Projet de prison à Magnanville : un document qui fâche

À Magnanville dans les Yvelines, un document d'un bureau d'études évoquant la construction d'un centre pénitentiaire de 700 places pour 2026 ravive les inquiétudes des habitants et des élus opposés à ce projet. Le maire de la commune dénonce "un manque de concertation".

C'est un simple document administratif et technique d'une page reçu la semaine dernière par les services techniques de la commune mais qui soulève bien des questions à Magnanville dans les Yvelines.

Le courrier est tombé dans les mains de Michel Le Bouc, le maire DVG de Magnanville et depuis, ce dernier ne décolère pas. Dans ce document, "c'est l'Etat qui demande aux propriétaires des réseaux d'eaux et d'électricité de donner un état des lieux par rapport à une zone bien identifiée. Ça, ça n'est pas dramatique, ce qui est dramatique, c'est que l'Etat continue a travaillé en catimini sans rien nous dire(...) et je trouve ça scandaleux", tempête l'élu.

Le document émane d'un bureau d'études. Il demande une évaluation de l'état des réseaux dans les sous-sols d'un terrain de la commune en vue de la construction d'un centre pénitentiaire de 700 places en septembre 2026. La zone indiquée dans le document correspond à l'une des deux hypothèses de construction formulées par l'Etat. Il s'agit de la zone la plus éloignée de la commune, à environ 800 mètres des habitations de Magnanville.

"Plus de son ! plus d'image !"

Il faut dire que le projet de ce centre pénitentiaire annoncé par la Chancellerie en 2021 est un sujet très sensible dans la commune. Un sujet "électrique" selon les termes de militants associatifs opposés à cette construction. Depuis son annonce, le projet s’est heurté localement à de multiples oppositions des habitants et des élus. Manifestations, pétitions, protestations publiques ont été organisées pour contrecarrer le projet voulu par le ministère de la justice dans le cadre du plan prison. Il prévoit en France la création de 15.000 places supplémentaires à l'horizon 2027.

Le 14 avril dernier, un comité de pilotage s'est tenu en préfecture associant notamment les élus de Magnanville et l'Apij (Agence publique pour l'immobilier de la justice) missionnée par l'Etat, pour conduire ce projet. Au cours de cette réunion, le maire de Magnanville qui, insiste-t-il, "n'est pas contre la création de places de prison supplémentaires", a présenté quatre propositions alternatives à la construction de la future maison d'arrêt, mais sans succès.

"Le préfet devait nous faire un compte rendu dans les dix jours mais personne n'a eu ce compte rendu " raconte le maire. Et depuis ce comité, "Plus de son ! Plus d'image ! Et là, j'apprends que l'Etat continue à travailler dans notre dos (.. ) qui plus est qu'on travaille sur l'option la plus éloignée des habitations à 800 mètres, mais sans rien nous dire", ajoute-t-il. Michel Le Bouc regrette le manque de concertation dans "ce dossier d'importance". Avis partagé par l'opposition municipale, le conseiller municipal Dylan Guelton estime "qu'une fois de plus les habitants ne sont pas consultés ".

Un document qui ravive les inquiétudes

À Magnanville, l’affaire du document administratif du bureau d'études est largement commentée par les militants opposés au projet et les habitants. "Quand je suis en ville, on me dit constamment : " qu'est-ce que c'est que ce courrier ?" et je réponds : ce n'est qu'une étude technique ( . ) ce n'est pas pour ça que ça va aboutir", estime Patrick Magny, président de l'association Tous mobilisé contre une prison à Magnanville.

Des Magnanvillois s'inquiètent mais le président de l'association tempère. "Ce courrier, c'est une maladresse, c'est l'Apij qui aurait dû informer le maire ( .. ) il faut bien faire une étude pour voir si l'implantation est faisable. C'est une démarche logique, mais il ne faut pas raconter n’importe quoi, la zone identifiée par le bureau d'études n'est pas à 800 mètres mais à 300 mètres d'autres habitations", précise-t-il.

Qu'importe pour Michel Lebouc, il annonce avoir saisi à nouveau le Garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti pour obtenir des réponses et de la concertation."Que ce soit 300 mètres ou 800 mètres, ça ne change rien sur les questions de terres agricoles mais aussi la question des mobilités. 700 détenus vont faire des allers-retours au tribunal de Versailles situé à 50 km, ça fait une cinquantaine de trajets de véhicules par jour", calcule Michel Lebouc.

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