Vendée Globe : après plus de deux mois seuls en mer, ils redoutent une arrivée sans public aux Sables d'Olonne

Pour Arnaud Boissières, ce sera sa quatrième arrivée d'affilée dans un Vendée Globe mais avec un goût particulier. Car elle se fera sans public, le long du chenal qui mène à Port-Olonna. "Une fête de famille sans la moitié des invités" regrette le skipper. Même impression chez d'autres concurrents.

"On s’attendait à faire une grande fête. Ce ne sera pas possible.  C'est dommage !" Maxime Sorel.
"On s’attendait à faire une grande fête. Ce ne sera pas possible.  C'est dommage !" Maxime Sorel. © Boissières Tripon Sorel

Au téléphone, la qualité de la liaison est étonnante. Le son est clair, pas un bruit ne parasite la conversation. On n'a pas l'impression que le skipper de "La Mie Câline Artisans Artipôle" est au milieu de l'Atlantique. "Je suis dans la descente (qui mène à la zone de vie), il fait 33°, ça va" répond calmement Arnaud Boissières.

Ce 21 janvier, il estime son arrivée, espère-t-il, autour du 17 février. Mais une drôle d'arrivée. Sans public le long du chenal. Or, la foule qui se massait lors des éditions précédentes était le premier des trophées pour tous ceux qui parvenaient à boucler ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance.


"On en parle entre coureurs"

"L’arrivée, c’est synonyme de fête, se rappelle Arnaud Boissières qui en est à son quatrième Vendée Globe, de monde autour de toi, de partage de bonne humeur. "

La perspective de finir l'aventure dans un port quasi vide ne réjouit personne. "On en parle entre coureurs, dit-il ça reste frustrant pour nous mais c’est plus frustrant pour le public."

Quand on rentre du Vendée Globe, on attrape toujours un rhume ou une gastro, il ne manquerait plus qu’on attrape le covid !

Arnaud Boissières

Arnaud dit aimer cette course pour son côté fête populaire. "La première fois (à son arrivée en 2009),  j’ai fait 7ème, il y avait énormément de monde (le long du chenal) je ne m’attendais pas à ça. Là, il n’y aura personne. Tu vas arriver comme un jour normal, ordinaire, après un entraînement, tu amarres le bateau, on boit un coup. Tiens t’as fait quoi toi ? Ben j’ai fait un tour du monde... Quand tu fais une fête de famille et que la moitié ne vient pas, c’est frustrant. L’avantage, c’est que je suis basé aux Sables d’Olonne, et les jours qui suivront, je vais voir beaucoup de monde."

 

"Jai envie de les voir" 

Maxime Sorel a su trouver le bon côté d'un départ à huis clos. Le skipper de "V and B-Mayenne" se souvient de ce 8 novembre comme d'un jour où il sentait une grosse pression  sur ses épaules. C'était son premier départ d'un tour du monde. "C'était déjà chaud" dit-il. Le public, pense-t-il, aurait rajouté de la pression.

Ce 21 janvier, Maxime était à la hauteur de Dakar, en dixième position, à environ 1 000 km du leader Charlie Dalin, plus haut donc dans l'Atlantique qu'Arnaud Boissières, quinzième. Il espère arriver le 30 janvier. Mais une arrivée dans les même conditions que le départ, sans public, le frustre de la fête. 

On s’attendait à pouvoir recevoir nos partenaires, faire une grande fête. Ce ne sera pas possible. C'est dommage.

Maxime Sorel

En fait, dans sa réponse, tout comme Arnaud, Maxime pense à tous ceux qui auraient bien voulu et qui ne pourront assister à l'arrivée.

"J’ai des tas de messages de gens qui veulent venir à l’arrivée, dit-il. C’est une joie pour eux. Les gens ont envie de venir nous voir et j’ai envie de les voir."

 

"C’est clair qu’on aurait rêvé d’autre chose"

Le skipper aurait voulu partager sa joie d'être de retour, d'avoir réussi le tour de force de boucler la boucle et d'être revenu avec V and B-Mayenne à bon port. Il avait envie de cette foule.

"On aura fait 80 à 85 jours en mer mais je suis pas un solitaire dans l’âme. Je ne fais pas le Vendée Globe pour être seul." 

Un exercice des plus difficiles attend Maxime, comme tous les autres, faire un choix. "On a le droit d’avoir un certain nombre de personnes sur le ponton, nous explique-t-il. C’est un choix qui est hyper dur à faire. C’est clair qu’on aurait rêvé d’autre chose."

 

"On les prive d'un moment de liberté"

Armel Tripon était ce 22 janvier en 11ème position, derrière Maxime Sorel. 

"Quand pensez-vous arriver ? C'est, dit-il, la question à mille euros. Je pense arriver dans sept ou huit jours."

A la barre de "L'Occitane en Provence", le Nantais dit s'être fait à l'idée d'une arrivée en mode confinement. "C'est un peu tristoune, enchaîne-t-il. Plus pour les gens. C'est quand même un événement sympa. Voir des bateaux arriver après un tour du monde, c'est symbolique et on les prive d'un moment de liberté finalement, en dehors du temps, qui fait rêver, qui aide à penser à autre chose, qui amène de l'évasion."

Au départ, on fait abstraction de tout ça. A l'arrivée, c'est quand même les moments les plus sympas à partager. On attendra quelques mois avant de revivre ça.

Armel Tripon

Armel s'étonne aussi de la décision : "On est en plein air, il y aurait pu y avoir du monde masqué !" 

 

Un retour presque redouté pour certains

Quant au retour à la vie à terre, dans ce contexte de crise sanitaire, il ne fait pas rêver non plus. 

"Le retour dans le monde confiné va être assez brutal, prévient Armel Tripon. Bien sûr ça va être chouette de retrouver la famille, je vais passer du temps avec eux. Mais ce qui fait la vie à terre, c'est de pouvoir retrouver un café, une terrasse, pouvoir traîner, voir des amis, aller au resto. Et ça, il n'y a même plus ! Donc, oui, ça va être un peu brutal. On va passer d'un moment de liberté intense, énorme, où pendant deux mois et demi on faisait ce qu'on voulait, on était seul, à notre rythme, au rythme du bateau, du soleil. C'est une vie libre, pleine, heureuse, à une vie enfermée, très contrôlée, très strict. "

Maxime Sorel dit avoir un peu de mal à imaginer ce retour dans un monde confiné. Même s'il se souvient qu'il a, quelque part dans le bateau, un masque.

"Le plus normal c’est ce qu’on vit nous, concurrents du Vendée Globe, déclare Arnaud Boissières. Le plus anormal, c’est vous, qui vivez masqués et dangereusement ! 

Le confinement, j’ai l’impression que c’était il y a 20 ans. Et revivre ça… On vivait avec des contraintes de gens de mer. Là, ce sera des contraintes de gens de terre

Arnaud Boissières

Arnaud sait bien que nombre de skippers ont un moment de déprime après leur retour à terre.  "Comme après un accouchement, dit-il, un baby flop ! Pas mal de concurrents le vivent mal." Pour s'en protéger, il a toujours un projet de côté.

Le contexte actuel risque de ne pas être aidant...

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