Loire-Atlantique : près d'Ancenis, Nathalie se désole de devoir servir les routiers sur le parking "comme des chiens"

Nathalie Sénéchal et son mari Bruno tiennent un resto routier à Mésanger, au nord d'Ancenis, en Loire-Atlantique. Confinement oblige, ils ne peuvent pas ouvrir leurs salles mais doivent servir les plateaux repas sur le parking. Au mépris de cette hospitalité qui les anime tant.
 
Nathalie et Bruno Sénéchal devant leur restaurant à Mésanger
Nathalie et Bruno Sénéchal devant leur restaurant à Mésanger © DR
"Tous ces gens qui font travailler la France, ces maçons, ces routiers, on leur donne la gamelle dehors, comme à des chiens !"

Nathalie n'assume pas ce qu'on lui demande de faire. Avec Bruno, ils tiennent la Halte du Château Rouge, un resto routier/ouvrier rue de l'Industrie à Mésanger. 

En temps normal, ils servent 250 à 300 repas par jour. Il y a les clients du midi, et ceux qui se garent pour la nuit sur le grand parking et mangent le soir, prennent le petit déjeuner le matin et profitent aussi des sanitaires.

"On a quatre douches, explique Nathalie, c'est toute une organisation, on les appelle quand c'est leur tour."

Le couple est arrivé de Donges où il tenait un établissement similaire. "On a toujours fait ça" explique Nathalie qui ne veut surtout pas changer de métier.

Et pourtant, ça n'a pas été facile en mars dernier. Ils ont acheté l'établissement de Mésanger le 2 et ont été confinés le 15. De quoi perturber la digestion !
 

"On a déjà vu un cluster dans un resto routier ?"

Et voilà que ça recommence en novembre. Alors, ils ont fermé leurs salles. Obligés. Mais ils continuent de servir des plateaux-repas, à l'extérieur.

"Les restos d'entreprises peuvent rester ouverts eux ! Et nous, on n'a pas le droit. Qu'on nous interdise les familles, c'est logique, mais qu'on nous laisse ouvrir nos restaurants aux routiers et aux ouvriers ! On a déjà vu un cluster dans un resto routier ?" interroge Nathalie.

Le couple de restaurateurs estime qu'il pourrait servir ses repas en salle, une personne par table, ce serait possible. Plutôt que de présenter des plateaux-repas qui seront mangés dans les cabines des camions ou dans les estafettes. Il commence à faire froid.

"Ce qui me plait dans ce métier, raconte Nathalie, c'est la relation humaine. Ce sont des gens hyper gentils, ils sont toujours positifs, simples. On voit des gens de bureaux qui viennent aussi manger avec nos routiers, ils recherchent la même chose."
 

"Personne ne s'en soucie"

Alors, servir les repas sur le parking, "comme à des chiens", ça la met en colère Nathalie. D'autant que ce mardi midi il pleuvait. Il pleuvait aussi dans la tête de Nathalie.

"C'est le côté inhumain de la chose qui me dérange, dit-elle, personne ne s'en soucie."

Le couple a mis ses huit salariés au chômage et assure l'activité réduite seul. Mais ça fait encore du monde. La journée commence à 5h30 et finit après le ménage vers minuit. 

Nathalie a appelé les syndicats de routiers, elle a même parlé avec Patrick Blaise, le secrétaire général CFDT des transports pour tenter de faire bouger les choses, obtenir une dérogation. Elle voudrait que les restos comme le sien passent en commerce essentiel. "Sans les routiers, personne ne serait livré" conclut-elle.

 
MISE A JOUR
Le ministre des transports avait une réunion téléphonique avec les organisations syndicales représentant les routiers ce mercredi soir. Les syndicats ont obtenu la réouverture de 250 relais routiers dès samedi de 18h le soir à 10h du matin pour les conducteurs sur présentation de leur carte professionnelle. Il n'y en avait que 50 lors du premier confinement.
On ne connait pas encore la liste des relais concernés. 
"On espère bien en faire partie, nous a déclaré Nathalie Sénéchal, on devrait le savoir d'ici jeudi prochain. Ça se décidera en fonction de la capacité et du trafic. Notre restaurant a 240 places assises et 120 places de parking."

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement santé société coronavirus/covid-19