BD. Huit nouveautés à lire avant le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême

Plus que quelques heures avant la ruée vers Angoulême pour la 51ᵉ édition du Festival International de la Bande Dessinée. Histoire de ne pas partir en territoire inconnu, voici une sélection de huit albums essentiels, huit coups de cœur parus en ce début d'année 2024...

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Huit bandes dessinées, c'est peu au regard des milliers de nouveautés quoi sortent chaque année, c'est peu mais c'est déjà assez pour illustrer la diversité, la créativité et la richesse du neuvième art.

1.  Tagada, revoilà les Dalton...

On commence par Mauvaise réputation, un récit qui affiche sa singularité dès la couverture du premier volet paru en 2021 avec ce magnifique plan large de trois cavaliers vus de trois-quarts dos, noyés dans ce qu’on pourrait imaginer être une verte prairie. On est bien loin de l’imagerie habituelle des westerns dits classiques, plus proche d’un récit intimiste à l’approche psychologique. Et c’est le cas, Ozanam au scénario et Emmanuel Bazin au dessin nous racontent ici la véritable histoire d’Emmett Dalton, le plus jeunes de la fratrie, celui qui vivra le plus longtemps aussi, mort en 1937 après avoir écrit le livre When the Daltons Rode, adapté au cinéma par George Marshall avec Emmett dans son propre rôle. 

Absolument rien à voir avec les frères Dalton de Morris bien sûr, Mauvaise réputation est un récit réaliste basé sur l’histoire vraie de ces fameux hors-la-loi qui ne l’ont pas toujours été d’ailleurs. Tous ont été marshals avant de virer bandits. C’est sombre, brutal, un brin mélancolique et fataliste mais surtout magnifiquement mis en images par Emmanuel Bazin. Une histoire d’hommes au cœur de la grande histoire, loin de la caricature. Le deuxième tome vient de sortir !

Mauvaise réputation, La véritable histoire d'Emmett Dalton (2 tomes), d'Antoine Ozanam et Emmanuel Bazin. Glénat. 15,95€ le volume

2. L’enfer de la guerre de Sécession

Après la guerre d’indépendance des États-Unis et la Seconde Guerre mondiale, l'auteur français Steve Cuzor nous entraîne sur un autre champ de bataille, celui de la guerre de Sécession, avec l’adaptation d’un grand classique de la littérature de guerre américaine, The Red badge of courage de Stephen Crane…

Mais le vrai combat mis en images ici est un combat intérieur. Celui d’un homme qui s’interroge face à la peur, face à la mort, face à la bêtise d’une obéissance aveugle. Entre ses démons et les sudistes, que choisira-t-il d’affronter ? Quel homme décidera-t-il de devenir ou pas ? S’enfuira-t-il dans le premier sous-bois ou fera-t-il face à son destin ? C’est toute la question du roman et de son adaptation.

Et pour approcher au plus près la réalité de la guerre, toucher l’horreur du bout des yeux, Steve Cuzor, par un savant jeu de cadrages, nous place, nous lecteurs, au même niveau que ces combattants, quasiment épaule contre épaule, de quoi ressentir la trouille au ventre du voisin quand les canons se font entendre ou sentir la pointe des baïonnettes d’un ennemi rendu invisible par la fumée des explosions. Puissant !

Le combat d’Henry Fleming, de Steve Cuzor. Dupuis. 26€ (en librairie le 9 février)

3. D'amour et de poésie

Max est un sacré personnage, un doux rêveur, un voyageur immobile qui tient une librairie spécialisée sur le tourisme sans avoir un jour mis les pieds ailleurs. Voyager ? Quelle drôle d'idée, Max a jeté l'ancre dans un océan de livres, comme il dit. Ça lui va très bien. Et après tout, Camille, sa meilleure amie, ne fabrique-t-elle pas elle-même de magnifiques guitares sans avoir plaqué une seule fois un accord ? Max est quelqu'un de profondément gentil. Sa vie n'a rien d'extraordinaire mais ses rêves le transportent dans un monde incroyable où les baleines et les tortues de mer flottent dans ses pensées. Jusqu'au jour où sa librairie prend feu...

Le clin d'œil, l'hommage, appelez ça comme vous voudrez, à l'univers de Broussaille, une série BD de Frank parue dans les années 90 est frappant. Dès la couverture, ces poissons qui flottent dans l'air et cette houppette sur la tête du personnage principal ne peuvent tromper. Rien de bien moins normal puisque l'auteur, Raphaël Drommelschager, est un amoureux de la série. Reste qu'il nous offre ici lui-aussi un fabuleux voyage intérieur, poétique et onirique, avec l'amour pour horizon ! 

L'ïle où le roi n'existe pas, de Raphaël Drommelschager. Grand Angle. 18,90€

4. Légende du blues

Frantz Duchazeau a déjà chanté le blues avec Le Rêve de Meteor Slim paru en 2008 aux éditions Sarbacane, il récidive avec Les Derniers jours de Robert Johnson, une autre histoire, un autre destin de musicien, aussi dramatique que bouleversant dans l’Amérique des années 30…

Avec ce trait charbonneux qu’on lui connait maintenant et qui colle parfaitement au contexte, Frantz Duchazeau nous raconte l’histoire de cette pure légende du blues, ses derniers jours mais aussi, par une succession de flashbacks, sa jeunesse, son apprentissage de la guitare, son errance sur les routes à la recherche de cachets, d’auditions et de gloire.

L'album est aussi une peinture de l’Amérique ségrégationniste des années 20 et 30 avec son lot de violences et de massacres contre la population noire. C’est enfin le récit universel d’un homme qui cherche à dépasser son destin, échapper à sa condition, par son art. 

Sweet Home Chicago, Travelling Riverside Blues, Love in Vain, Malted Milk, Come on in My Kitchen… Autant de standards du blues repris au fil du temps par les plus grands groupes de rock, de Led Zeppelin aux Rolling Stones, en passant par les Blues Brothers, des standards qui résonnent à la lecture de cet incroyable album dont la couverture bleue est à elle-seule un hommage au genre.

Les Derniers jours de Robert Johnson, de Frantz Duchazeau. Sarbacane. 26€

5. Dinosaures et Cie

C'est l'histoire d'une passion pour la paléontologie. Mazan, plus connu jusqu'ici pour ses bandes dessinées, nous la raconte dans cet album qu'il a mis plus de dix années à concrétiser. Cette passion remonte à sa plus tendre jeunesse, aux bouquins qu'il dévorait enfant, mais l'histoire qui nous intéresse ici commence en 2010 à Angoulême lorsque le conservateur du patrimoine chargé des collections archéologiques du musée lui ouvre ses réserves et lui présente d'énormes fossiles de dinosaures. Le choc ! Et de l'inviter sur un chantier de fouilles l'été suivant, un chantier qui s'avéra exceptionnel.

Depuis Angeac, en terres charentaises, jusqu'au Laos, Mazan partage dès lors la vie des paléontologues, son carnet de croquis sous le bras. Il en revient avec quantité de dessins et de photos et une envie de partager son expérience en bande dessinée. Plus qu'une passion, Les Dinosaures du paradis raconte une extraordinaire aventure, un voyage dans l'espace et le temps, à la fois ludique, drôle et pédagogique. Pour les amoureux de fémurs de dinosaures et autres !

Les Dinosaures du paradis, de Mazan. Futuropolis. 26€

6. Procès historique

Si l'histoire a retenu le vote de la loi Veil le 17 janvier 1975, le chemin pour obtenir le droit à l'avortement fut long, parsemé d'embuches et de batailles décisives. L'une d'entre elles se joua en 1972 au tribunal de Bobigny. Marie-Claire Chevalier, une jeune-fille de 15 ans, est jugée pour avoir avorté, sa mère et plusieurs autres femmes la suivront pour complicité. Ce qui paraîtrait totalement insensé aujourd'hui ne l'était pas à l'époque, l'avortement étant alors considéré comme un crime puni d'un à cinq ans de prison, et de 1800 à 100 000 francs d'amende. Avec ce procès, l'avocate Gisèle Halimi trouva la tribune idéale pour porter la lutte pour l'avortement libre et gratuit au plus haut niveau.

C'est ce procès que raconte Bobigny 1972, un récit fort, poignant et nécessaire pour la mémoire collective, merveilleusement scénarisé par la féministe et militante Marie Bardiaux-Vaïente et mis en images par Carole Maurel dont on a déjà pu mesurer le talent dans nombre d'albums tels que L'Apocalypse selon Magda, En attendant Bojangles ou encore Nellie Bly. Valeur sûre !

Bobigny 1972, de Bardiaux-Vaïente et Maurel. Glénat. 25€

7. Un combat pour la vie

Nous ne sommes pas immortels ! Et la vie se permet parfois de nous le rappeler violemment. Très violemment. Ce fut le cas pour l'auteur de bande dessinée Jean-Christophe Chauzy à qui l'on diagnostique en 2020 une myélofibrose, autrement dit une leucémie aigüe. L'urgence d'une greffe de moelle osseuse est vitale. Commence alors un long parcours de soins. Une batterie d'examens, une opération, des semaines en chambre stérile, de longs mois de convalescence, des errances thérapeutiques, des doutes, une souffrance physique et psychique, la peur de la mort, la peur surtout des conséquences pour ses proches, et au bout du bout une rémission.

Sang neuf raconte cette aventure comme il la définit lui-même. Une drôle d'aventure dont il se serait bien passé mais qui lui permet de nous offrir au final un de ses albums les plus personnels, les plus forts, les plus poignants, et en même temps un hymne à la vie, un hommage à tous ceux et toutes celles qui se battent chaque jour pour sauver et soigner les pauvres mortels que nous sommes. Un témoignage à nu, bouleversant et courageux !

Sang neuf, de Jean-Christophe Chauzy. Casterman. 26,90€

8. Fin de partie

Marc-Antoine Mathieu, qui a grandi à Angers et y a fréquenté l'école des beaux-arts avant de se lancer dans l'aventure de l'atelier Lucie Lom, a toujours mis un point d'honneur à surprendre ses lecteurs à travers ces albums. C'est le cas avec la série Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves qui joue avec les codes de la BD, c'est également le cas avec ses différents one-shots tels que Le Sens, 3 Rêveries, Deep Me ou aujourd'hui Deep It, ces deux derniers formant un diptyque.

Pas un signe de vie sur la couverture blanche. Normal, Tout le vivant a disparu de la Terre après ce qu'on appelle Le Grand Deuil. Adam, une intelligence artificielle dotée d'une conscience, doit surmonter le rien, survivre à l'infinitude pour peut-être un jour contribuer à la renaissance du vivant. En attendant, Adam navigue dans une capsule avec pour seule compagnie un programme conversationnel. Pas de personnages, uniquement ici et là des ombres, quelques compressions numériques dans un espace ultra-confiné, des conversations philosophiques et au bout de l'éternité, peut-être, le renouveau de l'espèce. Aussi beau qu'étrange !

Deep it, de Marc-Antoine Mathieu. Delcourt. 19,99€

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