Nantes : "le personnel manquait déjà avant le covid, maintenant ça explose ", au CHU des tensions entre le personnel soignant et la direction

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Écrit par Juliette Poirier, Céline Dupeyrat

Il y a 10 jours, des personnels hospitaliers du CHU de Nantes se sont mis en grève pour dénoncer le manque de moyens, la dégradation des conditions de travail et l'épuisement des soignants. La situation perdure. A l'appel du syndicat FO, un piquet de grève était organisé ce 10 mai à l'heure de la débauche des salariés.

La situation n'est pas nouvelle, elle finit même par s'enliser malgré les alertes. Au CHU de Nantes, les CHSCT extraordinaires s’enchaînent mais rien ne bouge. 

D’après FO, le taux d’absentéisme ne cesse d'augmenter. Le syndicat est inquiet. Pour les représentants du personnel, il y a urgence. La fatigue s'accumule au fil des jours, des semaines et des mois. Les soignants sont au bord de l'épuisement. Les burns out de plus en plus nombreux.

"On n'en peut plus"

"Cela fait un mois que nous sommes avec un tiers de l'effectif en absence avec des arrêts longs qui ne sont pas remplacés. On n'en peut plus !  Nos plannings changent régulièrement. Toutes les semaines nous sommes rappelés. Nos récupérations sautent", explique Laurence Le Derff, infirmière au CHU de Nantes depuis 30 ans.

Le personnel manquait déjà avant le covid donc évidemment que maintenant ça explose !

Laurence Le Derff, infirmière au CHU de Nantes

Pour Tony Gilbert, délégué syndical FO du CHU de Nantes, "à force de trop tirer sur la corde on arrive à cet état de fait. Les conditions de travail des soignants aujourd'hui ne font plus rêver. Il faut être clair là dessus. On n'a même plus de candidats sur les autres professions. Le secteur ouvrier, les cuisiniers, la blanchisserie, la stérilisation, tout est touché"

Parmi les reproches faits à la direction : la fermeture de lits, sensée garantir un effectif minimum tout en limitant la fatigue des salariés. Une solution que les employés de l'hôpital considèrent comme dangereuse sur le long terme. Et le peu de moyens mis sur la formation et les embauches en rajoute à une situation déjà extrêmement tendue. 

"La fermeture de lits préserve la santé de nos professionnels"

"La fermeture des lits c'est une solution parmi d'autres. Elle est très mesurée à Nantes. Nous avons 63 lits fermés, ce qui représente un tout petit pourcentage de notre offre de soins. Ça n'a pas de conséquences réelles sur la prise en charge des patients mais ça préserve la santé de nos professionnels et ça c'est important", assure Luc Olivier Machon, directeur RH du CHU de Nantes.

La direction des ressources humaines se dit par ailleurs attentive au recrutement et aux perspectives de carrières et mise sur le Ségur de la santé qui va revaloriser les salaires dès le mois de juin et proposer des primes à l'embauche pour les postes de nuit. Elle affirme par ailleurs avoir procédé à de nombreux recrutements d'aides soignants et d'infirmières pour passer le cap de l'été.

Les syndicats prévoient de s'unir en intersyndicale pour la suite du mouvement.

A Saint-Nazaire, les urgences au bord de la saturation

A Saint-Nazaire c'est le service d'accueil des urgences qui souffre depuis le week-end dernier. Confronté à une forte activité, les personnels rencontrent des difficultés pour orienter les patients nécessitant une hospitalisation. 

"Comme cela s'est déjà produit produit en fin de vague de covid, la hausse brutale du nombre de passages, associée à une proportion plus importante de malades requérant une hospitalisation, génère une situation de saturation du service d'accueil des urgences comme des services de spécialités", annonce la direction du centre hospitalier de Saint-Nazaire.

"Des mesures exceptionnelles sont mises en oeuvre pour faciliter la libération de lits permettant d'accueillir les patients le nécessitant. Toutefois, les usagers pourront être confrontés à des délais d'attente très longs ou se voir conseiller de rejoindre la structure  de soin qui les suit habituellement", précise le communiqué.