Deux concerts annulés sous la pression du site Riposte Catholique

Ce n'est pas la première fois : deux églises, à Nantes et Saint-Nazaire; ont décidé d'annuler un concert après des menaces. Elles émanaient d'un mouvement catholique traditionaliste, Riposte Catholique, qui dénonce un court passage de l'œuvre musicale contenant un appel à la prière musulmane.

L'œuvre est signée Karl Jenkins, une messe dédiée aux victimes du Kosovo, composée en 1999. 

Elle aurait dû être jouée par un ensemble de 130 choristes et 120 musiciens de deux orchestres symphoniques. Trois dates étaient prévues, deux dans des églises de Nantes et Saint-Nazaire, une autre dans une salle de Saint-Brévin.

Mais, début janvier, Annie Le Guével, directrice de la chorale Schola Cantorum, reçoit l'appel d'un prêtre de la paroisse de l'église Sainte-Madeleine à Nantes : " Le prêtre de la paroisse a fait état de nombreux messages reçus en raison du contenu de ce concert et donc il a souhaité ne pas nous accueillir dans cette église.

La cause de ces messages, c'est un article publié sur le site Riposte Catholique, qui dénonce un passage :  un appel à la prière musulmane qui, selon les intégristes religieux, n'aurait pas sa place dans une église.

Une méconnaissance de l'œuvre 

Pour Annie Le Guevel, cette demande montre une méconnaissance de l'œuvre de Karl Jenkins, compositeur gallois contemporain, qui avait écrit "L'homme armé" comme une messe pour la paix, en réaction au conflit du Kosovo. "L'homme armé reprend un thème très ancien du Moyen-Âge, qui a été souvent repris dans des œuvres musicales. Il y a 13 mouvements intégrant différents moments musicaux."

L'œuvre reprend entre autres, un thème du Moyen Âge, un sanctus, mais également des textes de Rudyard Kipling, du Maharabata, ou celui d'un rescapé d'Hiroshima. L'appel à la prière musulmane n'intervient que brièvement, dans cette célébration universelle des valeurs pacifiques.

Annulations et sabotages se multiplient

Depuis le printemps dernier, les annulations et sabotages se multiplient en France sous la pression d’extrémistes catholiques : le concert de Bilal Hassani dans une ancienne église à Metz ou encore le concert d'une organiste américaine dans une église de Carnac sous l'influence du mouvement Civitas.

 Pour Corinne Valasik , docteure en sociologie et spécialiste des religions, il existe "une pluralité de courants au sein du catholicisme. Pour se rendre visibles, ces mouvements vont tous s’appuyer sur des positions assez fermes, identifiables clairement et visibles dans l’espace médiatique."

Pour elle, l'influence que ces mouvements peuvent exercer vient de ce que "d'autres catholiques vont se sentir tenus finalement de se définir par rapport à ces actions-là. Peut-être même qu'ils ne se posaient pas toutes ces questions-là préalablement, mais que là, ils vont se sentir sommés de devoir y répondre."

L'œuvre sera présentée à Nantes et Saint-Brévin

Face à ces attaques qui se multiplient et font craindre une autocensure de la part des programmateurs, le monde de la culture interpelle l’État et réclame des aides de la puissance publique pour maintenir les représentations.

En attendant, si l’œuvre de Karl Jenkins n’est finalement pas présentée dans les églises de Nantes et Saint-Nazaire, la représentation de Saint-Brévin reste maintenue pour le 9 juin. À Nantes, une solution de repli a été trouvée avec la mise à disposition de l’auditorium du conservatoire municipal, où le concert se tiendra finalement le 8 juin. 

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