Saint-Nazaire : le collectif Urgence Sociale - Plus Jamais Sans Toit investit deux maisons vides

Ce 25 février, un collectif nazairien a investi deux maisons vides et fermées depuis des mois pour y loger des personnes dormant à la rue ou ne pouvant être hébergées en logement d'urgence, ayant des chiens. Les nouveaux occupants ont commencé par nettoyer les lieux en attendant les huissiers.

Le collectif Urgence Sociale - Plus jamais sans Toit, réunissant une vingtaine d'associations, a pris possession de deux maisons vides aux 107 et 109 boulevard Jean de Nayman, à Saint-Nazaire
Le collectif Urgence Sociale - Plus jamais sans Toit, réunissant une vingtaine d'associations, a pris possession de deux maisons vides aux 107 et 109 boulevard Jean de Nayman, à Saint-Nazaire © France Télévisions Christophe François

Les deux maisons se jouxtent, au 107 et 109 boulevard Jean de Neyman. Vides d'occupants, elles ont intéressé le collectif Urgence Sociale - Plus Jamais Sans Toit qui rassemble une vingtaine d'associations sur Saint-Nazaire.

Ce jeudi midi, l'heure était à la bonne humeur. Du grenier au rez de chaussée, plusieurs personnes se sont affairées à nettoyer les pièces pour les rendre ''habitables'', même si on ne peut absolument pas parler de confort. Mais au moins d'un toit.

Trois à quatre grandes pièces par étage, soit cinq pièces pour une maison, sept pièces pour sa voisine, sans compter les sanitaires et cuisines, mais ceux-ci sont hors service pour l'instant.

Sur la porte d'entrée, les nouveaux occupants ont affiché plusieurs écrits invoquant le cadre légal. Ils ont investi des maisons ouvertes, vides d'occupant et bénéficient du droit à un toit, sauf décision du tribunal.

À côté des affiches, l'autocollant du DAL, l'association Droit Au Logement, qui aura bientôt son antenne nazairienne
À côté des affiches, l'autocollant du DAL, l'association Droit Au Logement, qui aura bientôt son antenne nazairienne © France Télévisions Christophe François

Dans son communiqué annonçant la réquisition des deux maisons appartenant à la Ville de Saint-Nazaire et la CARENE (communauté d'agglomération de la région nazairienne), le collectif déclare qu'aucun projet immobilier n'est connu à ce jour et qu'à ce titre ces logements sont occupés depuis le 9 février et ont été baptisés ''les logements d'hébergement solidaire''.

Le collectif explique le contexte de son initiative :  ''Face à l’incapacité du 115 et à l’inaction des pouvoirs publics locaux, nous répondons aux besoins urgents et immédiats d’hébergements et de mises à l’abri de nombreuses personnes sans domicile et vivant "à la rue", n’ayant reçu à ce jour aucune solution ni proposition d’hébergement''.

Invoquant la précarité grandissante, le collectif n'entend pas résoudre le problème des quelque 80 personnes en quête de logement social sur Saint-Nazaire avec ces deux seules maisons, la population sans toit ayant tendance à augmenter avec la crise liée à la Covid. 

À l'ensemble des habitants de Saint-Nazaire souhaitant soutenir cette initiative, le collectif Urgence Sociale - Plus Jamais sans Toit  fait appel pour signer la pétition de leurs revendications ou les contacter via les réseaux sociaux.

Des grandes pièces avec parquet, aux murs défraîchis mais aussi un toit avec vue sur le jardin et son mimosa
Des grandes pièces avec parquet, aux murs défraîchis mais aussi un toit avec vue sur le jardin et son mimosa © France Télévisions Christophe François

 

Consensus sur le droit au logement, divergence sur le comment

 

La ville de Saint-Nazaire est forte d'une longue tradition de solidarité

David Samzun maire de Saint-Nazaire

La ville de Saint-Nazaire, montrée du doigt à plusieurs reprises par le collectif, se défend de tout sectarisme et met en avant une politique sociale de construction de logements et de logement d'urgence, en contact avec les services sociaux et les associations.

450 000 euros sont engagés chaque année pour lutter contre la précarité.

La précédente occupation d'un bâtiment inhabité s'est soldée début janvier par une évacuation sur décision du tribunal. Depuis plusieurs semaines, des associations comme Anef Ferrer et Solidarité Estuaire ont monté des dossiers pour donner un toit à plusieurs demandeurs de logement, 25 places ayant été promises par l'état en 2021.

Certains demandeurs ont accepté les propositions, d'autres ont refusé, la proposition de rester avec leur chien se trouvait dans un gymnase à Nantes, ils ont préféré rester ensemble, à Saint-Nazaire.

À son tour, la mairie montre du doigt certains demandeurs, estimant que leur démarche est essentiellement politique. Selon le maire, certains se réclameraient de la ZAD ou de l'anarchie, refusant toute proposition et préférant tenter de créer un lieu autogéré. Fin de non recevoir, répond le maire, pour qui la collectivité n'entrera ni dans la création ni dans le financement d'un lieu autogéré.

 

Et maintenant ?

L'occupation des deux maisons n'en est qu'à ses débuts. Les nouveaux occupants attendaient les huissiers tout en nettoyant la maison, certains que la Ville de Saint-Nazaire allaient mandater ces personnes assermentées pour constater l'état des maisons. L'idée est que le mauvais état des pièces et des équipements ne soit pas attribué à ces nouveaux habitants.

Les occupants l'ont indiqué sur les affiches collées sur les portes d'entrée : seule une décision du tribunal pourra valider l'évacuation des deux maisons, de quoi respirer quelques jours, quelques semaines.

C'est ce qu'ont constaté les policiers, venus dans l'après-midi à six véhicules et un Officier de Police Judiciaire. Menace d'expulsion immédiate d'un côté, invocation des droits d'un autre côté. Sous l'observation de membres de Droit au Logement 44, membre du collectif Urgence Sociale dont une antenne locale doit être créée samedi.

Les nouveaux occupants des 107 et 109 boulevard Jean de Nayman s'attendent à d'autres échanges avec la police, notamment au moment du couvre feu mais se disent également déterminés à rester, et pour cela, appellent au soutien des nazairiens. 

Les jardins, laissés à l'abandon depuis longtemps, sentent bon le printemps. Jacinthes et mimosa se distinguent des mauvaises herbes par leur parfum. Les chiens de certains nouveaux occupants auront vite fait d'investir et d'apprécier cet espace.

En logement d'urgence traditionnel, ils ne sont pas admis et, du coup, leurs maîtres restent à la rue.

 

Au 109 boulevard Jean de Nayman, Urgence Sociale a installé de nouveaux occupants, et pour certains, leurs chiens.
Au 109 boulevard Jean de Nayman, Urgence Sociale a installé de nouveaux occupants, et pour certains, leurs chiens. © France Télévisions Christophe François

 

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