Loire-Atlantique : une souscription est lancée pour acheter une ferme et freiner l'étalement urbain

La coopérative foncière "Passeurs de Terres" lance une collecte de fonds pour permettre à tout un chacun de devenir propriétaire de terres agricoles à Bouaye et ainsi lutter contre l'urbanisation galopante.
Le territoire de Bouaye, en zone péri-urbaine, voit ses fermes remplacées par des lotissements. Terre de Liens entend freiner ce phénomène.
Le territoire de Bouaye, en zone péri-urbaine, voit ses fermes remplacées par des lotissements. Terre de Liens entend freiner ce phénomène. © Google view 2020
Bouaye, en périphérie de Nantes, une commune qui a vu son nombre d'habitants exploser ces dernières années : plus de  2 000 nouveaux Boscéens en l'espace de 5 ans, et des lotissements qui poussent comme des champignons après la pluie.

Face à cette frénésie urbanistique, Paul Luneau, le propriétaire de la ferme du Bois Olive s'est tourné vers une coopérative foncière citoyenne, Passeurs de Terres.
Il partait à la retraite et ne souhaitait pas voir ses 6, 5 hectares de terres très enclavées, dispersées façon puzzle dans les poches des promoteurs immobiliers.

"Il avait vraiment envie de protéger ses terres et l'activité de la ferme, explique Mélina Godefroy, l'actuelle locataire des lieux. Et nous, ça nous protège aussi. Car on ne sait pas de quoi l'avenir sera fait" .

Mélina et son compagnon Damien sont installés à Bouaye en GAEC depuis 2016. Après avoir eu plusieurs vies professionnelles, le couple s'est reconverti pour devenir maraîchers-arboriculteurs. L'ancienne ferme laitière bio n'est plus. 

À la place, les locataires ont installé des tunnels, un sytème d'irrigation, planté, semé de quoi fournir des paniers de légumes et des fruits à l'AMAP de Rezé, à "la Ruche qui dit oui" et de faire de la vente directe à la ferme trois fois par semaine.

"En fait, nous sommes propriétaires des installations précise Mélina, mais nous restons locataire des terres. Avec ce nouveau projet, nous changerons juste de propriétaire. Au plan éthique, cela nous correspond parfaitement. On aurait pu acheter l'ensemble, attendre que les terres agricoles passent constructibles et les revendre à un promoteur ! Mais nous sommes comme Paul et Marie-France Luneau, nous aussi nous avons envie de stopper le grignotage des terres agricoles."
 

La ferme va passer d'un propriétaire, à plusieurs dizaines 

Dans quelques semaines, c'est la coopérative "Passeurs de terre" qui sera effectivement propriétaire de ces terres. C'est à dire, des centaines de souscripteurs.

"L’achat de ces terres est rendu possible par le seul engagement des citoyens. Terre de Liens Pays de la Loire lance donc une collecte d’épargne solidaire et citoyenne pour permettre à Passeurs de terres d’atteindre le montant nécessaire pour l’achat. Les citoyens peuvent dès à présent souscrire à des parts sociales d’une valeur nominale de 100 euros et devenir ainsi coopérateurs de Passeurs de terres", précise la foncière agricole.

La coopérative s’engage à ne pas revendre ces terres et à les maintenir en agriculture biologique sur le très long terme.
Pour l’achat de la ferme du Bois Olive, 37 000€ de parts sociales seront nécessaires.

Dans les Pays de la Loire, l’association Terre de Liens a déjà permis à 21 paysans de s’installer en préservant 340 hectares grâce au dispositif d’épargne solidaire ou à des dons à La Fondation.

Le foncier agricole n’intéresse pas seulement le monde agricole mais toute la société. "La question est de savoir si l’on veut avoir des fermes de 1 000 hectares ou 100 fermes de 10 ou 15 hectares. En sachant que 3 800 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année en France. Et qu’un tiers des agriculteurs vont partir en retraite d’ici dix ans" précisait Lysiane Jarno, animatrice de l'association Terre de Liens en Bretagne à nos confrères de Ouest-France en juin dernier. 

►Renseignements : 
https://passeursdeterres.org/
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