Le Mans : "la dernière solution, c'est le transfert des patients", l'hôpital et les établissements de santé sarthois sous extrême tension

Publié le Mis à jour le
Écrit par Céline Dupeyrat .

Grippe, covid, gastro-entérite, 3 épidémies qui s'entrechoquent alors qu'en Sarthe, comme ailleurs on manque de médecins généralistes et de moyens humains dans les établissements de santé. Résultat : les patients affluent aux urgences, les services hospitaliers sont débordés.

Manque de personnel, saturation des équipes, en milieu de semaine l'ARS de la Sarthe demandait le déclenchement du plan blanc, c'est au tour aujourd'hui des directeurs d'établissements de tirer la sonnette d'alarme. Jusqu'à 150 personnes passent chaque jour aux urgences, du jamais vu ou presque.

A l'hôpital du Mans la situation est critique. "La situation est tendue sur tout le territoire sarthois. Il y a une conjonction de différents facteurs, trois épidémies, le covid, la gastro-entérite, et la grippe. On pense que les pics sont passés mais il y toujours beaucoup de patients fragiles comme les enfants et les personnes âgée qui viennent pour être prises en charge sur ces maladies, explique Guillaume Laurent", directeur du Centre Hospitalier du Mans."

"Nous mettons en danger le fonctionnement même de l'hôpital"

"A l'heure qu'il est il y a plus d'entrées que de possibilités d'hospitalisations. N'ayant pas de lits nous sommes obligés de garder les gens aux urgences, dans des installations totalement précaires. En psychiatrie par exemple, faute de moyens,  l'accueil n'est pas toujours sécurisé.", déplore Marc Gandon représentant syndical FO. 

Depuis déjà des années les syndicats dénoncent le manque criant de soignants.

Là on est dans la zone limite. Demain, si nous avons trop d'arrêts nous mettons tout simplement en danger le fonctionnement même de l'hôpital. A 5 soignants près demain les urgences peuvent fermer

Marc Gandon Représentant syndical FO

Trop de postes vacants

Si les épidémies ne facilitent pas la donne, elles ne sont pas responsables de tout. L'hôpital doit aussi faire face à une crise du recrutement des personnels soignants. "Le contexte est complexe depuis plusieurs années, aujourd'hui c'est carrément tendu. Et tout cela mobilise beaucoup nos équipes. On se doit de saluer aujourd'hui leur engagement, leur résilience mais les équipes sont fatiguées et souhaitent pouvoir passer à autre chose. Pour l'instant c'est impossible", confie Guillaume Laurent, directeur du Centre Hospitalier du Mans.

Sur l'hôpital du Mans 30 postes d'infirmiers et 20 postes d'aide soignants sont vacants. "Les autres établissements du territoire connaissent ce manque de postes aussi. Nous recrutons de jeunes professionnels mais cela ne suffit pas à combler", déplore le directeur.

"Des patients qui restent plusieurs heures sur des brancards avant de pouvoir être orientés ça devient habituel, ce qui est assez difficile à vivre. On essaye de les installer au mieux mais cela reste assez compliqué de regarder ces personnes âgées là. Ça devient très difficile de leur proposer un parcours simple et optimal", confie Marc-Antoine Renon qui fait fonction de cadre infirmier aux Urgences

Cette situation est la même partout, public et privé. Il n'y a même pas de concurrence entre nous, nous sommes tous logés à la même enseigne

Guillaume Laurent, directeur du Centre Hospitalier du Mans

La réserve sanitaire en soutien

"Nous cherchons des recrutements extérieurs mais aussi, à moyen terme, à faire augmenter le nombre de places en formation dans les écoles d'infirmiers. Pour en voir les effets cela prendra plusieurs années. Il faut trois ans pour former un professionnel. Ce qui veut dire qu'à très court terme on se repose sur la réserve sanitaire qui ne peut peut-être qu'un soutien ponctuel sur quelques jours, quelques semaines tout au plus. Numériquement cela représente quatre personnes au niveau de l'établissement de santé mentale, des urgences et du pôle santé sud. C'est un nombre certes limité mais qui nous aide et soutien les équipes. ", ajoute Guillaume Laurent.

Et de préciser : "la dernière solution, c'est d'organiser des transferts de patients sur le territoire après avoir bien informé les malades et leurs familles. En ce moment, c'est le pôle santé de Sarthe et Loir qui nous aide dans cette situation de saturation".

Partout, les chiffres inquiètent

Partout les chiffres sont alarmants. A la Ferté-Bernard 22 emplois en moins. 26 ETP de personnels soignants en moins sur le pôle santé Sarthe et Loire, rien de très rassurant. Et les conséquences sont immédiates. 

"Nous avons été obligés de fermer 50 lits sur l' Ehpad de Sablé, d'autres sont aussi fermés sur le pôle santé Sarthe et Loire et sur la Ferté Bernard c'est un service entier! Pour l'été, nous annonçons d'ores et déjà d'autres fermetures pour que nos équipes puissent partir en congés. Elles en ont réellement besoin", constate Catherine Robic directrice du centre hospitalier de la Ferté Bernard et du pôle santé Sarthe et Loir.

Nous avons des équipes engagées. Elles ont tenu dans la crise sanitaire. Elles sont épuisées. Il faut qu'on puisse les préserver. Il faut saluer leur dévouement et leur courage

Catherine Robic, directrice du Centre Hospitalier de la Ferté-Bernard

"Nous réfléchissons à tout, aux transferts de patients, de personnels, un travail peut aussi être fait avec la médecine de ville pour éviter l'arrivée sur les urgences, l'arrivée en hospitalisation. Oui la situation est inquiétante", confirme la directrice du Centre Hospitalier de la Ferté-Bernard et du pôle santé Sarthe et Loir.

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