Emeutes : "Je me suis laissé emporter", des jeunes jugés en nombre à Créteil

Au tribunal judiciaire de Créteil, les comparutions immédiates se sont enchaînées depuis le début de la semaine. 15 jeunes prévenus accusés d'avoir commis des violences ou participé à des pillages ont été jugés mardi.

La petite salle d'audience du tribunal judiciaire de Créteil est bondée ce mardi. Sur les bancs se pressent les familles, des amis mais aussi des curieux, venus assister aux procès de très jeunes prévenus. Au total, 15 personnes sont jugées en comparution immédiate. Elles doivent toutes répondre d'actes commis lors des récentes émeutes. La plupart de ces prévenus, sans emploi ou travailleurs précaires, n'ont pas de casier judiciaire.

Les comparutions immédiates s'enchaînent et pour chaque affaire, les réquisitions prononcées par le ministère public sont lourdes, les peines prononcées après délibération du tribunal, sévères.

"Je me suis laissé emporter"

Riad, 19 ans, pénètre timidement, tête baissée, dans le box vitré de la salle d'audience. Petit gabarit, Riad semble tout juste sortir de l'adolescence.

Dans la nuit du 29 au 30 juin, relate le président du tribunal, il était de ceux, une dizaine d'individus, qui ont attaqué le commissariat d'Alfortville dans le Val-de-Marne. Munis de mortiers ou de cocktails Molotov, ils ont tenté d'incendier le commissariat. Des équipes de brigade de recherche et d'intervention (BRI) ont été dépêchées sur place pour reprendre le contrôle de la situation. Les policiers ont fini par interpeller quatre personnes dont Riad grâce à des images de vidéosurveillance.

Interrogé par le président du tribunal sur sa participation à ce groupe d'émeutiers, Riad tente de s’expliquer : "J'aurai pas dû, mais je me suis laissé emporter, je ne cherchais pas à blesser un policier". Riad conteste : "Je n'ai pas lancé de cocktail Molotov !"

Le jeune homme parle de sa colère due aux circonstances du décès de Nahel, tué par balle à la suite d’un contrôle de police à Nanterre. "Alors pourquoi vous n'avez pas participé à la marche blanche (le 30 juin dernier) pour Nahel", lui demande le président. "Je n'étais même pas au courant de la marche", lui répond Riad.

À son tour, le procureur souligne la gravité des faits et insiste sur l'implication du jeune homme parmi les émeutiers : "L'effet de groupe n'atténue pas la responsabilité". Une peine de 30 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt, autrement dit avec incarcération immédiate, est requise contre Riad. À l'énoncé de la réquisition, un murmure de surprise traverse la salle, le jeune homme s'affaisse en sanglotant dans le box et lance au président : "je suis encore jeune et je ne suis pas prêt à ça !"

Pour sa défense, son avocat invoque le caractère immature de son client et dénonce la peine "extrêmement lourde " demandée par le ministère public. L'avocat plaide plutôt pour une peine mixte : un sursis probatoire et le port d'un bracelet électronique. Le président cite les propos de son père qui parle d'une "crise d'adolescence qui se poursuit chez son fils (..) des mauvaises fréquentations" de Riad, sans emploi, mais qui souhaiterait travailler dans le secteur routier.

Riad est finalement condamné à 18 mois de prison ferme et un an avec sursis.

"Je ne me souviens de rien !"

Dans la nuit de 2 juillet à Villejuif, dans le Val-de-Marne, Mohamed, 21 ans, se rend en compagnie de trois autres personnes sur le parking d’un supermarché. À coups de barre de fer, il pénètre par effraction dans la surface commerciale en brisant une vitre et dérobe dans le magasin une caisse de whisky. Un acte de pillage semblable à des dizaines d’autres commis lors des émeutes.

Le président du tribunal revient sur les conditions de son interpellation. Mohamed est appréhendé par des forces de l'ordre en civil et identifié grâce à des images de vidéosurveillance.

"Vous sembliez très alcoolisé", lui dit le président en citant un certificat médical attestant de son état d'ébriété ce soir-là. "J'étais trop alcoolisé, je ne me souviens de plus rien du tout !", affirme le jeune homme qui ne conteste pas les faits.

Mohamed vit en France depuis cinq ans et il est dans l'attente du renouvellement de son titre de séjour. Il espère travailler, dit-il "dans le bâtiment". Son avocat souligne "son problème avec l'alcool" et plaide pour une peine avec sursis probatoire. Le procureur donne sa version. Mohamed a profité de "l'état de saturation" dans lequel se trouvaient les forces de l'ordre mobilisées sur les émeutes pour commettre un vol.

Le procureur requiert 18 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt. Mohamed est finalement condamné un an ferme et cinq ans d'interdiction de territoire sur la ville de Villejuif.

"Un acte de violence"

"Je suis quelqu'un de bien, je n'ai rien à faire ici !" Dans le box, Rayan, un gaillard de 19 ans, tente en tremblant de s'expliquer : "je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai déconné".

Le président du tribunal rappelle les faits. Rayan a été interpellé lors d'un attroupement d'émeutiers, le 30 juin au Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne. Une trentaine d'individus s'en prennent, cette nuit-là, à un commissariat de police, à coups de tir de mortiers, de coktails Molotov ou de pierres. Lorsque des renforts de police arrivent sur place, Rayan s'enfuit, mais dans sa course, bouscule et renverse un fonctionnaire de police.

"Pourquoi étiez-vous la ?", lui demande le président du tribunal. "Je sortais prendre l'air, je sors presque tous les soirs, j'ai vu des groupes de jeunes, mais j'étais là en tant que spectateur", se justifie Rayan.

En l'interpellant, les policiers ont mis la main sur son téléphone portable qui contenait une vidéo de l'émeute. "Je ne comptais pas la diffuser à tout le monde, mais seulement à des amis", se défend Ryan.

De fait, le jeune homme n'a pas diffusé de vidéo, ni lancé de mortiers, précise le procureur mais dans sa course, "il a fait chuter un policier (...)  un acte de violence sur un fonctionnaire de police", argumente le procureur qui requiert 30 mois d'emprisonnement contre le jeune homme. Il sera condamné pour une partie des faits à 10 mois de sursis.

Une réponse pénale "rapide, ferme et systématique"

Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice était samedi en visite au tribunal de Créteil pour constater la mise en application de sa circulaire adressée aux procureurs. Un texte dans lequel le garde des Sceaux demande une réponse pénale "rapide, ferme et systématique" aux pillages et aux violences.

Ce mardi, le ministre de la Justice a annoncé que 350 personnes avaient été incarcérées suite aux violences urbaines. Lors de la séance de questions au gouvernement, le garde des Sceaux a déclaré que : "la Justice a été au rendez-vous de la fermeté que j'appelais de mes vœux."

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