Coronavirus : les skippeuses du Vendée Globe au temps du confinement

Elles sont 6 femmes à être inscrites pour prendre le départ du Vendée Globe en novembre prochain. Confinement oblige, elles ont vu leurs programmes, chargés ce printemps, bouleversés. Comment se prépare-t-on à un tour du monde à la voile en solitaire quand on ne peut pas quitter son domicile ?

Entraînement sportif et vie de famille, Sam Davies assure sur tous les plans.
Entraînement sportif et vie de famille, Sam Davies assure sur tous les plans. © Sam Davies
C’est au cours de sa balade quotidienne que nous discutons avec Sam Davies. La navigatrice a la chance d’habiter à Tregunc dans le Finistère. De sa maison, elle entend les oiseaux et les vagues. Elle peut même apercevoir la mer qui se trouve à moins d’un kilomètre. 

Au mois d'avril, elle avait prévu de s’entraîner avant de s’engager sur deux transats : la Transat CIC qui part de Brest le 10 mai prochain et la course entre New York et les Sables d’Olonne le 16 juin.
"Le programme était tellement chargé que je pensais que j’allais être éloignée de mon fils et finalement c’est l’inverse donc je profite. Il a 8 ans donc c’est un âge où on est encore super heureux d’être enfermé avec ses parents" En plus d’être devenue, comme beaucoup de parents en France, maîtresse d’école, la navigatrice enchaîne les séances de sport, les formations à la communication avec les médias et la météo, un programme qui laisse peu de place au stress.

"Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde, je relativise. Je côtoie pas mal le milieu médical avec mon association (Initiatives Coeur, ndlr), donc je vois comment ils travaillent, ils sont passionnés, ils sauvent des vies et là ils combattent quelque chose qu’on n’a jamais vu. J’espère que dans un futur proche, on va pouvoir rebooster ces gens là en les faisant rêver un peu, en partageant nos aventures".
 

"J'espère que les comportements vont changer"

Partager ses aventures, c’est également ce qui motive Alexia Barrier. Avec son association 4myplanet, elle a l’habitude de parler de la défense des océans avec les enfants. Pendant cette période de confinement, chaque matin, elle raconte une "histoire de mer" en direct sur sa page Facebook. "Quand on voit comment la planète réagit du fait de la baisse de l’activité humaine… les animaux qui ressortent, les ciels bleus… j’espère que les gens garderont ces images en tête et que les comportements vont changer" indique t-elle.

Sur un plan pratique, la skippeuse doit encore boucler son budget pour le Vendée Globe. "Ça a mis un coup de frein à certaines discussions avec des partenaires potentiels, c’est sûr. Mais tout n’est pas à l’arrêt, cette semaine on a été contacté par une société américaine". 

Au mois d’avril, certaines entreprises avaient réservé son bateau à Toulon pour des journées de Team building. Tout a été annulé. "On a perdu 40 000 euros, pour notre projet, fébrile économiquement parlant, c’est compliqué". Mais la navigatrice n’est pas inquiète. Elle redouble d’efforts pour communiquer sur son projet et "espère que ce travail pourra les aider à se placer après le confinement".
 

Ne pas trop remplir ses journées

De son côté Isabelle Joshcke, elle, fait partie des quatre candidats au tour du monde qui doivent encore boucler une course océanique en solo pour valider leur qualification. Comme Sam Davies, elle devait participer aux deux transats de mai et juin. Finalement, elle reste chez elle à Lorient, dans une maison avec un petit jardin. Et si elle dit "avoir eu son quota de mer" puisqu’elle a navigué en solitaire 20 jours fin janvier, elle regrette de ne pas pouvoir "engranger plus d’expérience". 
Isabelle Joschke profite de ce confinement pour se perfectionner en météo.
Isabelle Joschke profite de ce confinement pour se perfectionner en météo. © Thierry Martinez
Pour compenser, elle travaille beaucoup sur des logiciels de navigation, passe du temps à se former sur la météo et surtout ne remplit pas trop ses journées.

"L’idée, c’est d’être dans le repos, pas dans l’épuisement. J’ai moins de choses à faire donc je me concentre dessus et je les fais bien. Dans notre métier, au fil des années, explique t-elle, il y a énormément de fatigue qui s’accumule, beaucoup de nuits blanches. Donc là, c’est le moment de dormir, de mettre en place autour de moi quelque chose de zen et de serein".
 

"Il n'y a pas assez d'heures dans la journée"

Pour Miranda Merron en revanche, difficile de dormir. Confinée dans son domicile-chantier à Barneville-Carteret, dans la Manche, la skippeuse regrette de ne pas pouvoir accéder à son bateau.

"C’est légèrement angoissant par rapport à tout ce qu’il nous reste à faire". Mais avec son compagnon-préparateur, Halvard Mabire, elle en profite pour avancer sur l’administratif, la comptabilité et le rangement. "Il y a des caisses dans notre camion qui n’ont pas été rangées depuis deux ou trois ans, ça fait beaucoup de bazar." Côté préparation physique, elle s’adapte. Tous les matins, elle retrouve des copines sur l'application Zoom pour une séance de sport. Elle a la chance d'avoir " de la place pour jouer au badminton", et certains de ses amis lui ont prêté un rameur. Ajoutez à cela un peu de bricolage avec les plombs de lestage qui font office de poids, et vous avez un programme sportif intensif. "Il n'y a pas assez d'heures dans une journée !".
 

"J'ai hâte de me prendre des vagues dans la figure"

Retour en Bretagne où Clarisse Cremer nous répond pendant qu'elle fait son marché. La plus jeune des navigatrices incrites pour le Vendée Globe vit près de Lorient avec son compagnon, le navigateur Tanguy Le Turquais. "Il n'y a pas grand chose qui peut remplacer la navigation", confie-t-elle.

Diplômée en business d'une université américaine et de HEC Paris, Clarisse est une communiquante dans l'âme. Alors elle profite de ce confinement pour parler de son expérience avec des marins qui veulent se lancer, répondre à des sollicitations pour des podcasts... etc

"Quand on ne peut pas faire ce qu’on aime, on se rend encore plus compte de la valeur que ça a. On fait partie des privilégiés". La mer lui manque mais elle relativise. "Il y a bien pire dans la vie en ce moment". Hier, elle a posté une vidéo sur sa page Facebook d'un entraînement made in confinement. "C'était un clin d'oeil et un bon moment à passer avec Tanguy, mais j’ai hâte de pouvoir me prendre des vagues d'eau salée dans la figure...avec de l’eau douce, ça fait pas du tout le même effet ! "
 
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