Vendée : " Impossible de gérer l’angoisse de vivre confiné" - Proche malade, les aidants ont encore besoin de soutien

En France, huit millions d'aidants accompagnent un proche malade ou en situation de handicap. Face à la difficulté du quotidien, des associations leur viennent en aide. Avec le confinement, elles se sont révélées essentielles.
L'association Bulle d'Air en Vendée, propose des relayeurs pour soulager les aidants
L'association Bulle d'Air en Vendée, propose des relayeurs pour soulager les aidants © France Pays de la Loire
Entre Noëlle et Jean Bourbé, la communication n’est plus aussi claire qu’avant. Ils se parlent avec les yeux et quelques gestes discrets. Après deux AVC, Jean a perdu à 90 ans, l’usage de la parole. Il se déplace aussi avec beaucoup de difficultés. Son épouse veille alors sur lui au quotidien dans leur appartement de La Roche-sur-Yon en Vendée. Elle est ce qu'on appelle une aidante.

Ils seraient 8 à 11 millions en France, principalement des femmes, à aider un proche au quotidien. 

L’épreuve du confinement

Après des mois de confinement et l'hospitalisation de son mari en juin dernier, Noëlle prend pourtant conscience de sa propre fragilité et de la nécessité de se faire accompagner. "Son docteur m’avait dit de faire attention, car je risquais de glisser avec lui."
 
Sans l’aide médicale habituelle, le confinement s’est révélé être une épreuve supplémentaire pour les aidants. Dans une enquête réalisée auprès de 789 personnes par le collectif Je t’Aide, 21% estiment n’avoir aucune solution pour aider l’aidant en l’absence de professionnel. Et dans 42% des cas, devaient se résoudre à réaliser eux-mêmes les actes pratiqués par les soignants, sans y être formés. 

"Impossibilité de gérer l’angoisse de vivre confiné"

C’est notamment la charge de l’aide ressentie maximale qui a triplé pendant le confinement. Les problèmes communs à 63 millions de Français pendant ces quelques semaines - manque d’activités sportives et culturelles, sorties limitées, angoisse, etc - se sont transformées en véritables handicaps pour les aidés et leur aidants. 

Les crises de colère avec coups se sont intensifiées et multipliées. Il demande de la nourriture, c’est incessant. Il a des obsessions mentales qui ont augmenté, le sommeil s’est dégradé (réveil toutes les heures). Impossibilité de gérer l’angoisse de vivre confiné : il voudrait sortir en permanence, donc il s’échappe de l’appartement régulièrement si on oublie de fermer la porte

peut-on ainsi lire parmi les témoignages. 

Les associations à la rescousse

Depuis quelques mois, Noëlle et Jean peuvent bénéficier d’une relayeuse de l’association Bulle d’air. Deux fois par semaine, Céline Vicomte vient s’occuper de Jean. Elle lui fait faire des activités adaptées et lui fait la conversation. 

Grâce à la présence de Céline, Noëlle renoue avec sa vie sociale. "C'est un vrai bonheur de pouvoir effectivement respirer. Partir de chez soi". Elle se soulève du poids de la culpabilité car elle perçoit aussi les bienfaits pour son mari. "C’est bien qu’il soit avec quelqu'un d'autre parce qu'il est complètement différent, avec Céline".

En Vendée, l’association Bulle d’air emploie actuellement 11 relayeurs et relayeuses, principalement des gens issus du monde médical nécessitant un complément d’emploi.

Trois mois de congés

Depuis le 1er octobre 2020, les aidants peuvent bénéficier d’un congé de 3 mois, rémunéré entre 43 et 52 euros par jour. Une "belle avancée" pour Patricia Le Rose, Présidente de France Alzheimer en Loire-Atlantique, mais encore trop insuffisant. 

Elle-même a été aidante pour ses parents atteints de la maladie d’Alzheimer :

Heureusement, j’ai pu m’appuyer sur une équipe et sur ma famille qui m’ont beaucoup aidé

Actuellement, il existe une formation gratuite pour les aidants. Pour elle, cette formation est "essentielle", ne serait-ce que pour l’échange avec les autres. "En arrivant, ils sont fatigués, stressés. En ressortant, ils ont déjà le sourire parce qu’ils ont pu échanger avec des gens qui ont les mêmes soucis qu’eux." Elle ajoute, "on voit qu’au fil de la formation, il se crée des amitiés".

► Le reportage de notre rédaction
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
handicap société santé