Montoir de Bretagne : déchargement d'une cargaison de soja éthique, une première en France et en Europe

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Du soja, oui, mais du soja ''éthique''! Un très gros cargo décharge actuellement à Montoir des tourteaux de soja brésilien dont la traçabilité permet de garantir qu'il n'a pas généré de déforestation. Une première en France et en Europe qui en appelle d'autres, à condition que tous les acteurs de la filière jouent le jeu.

L'opération se veut être une première en France : du soja ''éthique'', parti du port d' Itacoatiara au Brésil le 30 avril dernier, est en cours de déchargement, depuis ce 18 mai 2022, sur le quai du terminal agro-alimentaire du port de Montoir.

L'Ultra Lynx, long de  229 m, offre ses cales remplies à ras bord aux mâchoires géantes de la grue portuaire qui vient y prélever les 30 000 tonnes d'un soja aux caractéristiques inédites à Montoir.

En effet, d'habitude, le port voit plutôt arriver du soja transgénique et, à l'occasion, des militants de Greenpeace qui viennent dénoncer cette importation. Mais là, il n'en est rien.

Le terminal agro-alimentaire est calme, juste traversé par quelques camions ou tracteurs géants qui viennent charger les céréales. Devant les bureaux de Sea Invest, opérateur logistique portuaire, un petit groupe se prépare à voir de plus près ce fameux soja ''propre''.

Grégoire Jacob de l'organisation internationale Earthworm Foundation, Laurent Houis et Guillaume Bettinger de Solteam et Manon Salaün, de Lidl France représentent les trois acteurs de cette chaîne éthique d'approvisionnement en soja.

Du soja 100% ZDC, c'est quoi?

Comme un diplôme placé sous cadre, les co-acteurs de l'opération affichent le certificat attestant que le soja débarqué est 100% ZDC. Zéro Déforestation ni Conversion.

Grégoire Jacob nous explique que Earthworm Foundation mène un travail d'enquête auprès des paysans producteurs mais aussi un travail de surveillance satellitaire et de vérification dans les fermes qui produisent ces tourteaux de soja. C'est le résultat  de toutes les observations qui permet d'affirmer que cette production n'a engendré aucune déforestation.

Quant à la conversion ( le C de 100% ZDC), elle est également proscrite de la production éthique de soja. L'exemple avancé par Grégoire Jacob est celui du Cerrado au Brésil.

La végétation est celle de la savane, une végétation dense mais pas une forêt à proprement parler. Toute culture du soja sur ce territoire aurait pour conséquence de nuire à la savane et de détruire cet écosystème converti en terre agricole. Voilà pourquoi la conversion n'est pas admise dans la charte du soja 100% ZDC.

Comment tracer la filière soja?

La méthodologie comprend 4 étapes incontournables, mises en oeuvre par les équipes locales d’Earthworm Brésil avec le soutien de Solteam et de Lidl :

- Transparence dans la chaine d’approvisionnement
-  Analyse et évaluation des flux de soja vers les usines de trituration, pour leur attribuer un niveau de risque
-  Fléchage des flux respectant les attentes du marché vers les cargos pour la France
-  Mise en place d’actions d’amélioration en cas de flux potentiellement à risques, par exemple via des projets terrain.

Solteam la Nantaise

Côté importation de ce soja 100% ZDC, on trouve l'entreprise Solteam, société nantaise, créée en 2005, leader des filières durables et non-OGM à destination du grand ouest et de ses éleveurs. 

Laurent Houis nous explique que la société qu'il dirige a affrété le vraquier Ultra Lynx et sa cargaison de tourteaux de soja, dans le cadre d'un accord qui lie les fournisseurs au Brésil, autant que les clients en France. On y trouve, notamment, les éleveurs de la filière animale du grand ouest qui prennent leurs aliments auprès d'Agrial et ses 600 000 tonnes produites par an.

L'idée est de montrer que la démarche  d'un soja 100% ZDC est possible et, progressivement, d'inverser la tendance productiviste et destructrice de la forêt et la biodiversité.

30 000 tonnes, sur environ 4 millions de tonnes de soja importées chaque année par la France, ce déchargement a la valeur du symbole mais, tels des colibris face à l'incendie, les acteurs de cette transaction veulent prendre leur part dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Un surcoût admissible

Selon Manon Salaün, Cheffe de projet RSE Achat Lidl France, le surcoût engendré par cette traçabilité serait de 30 euros par tonne, ce qui ne représente pas une augmentation trop importante du coût de production. Et si cette première démarche venait à être suivie par d'autres acteurs, cette somme serait rapidement absorbée et permettrait à ces entreprises d'afficher une Responsabilité Sociale et Environnementale positive et assumée.

Son implication en faveur de la planète n'est pas la première image que l'on se fait de cette enseigne de supermarchés, mais Lidl a lancé en 2017 l'Initiative Soja en collaboration avec l'organisation internationale RTRS (Table Ronde pour un Soja Responsable).  Ainsi, 508 000 tonnes de soja durable et sans déforestation au Brésil ont depuis été déchargées en Europe.

La Coopérative Agrial, producteur de nutrition animale (bovins, volailles, porcs, caprins, équins) s'inscrit dans la même dynamique pour ses 12 000 agriculteurs adhérents. La qualité sanitaire de production de lait et produits dérivés est ainsi garantie pour Lidl et ses clients, avec l'information de contribuer à une agriculture plus responsable.

Avec le manifeste 100% ZDC créé par l'organisation non gouvernementale Earthworm, la France, à l'aide de sa Stratégie Nationale contre la Déforestation Importée (SNDI), rejoint ainsi la Grande-Bretagne et les Pays-Bas dans l'action  en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique.

Si tous les acteurs de cette filière soja partagent la même volonté, cette première livraison devrait être suivie d'autres déchargements qui feront bientôt passer le soja non-éthique pour un produit qui n'a plus sa place en Europe.