comme précoce, joyeuse mais rencontrant des difficultés dans les relations sociales, n'appréhendait plus de se rendre en cours de français.

Pourtant, quelques mois plus tard, l'enseignante avait demandé, durant une session consacrée au harcèlement scolaire, aux élèves d'exprimer leurs reproches à Evaëlle qui devait ensuite s'expliquer. Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions, d'après les récits des élèves.