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Laval : Feu! Chatterton en concert au 6par4 le 6 février et en interview ici et maintenant

© Maud Bernos
© Maud Bernos

C'est LA révélation pop du moment, Feu! Chatterton, un nom qui en dit peu mais un univers musical qui risque bien de vous scotcher définitivement sur place. le groupe joue dans quelques heures au 6par4 à Laval. Non sans avoir répondu à nos questions.

Par Eric Guillaud

Une révolution ? Non sire, une révélation ! Malgré un nom à dormir dehors ou à enterrer les vivants, Feu! Chatterton enflamme la scène pop française depuis plusieurs mois.

Les raisons ? Beaucoup de magnétisme, un univers singulier à fleur de poésie, des textes en français et une musique qui fait le grand écart entre le rock et la chanson française à textes. Il y a du Bashung dans l'air, mais pas que. Noir Désir, Joy Division, Radiohead, Gainsbourg et Léo Ferré ont aussi permis à Feu! Chatterton d'exister et de nous offrir sur scène ou sur platine un rock littéraire d'une élégance sans fin. Too much class for the neighbourhood auraient dit les Dogs, fameux groupe de rock des années 80/90, Trop classe pour le quartier...

Pour ceux qui reviendraient d'un stage intensif de tricotin en Patagonie centrale, Feu! Chatterton c'est ça...
Feu! Chatterton // La Mort dans la Pinède

Lancé dans une nouvelle tournée, le quintet parisien est passé au Ferrailleur à Nantes le samedi 31 janvier et passera au 6par4 à Laval le vendredi 6 février. Mais avant ça, Clément, guitariste et claviériste du groupe, répond à nos questions...

Bonjour Clément, bonjour Feu! Chatterton, comment vous sentez-vous ?

Clément. Bonjour ! Nous prenons toujours autant de plaisir à faire de la musique, mais les évènements récents nous ont tous très touchés. Nous allons bien, mais il nous faudra comme beaucoup de gens, un peu de temps pour te dire que nous nous sentons bien.

Je suppose que la question vous a été posée un million de fois mais pouvez-vous revenir en quelques mots sur l'origine de votre nom ?

Clément. Pas tant que ça ! Et le choix de ce nom est un appel aux explications, que nous ne rechignons jamais à donner ! « La mort de Chatterton » est un tableau d’Henry Wallis du 19e siècle, représentant la fin tragique du jeune poète anglais du 18e siècle Thomas Chatterton, suicidé à l’âge de 17 ans. Ce tableau nous a marqué par sa beauté et l’histoire rocambolesque du poète a fini de nous convaincre d’utiliser son nom. L’expression « feu » placée devant désigne de façon désuète un personnage décédé, nous avons donc décidé d’enterrer le poète pour mieux le ressusciter grâce à ce point d’exclamation, Feu! Chatterton.
Feu! Chatterton - Live Deezer Session

"Feu! Chatterton, incandescents cadavres pour vous servir", déclamez-vous en ouverture de concert. C’est pour faire peur ?

Clément. Oui très peur ! Pour que le public s’en aille dès le début du concert et notre trac avec lui !
Plus sérieusement, ce terme de « cadavre » vient en fait de notre attrait pour ce jeu si particulier du «cadavre exquis » inventé par les surréalistes. Les règles sont simples : chacun des participants écrit un mot (dont la nature est préalablement définie – verbe, nom, adjectif etc) à la suite du participant précédent. On découvre à la fin de la séance une phrase composée aléatoirement par l’ensemble du groupe et qui crée très souvent de belles surprises, des sens jamais explorés pour des mots d’utilisation commune, des connexions hasardeuses entre les différents participants…
Et puis c’est que le poète Chatterton est mort.
Enfin, si nous sommes incandescents c’est à cause du feu de notre nom !


Faire de la musique c’est aussi pour nous une façon de chercher la finesse, l’exubérance et l’insolence, comme ces figures du XIXe siècle que nous aimons : Wilde, d’Aurevilly, Huysmans...


Plutôt que le dandysme, terme qui revient régulièrement à votre propos, n'est ce pas la mélancolie qui est le véritable moteur du groupe, l'essence même de votre musique?

Clément. Même si ce ne sont pas nos deux uniques moteurs, les deux en font partie ! Nous ne sommes pas des dandys revendiqués, mais nous assumons ce qualificatif. Faire de la musique c’est aussi pour nous une façon de chercher la finesse, l’exubérance et l’insolence, comme ces figures du XIXe siècle que nous aimons : Wilde, d’Aurevilly, Huysmans...
Et s’il y a une certaine forme de mélancolie dans notre musique c’est peut-être parce que nous arrivons mieux et plus naturellement à faire transparaître nos émotions quand elles sont plutôt  tristes. Mais la mélancolie ne constitue pas l’essence du groupe : il nous arrive même d’être joyeux !

L'utilisation de la langue de Molière a-t-elle toujours été une évidence pour vous ?

Clément. Oui, nous ne sommes jamais posé la question d’écrire dans une autre langue.

Où puisez-vous l'inspiration pour vos textes ?

Clément. Dans le quotidien (dans tous les sens du terme d’ailleurs : les journaux sont une source invraisemblable). Tous les sujets nous inspirent. Les histoires d’amour, les accidents… Les femmes sont évidemment sujets inépuisables. Mais même quand on les raconte elles peuvent être un prétexte pour dire aussi d’autres choses. La Malinche raconte autant la vie d’un personnage contrasté et mythique, qu’une histoire d’amour exotique.
Feu! Chatterton // La Malinche

Bien que vous rejetiez le terme de groupe engagé, vous ne restez pas indifférent à l'actualité. Preuve en est notamment le titre Côte Concorde. Que vous a inspiré l'attentat contre Charlie Hebdo ? Face à de tels actes odieux, la musique peut-elle être une réponse ?

Clément. Nous pensons qu’il n’est pas forcément nécessaire de revendiquer frontalement, littéralement, une opinion politique dans une chanson. C’est qui ne nous empêche pas de dire ce que l’on pense. Côte Concorde raconte par exemple le fameux naufrage du Costa Concordia. Mais cette chanson ne raconte pas que ça : ce point de départ nous permet de dépeindre dans le même temps une certaine facette des sociétés modernes.
Les attentats à Paris nous ont tous transpercé d’horreur. Nous nous sommes retrouvés place de la République le jour des assassinats de Charlie Hebdo, et sommes allés à la grande marche du 11 janvier. Il nous semblait impensable de ne pas se mobiliser dans la rue face à de tels actes.

On vous compare souvent à Gainsbourg, Bashung, on cite aussi Radiohead, Noir Désir, Joy Division parmi vos influences. Et si je vous dis Léo Ferré ?

Clément. Toutes ces références nous parlent, parmi encore beaucoup d’autres. Mais ces comparaisons sont trop flatteuses ! Tous sont des maîtres. Ils ont su garder ce feu qui les habitait intact et le raviver souvent. Léo Ferré le premier. Nous aimons tout particulièrement ses mises en chanson des poèmes d’Aragon (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?,  L’étrangère… ! ) Et son fascinant album de 1973 Et… Basta !

Que vous suggère cette vidéo ?

bertrand belin un déluge
Clément. Nous aimons beaucoup Bertrand Belin. Nous l’avons découvert avec Hypernuit, son précédent album, que nous avons beaucoup écouté (La Chaleur, Y en a-t-il, Vertige Horizontal sont de magnifiques chansons). On a eu la chance de le rencontrer le mois dernier pour jouer et enregistrer ensemble pour France 4, une reprise de « O Marie » de Daniel Lanois qu’il nous a fait découvrir. C’est un chanteur et musicien incroyable, il nous a impressionné dès sa première apparition en studio de répétition !

Quel groupe, quel concert, vous a marqué récemment ?

Clément. En 2014 on a pu découvrir plusieurs disques d’artistes qu’on adore, Mac Demarco, King Krule, le dernier album de Lana Del Rey… Et le concert de Mac Demarco au Bataclan était incroyable.
Mac DeMarco - Full Performance (Live on KEXP)

Depuis votre premier EP sorti en septembre, vous n'arrêtez pas : concerts, télés, radios, promo, métro, dodo... le rêve est-il devenu réalité ou cauchemar ?

Clément. Le rêve est devenu travail ! Tout ce qui se passe nous fait énormément plaisir et on est toujours aussi flattés d’être sollicités par les médias pour parler de notre musique. Ce qui est le plus fou finalement, c’est que l’on arrive aujourd’hui à vivre de ça : faire des concerts (la toute première tournée du groupe s’est achevée fin décembre), composer, enregistrer… Sans savoir combien de temps cela durera, c’est déjà un accomplissement incroyable pour nous.

Votre objectif pour 2015 est je crois de sortir un album. Qu'est ce que vous en attendez ?

Clément. Nous sommes en ce moment en train d’y travailler. Nous faisons plusieurs sessions de résidence de composition et de maquettage en dehors de Paris, au vert, pendant l’hiver. Certains des titres qui figureront sur l’album existent depuis longtemps, d’autres ont été composés pendant la tournée, et certains naîtront peut-être en studio !
Nous espérons que ce tout premier album sera beau, ambitieux, honnête et que ce qu’on y raconte touchera. Tout ça à la fois !
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Feu! Chatterton live Culturebox

Vous considérez-vous comme un groupe de studio ou un groupe de scène ?

Clément. Depuis 3 ans que nous existons, nous avons une expérience sur scène beaucoup plus importante qu’en studio. Avant de pouvoir enregistrer notre premier EP et de partir en tournée, nous avons passé près de deux ans à sillonner les bars et petites salles parisiennes, sans avoir enregistré le moindre disque.
Cette expérience sur scène est ensuite venue nourrir notre travail en studio, et nous enregistrons aujourd’hui la plupart de nos titres en condition « live », c’est-à-dire avec un maximum d’instruments joués en même temps, dans une même pièce, pour retranscrire l’énergie des concerts dans les enregistrements. En retour, les arrangements additionnels de studio viennent souvent enrichir nos titres joués sur scène.

La plupart de vos concerts sont complets. Pourquoi vous êtes-vous fatigués à répondre à ces questions ?

Clément. Ahahah. Car elles étaient fort intéressantes !

Merci beaucoup Clément, merci beaucoup Feu! Chatterton


Propos recueillis par Eric Guillaud le 19 janvier 2015. Plus d'infos sur le groupe ici


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