Nantes : ils créent une marque de vêtements en plastique recyclé et coton bio

Des tee-shirts et des sweats à base de déchets plastiques ramassés dans l'océan et associés à du coton bio. C'est l'idée développée par un couple de Nantais qui lancent leur marque : Ankore.

Des tee-shirts et des sweats tissés avec du plastique recyclé et du coton bio, c'est le principe développé par la jeune société nantaise Ankore.
Des tee-shirts et des sweats tissés avec du plastique recyclé et du coton bio, c'est le principe développé par la jeune société nantaise Ankore. © Ankore Delphine Saliou
Ils ont tous les deux 30 ans et forment un couple depuis déjà 12 ans. 

"On s'est connu au lycée à Questembert (Morbihan)" expliquent-ils. Lui, a fait depuis des études de droit social. Elle, de pycho et ressources humaines. 

Leur projet est bien loin de ces deux filières. Quoique. La formation de Romain lui a permis de créer les statuts de leur société. Celle de Lola de jauger les entreprises avec lesquelles ils allaient travailler.

Voilà un an qu'ils ont quitté leurs emplois respectifs pour lancer à Nantes, où ils habitent, leur propre société, Ankore, dont le slogan est : "le vêtement qui nettoie l'océan".
Lola Moy et Romain Durand créateurs de "Ankore"
Lola Moy et Romain Durand créateurs de "Ankore" © France Télévisions Olivier Quentin

Une drôle d'idée mais tout à fait dans le sens de cette prise de conscience des jeunes générations qui ne veulent plus rester sans rien faire face aux défis environnementaux.

C'est simple à expliquer, plus difficile à mettre en œuvre. 

Ankore est une marque de vêtements tissés avec des déchets plastiques collectés dans la mer et du coton bio pour en améliorer la qualité et la durabilité.
 

"Je vois l'océan se dégrader d'année en année"

"En tant que bretons, explique Romain, on est très proches de l'océan. Je suis surfer. Je vois l'océan se dégrader d'année en année, surtout après les grandes marées (qui poussent les déchets vers la côte). On a commencé par ramasser ce plastique et puis on a voulu faire plus."

Lola a constaté de son côté que pour les hommes, l'offre en vêtements responsables était assez limitée et élitiste, chère.

L'industrie textile est une des plus polluantes dans le monde. La rendre plus vertueuse tout en "nettoyant" les océans, un joli défi qui a séduit ces deux nantais d'adoption. Et pas question de multiplier les intermédaires, ils ont voulu maîtriser un maximum d'étapes.

D'abord, trouver un circuit de collecte et de valorisation des déchets plastiques charriés par les océans.

"Ce qui se fait aujourd'hui, a constaté Romain, c'est du plastique recyclé issu de centres de tri. Il est envoyé en Asie puis revient chez nous pour être réutilisé, il a potentiellement fait le tour du monde." Pas très satisfaisant pour ces adeptes du circuit le plus court possible. De plus, ce n'est pas du plastique qui arrive des océans.

En France, ils n'ont pas trouvé de filière qui réponde à leur demande. C'est en Espagne qu'ils ont pu identifier un partenaire possible. Cette entreprise collecte auprès de marins-pêcheurs les déchets plastiques qu'ils remontent dans leurs filets dans l'Atlantique ou la Méditerranée. Elle les broie et en fait des granulés qui peuvent ensuite être réutilisés.
 
Les tee-shirts et sweats ont été dessinés par Lola Moy
Les tee-shirts et sweats ont été dessinés par Lola Moy © Ankore Delphine Saliou

Deuxième étape importante, l'atelier qui va pouvoir tisser cette fibre associée à du coton bio pour être plus résistante. 

Là encore, aucune entreprise française n'a voulu prendre le risque de travailler avec ce mix ou alors les prix exigés rendaient le produit fini trop cher. C'est au Portugal (ils s'étaient donnés un rayon d'action de 1000 km) que les deux créateurs d'Ankore ont trouvé l'atelier qui deviendra leur partenaire dans cette aventure. Lola a vérifié que ses certifications respectaient leurs exigences en marière de responsabilté sociale et environnementale.

"On a contacté 200 ateliers, a totalisé Lola. Tous n'ont pas répondu mais, au final, on a comparé trois d'entre eux."
 

Il y a aussi le contact humain, il fallait que l'atelier fasse confiance à une jeune marque et comprenne le concept.

Romain Durand

 

Tout ce temps de recherche et de mise au point des prototypes, Lola et Romain l'ont financé sur leurs deniers personnels. Une cagnotte accumulée pendant plusieurs années. Certains en font une pour faire le tour du monde. Eux, c'est pour éviter justement que les vêtements ne le fassent ce tour du monde !
 

Une plateforme de financement participatif

Et puis, il a fallu financer la première production. Cela pourra se faire grâce à une levée de fonds via la plateforme Ulule où quelques 500 préventes ont déjà été accumulées.

"La production va pouvoir commencer dans les prochains jours, se réjouit Lola, pour une livraison début 2021."

L'idée est aussi de limiter les intermédiaires pour éviter à chaque étape un surcoût. A terme, un tee-shirt qui est affiché aujourd'hui pour l'opération de prévente à 29 € se vendra à 39 € (79 € pour un sweat contre 59 en prévente).

"On ne fera pas de soldes prévient Romain. Le prix sera le même toute l'année, le vrai prix du produit qui sera de qualité."

Le rêve, ce serait que la matière première vienne à manquer. Qu'il n'y ait plus de plastiques flottant dans les océans. 
 

Pourquoi avoir baptisé cette marque Ankore ? 

Ankore comme "anchor", l'ancre de marine en Anglais et comme "encore" pour dire du plastique qu'il peut être réutilisé, encore et encore...
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