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Les vins de Loire devront-ils se délocaliser face au réchauffement climatique ?

© Vincent Raynal
© Vincent Raynal

Quel vin pour demain face aux changements climatiques ? Faut-il adapter les cépages, vendanger la nuit ou investir dans des éoliennes ? Autant de questions posées par les Vignerons indépendants et l'INRA. Réponses avec trois vignerons de la région. 

Par Thierry Bercault

En un siècle, la température moyenne de la terre a augmenté de 1,4° et le phénomène s'accélère depuis les années 1980. Conséquences : les précipitations augmentent un peu plus chaque année dans le Nord alors que les périodes de sécheresse s'accroissent au Sud.

Selon l'INRA, en 2050, le réchauffement climatique progressera de 0,6 à 1,3° jusqu'à 3,4 voire 5,4° selon que l'on diminue ou pas les émissions de gaz à effet de serre. La carte du vignoble français risque d'être complètement bouleversée.

Les vignerons indépendants, qui fédèrent 7 000 petits viticulteurs en France,  ont déjà observé que leurs rendements avaient faiblis.  A l'occasion de leur 40 ème Salon qui se tient à Paris du 29 novembre au 2 décembre. ils lancent donc un débat sur les adaptations à apporter pour résister à ces changements inéluctables.
 

Il est urgent de s'adapter


Pour eux, il y a urgence de réfléchir sur des changements de cépage, de culture des sols, de vendanges et de vinification. Et pour anticiper ces risques, ils lancent des pistes : vendanges précoces et de nuit, caves mieux isolées, irrigation, cépages plus tardifs et plus résistants.

Comment les vignerons de la région s'adaptent-t-il à tous ces enjeux primordiaux pour leur survie ? Nous avons posé la question à trois vignerons. Voici leurs réponses. 
 

Jo Landron, vigneron à La Haye Fouassière


Son domaine de 48 ha a été créé en 1945. Il s’est converti en bio sur 20 ha en 1999. Il est certifié biodynamie en 2011

"Nous avons la chance d'être dans une zone septentrionale qui nous apporte de la fraîcheur et d'avoir un cépage rustique et unique : le melon de Bourgogne. Pour l'instant, nous n'avons pas l'intention de changer de cépage. Mais ça viendra peut-être."

"Ce qui nous préoccupe davantage, ce sont les expositions au gels printanier. Nous avons constaté que la vigne bourgeonne de façon plus précoce courant mars au lieu de fin avril. Les gelées peuvent donc devenir fatales et nous savons que nous aurons rendez-vous avec elles chaque année à la période des des saints de glace. Nous avons donc investi dans une éolienne amovible qui déplie ses ailes à 12 mètres de hauteur. Ca nous garantit jusqu’à  moins 2 moins 3 degrés."

"Depuis 2000, nous travaillons nos sols en les labourant pour les aérer et faciliter l'enracinement en profondeur. Nous faisons plusieurs passages dans l'année, ce qui a nécessité de doubler le personnel."


" Il va falloir aussi penser à laisser moins d’empreinte carbone. Aujourd’hui, on tourne au moteur thermique. Demain sans doute faudra-t-il utiliser des tracteurs hybrides".

Les vieilles régions viticoles devront-elles se délocaliser au nord et à l'ouest de la France ou auront-elles les moyens de survivre en s'adaptant. c'est la question posée par cette carte établie par l'INRA / © INRA
Les vieilles régions viticoles devront-elles se délocaliser au nord et à l'ouest de la France ou auront-elles les moyens de survivre en s'adaptant. c'est la question posée par cette carte établie par l'INRA / © INRA

 

Alex Cady, vigneron à Saint-Aubin de Luigné



C’est la quatrième génération de vigneron depuis 1927. Il vendange à la main et produit des vins bio certifiés Ecocert depuis 2011.

"Grâce à nos cépages de chenin, nous sommes protégés de l’effet de réchauffement mais nous sommes soumis à des aléas climatiques, notamment les gelées tardives. C’est arrivé deux années de suite et sur des parcelles qui n’avaient jamais été touchés par le gel."

"Si ça continue, utiliser des cépages tardifs ne suffira pas. Su notre domaine, nous avons décidé de replanter 1 à 2 ha de vigne par an à des endroits moins explosés comme les bas de pente près du Layon".

"Nous sommes devenus plus écologique. Nous n’utilisons plus d’herbicides et nous travaillons nos sols pour qu’ils absorbent mieux l’eau notamment lors des orages. En 2018, j’ai évité bien des soucis. Il est tombé en 20 minutes l’équivalent d’une année de pluviométrie, c'est-à-dire 50 mm d’eau".

"Depuis 2 à 3 ans, les vendanges sont aussi plus précoces. En 2006, on a commencé le 1er septembre au lieu du 20 septembre. Sans doute faudra-t-il réfléchir à changer nos techniques pour se prémunir de la sécheresse en enlevant moins de feuille sur le raisin.  Nous ne pouvons pas  vendanger la nuit car nous ramassons à la main".

 


Laurent Daheuiller, vigneron à Saumur


Il produit du Saumur Champigny et du Crémant de Loire sur 42 ha avec des vignes âgées de 35 à 60 ans. Certaines ont même été plantées en 1900.

"Normalement avec le climat océanique de notre région, nous sommes à l’abri du réchauffement climatique. Mais nous subissons les excès de pluies et les excès de chaleur. Il n’y a plus de saison. Les vendanges sont plus précoces. Nous avons vendangé le 10 septembre cette année au lieu de fin octobre".

"Aujourd’hui, toutes nos vignes sont labourées. On ne met plus d’herbe pour ne pas concurrencer la vigne".

"Nous utilisons un cépage tardif, le cabernet franc qui nous protège mais nous commençons à modifier nos techniques de greffage sans porter atteinte au cahier des charges. Nous utilisons des porte- greffes à la maturité plus longue et nous y greffons des plants plus tardifs, ceux que nos parents utilisaient".

"En fait, on revient aux méthodes d’autrefois. On a voulu faire de nos vignes des chevaux de course. Et maintenant on cherche à retarder le murissement en utilisant des veilles vignes plantées en 1900".

"Ca évite de faire monter le degré en alcool. Aujourd’hui, on atteint les 14-15 degrés. Si on ne fait rien, on va arriver au 18 degrés et alors là ce sera fini les petits vins de Loire de comptoir, faciles à boire entre copains".

"L’élevage des vins a changé aussi. On les stocke plus longtemps pour compenser le manque de dureté du tanin causé par la sécheresse".

"Contre le gel, nous avons des bougies de 10kg que nous allumons au chalumeau. 500 bougies à l’hectare sur cinq hectares. C’est fastidieux mais ç’est  efficace".

 

Du vin en Normandie et sur l’île de Groix


Avec ces températures qui s’élèvent chaque année un peu plus, certains n’ont pas hésité à faire du vin dans des endroits jusqu’ici impensables. C’est le cas en Normandie. Les Arpents du  Soleil produisent depuis 2009 des vins de pays du Calvados à Saint-Pierre-sur-Dives.   

Et il existe un projet de planter une vigne à Port Melin sur l’île de Groix qui bénéficie désormais du même ensoleillement et de la même pluviométrie que dans le bordelais et qu’en Bourgogne.

Décidément, toutes les cartes sont à rebattre.

► Reportage d'Eric Aubron et Gwenael Rihet.
 

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