A Nantes, université, professionnels et associations se préoccupent de la neutralité du net

© LOIC VENANCE / AFP
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L'accès libre aux contenus sur internet est remis en cause et risque d'enfermer l'utilisateur dans un univers contrôlé par les systèmes d'exploitation, Android de Google et iOS d'Apple en tête. A Nantes, associations et professionnels organisent la prévention auprès de tous.

Par Cathy Dogon

La métaphore est aisée avec l'alimentation en eau. Imaginez que les villes, puissantes économiquement et très peuplées, aient davantage besoin de cette ressource et se l'accaparent. Elles décident de contrôler le flux, et les petites communes risquent de s'en voir privées. 

La neutralité du net, remise en question par les Étals-Unis mi-décembre via la Commission fédérale des communications, c'est un peu prôner le droit à l'eau pour tous. Sauf que nous ne parlons pas ici de débit en hectolitre mais en GigaBit. 

En Europe, nous sommes pour l'instant préservés de ce genre de débats, la Commission européenne n'entend pas couper le robinet, au profit des géants du web. Mais il se pourrait que Google, Apple, Facebook, Amazon détournent le réseau pour attirer les internautes, les données et la bande passante à eux. La conséquence serait celle évoquée par Olivier Ertzscheid, dans une dépêche AFP parue ce samedi 17 février : 

On tend, tant techniquement que sociologiquement ou dans les usages, non plus vers un web mais des web. On va aujourd'hui vers des réseaux et des écosystèmes particuliers, il n'y a plus cette logique originelle d'internet mais plutôt des logiques de navigation 'carcérales'" 


Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'antenne vendéenne de l'Université de Nantes, Olivier Ertzscheid est le spécialiste de la région sur les médias numériques. Il met ici en avant des sphères numériques, notamment tournées autour des GAFA, qui enferment les utilisateurs dans un cercle fermés. Il continue : 

Cet internet compartimenté et 'siloté' est l'un des grands risques. On pourrait aller vers la constitution d'oligopoles autour des GAFA qui pourrait provoquer des dérives autour d'enjeux commerciaux"


Une notion que Marie-Pierre L'Hopitallier avait expliqué ce mardi 6 février. Avocate nantaise, spécialiste de ces questions, elle était invitée à la clôture de la Chaire Environnements connectés de l'Ecole de Design. Elle expliquait alors : 

La donnée de masse intéresse essentiellement pour la publicité ciblée. Le risque, c'est qu'avec la publicité ciblée, on va créer un internet fermé." 


A l'instar des problèmes qu'ont causé les réseaux sociaux lors des différentes élections à travers le monde en cette année 2017, les sphères ne communiqueront plus. Le net participera alors à la fermeture de cercles d'affinité.

L'objet de cet après midi scientifique tournait en fait autour de l'usage des données dans la ville de demain. Mais rapidement, les questions de sécurité personnelle se sont posées. Tristan Nito, co-fondateur de Mozilla, était l'invité d'honneur. Aujourd'hui impliqué dans un projet de stockage en ligne libre Cozy Cloud, il lançait alors : 

Est ce que vous pensez vraiment que la vache est cliente du fermier ? Nous sommes le bétail de Google et Facebook, retenu par la laisse de la dopamine." 


Le pionnier du logiciel libre (entendez qui appartient à tout le monde et que chacun peut modifier), dénonce ici les dépendances créées par ces deux géants du net. 



Cette dépendance nous pousse à leur donner toujours plus d'informations, qu'ils utilisent sans notre consentement et à des fins commerciales (entre autre). 

A Nantes, des assos se mobilisent pour un Internet ouvert​ et local


Ville du numérique, dont certaines start-ups - comme iAdvize - lèvent aujourd'hui des dizaines millions d'euros, Nantes regroupe plusieurs militants très actifs sur ces débats. Les Nantais n'ont pas tardé à se regrouper en associations pour mieux informés un public moins avisé. C'est le cas de PiNG par exemple. L'association aide à s'approprier les nouveaux outils numériques. Les Nantais branchés donnent des cours au moins connectés, notamment autour de programmes particuliers, mais aussi de composants électroniques.

Comment le numérique transforme-t-il notre société ?
La question que se posent les militants nantais


De leur côté, FAImaison, fournit un accès à Internet, local. Finies les données stockées sur des serveurs à l'étranger, nos informations restent sur Nantes, dans des datacenters régis sous la loi française. Et ça change tout. Sur le site internet, le fournisseur d'accès à Internet assure "promouvoir le développement d'un internet respectueux des droits et libertés". Pour ça, ils proposent trois méthodes : 
  • "la décentralisation humaine et technique pour réduire la 'contrôlabilité' et démocratiser le savoir et l'accès au réseau" ;
  • "le placement de l'utilisateur comme administrateur éclairé du réseau" ;
  • "la promotion du logiciel libre pour que l'utilisateur ne soit pas captif d'une technologie". 

A chacun désormais de s'emparer de ces techniques pour s'émanciper du contrôle des données.

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