Alpes de Haute-Provence : des nichoirs à chauves-souris pour lutter contre les moustiques

Lutter contre les moustiques avec les chauves-souris. C'est le pari du réseau de transport de l'électricité et de l'association "Chiroptères de Provence". A Saint-Tulle dans les Alpes de Haute-Provence, 80 nichoirs ont été installés dans le cadre d'une expérimentation. 

 

L'idée est venue du Réseau de transport d'électricité (RTE). L'entreprise a proposé d'installer des nichoirs pour chauves-souris sur les logements de fonction de ses salariés pour les aider à lutter contre l'invasion de moustiques.

C'est un des salariés de RTE, après avoir vu un reportage sur les bienfaits des chauves-souris dans la chaîne alimentaire, qui a proposé à sa direction de se lancer dans cette expérimentation.

L'entreprise a ensuite constacté le GCP "groupe chiroptères de Provence", une association de protection des chauves-souris de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

"Cette démarche vise à réduire la nuisance des moustiques avec une solution écologique et à sensibiliser les familles de ces logements à la préservation de cette espèce menacée", détaille RTE.

Ensemble, ils ont imaginé le projet, confié à un ESAT (établissement et service d'aide par le travail) la fabrication de ces nichoirs. 80 ont été installés, le 23 mars. 

Le "groupe chiroptères de Provence (GCP)" a dû au préalable rechercher les sites sur lesquels l'expérimentation pourrait être menée.

"Nous avons posé des micros près des maisons des salariés de RTE qui souhaitaient participer à cette expérimentation, pour enregistrer l'activité nocturne des chauves-souris. Avec ces sons enregistrés, nous avons pu déterminer quelles espèces de chauves-souris étaient présentes", explique Delphine Bellet, chargée de mission pour le GCP.

En sachant quelle espèce fréquente le site, le GCP a pu travailler sur la modélisation des nichoirs, la taille, la forme et l'aspect.

"Nous avons fait les plans et nous les avons fournis à l’ESAT de la Haute-Lèbre qui a assuré la fabrication", explique Delphine Bellet.

"Les nichoirs sont en pin maritime, en bois brut, avec une bonne épaisseur, il faut que cela tienne longtemps environ une dizaine année".

3000 moustiques chaque nuit

L'étude va être suivie sur plusieurs années, au moins cinq ans sur les nichoirs et avec l'aide des salariés qui feront des retours sur la fréquentation des chauves-souris et sur la baisse de la présence des moustiques.

Il existe 1400 espèces de chauves-souris dans le monde. Seules les chauves souris françaises sont insectivores.

"Là c'est une expérimentation. On a mis les nichoirs pour attirer les chauves-souris pipistrelles. Un seul individu de cette espèce méconnue est capable de déguster près de 3000 moustiques chaque nuit", précise la spécialiste des chiroptères.

"On espère que les chauves-souris vont venir habiter les nichoirs, mais on ne sait pas combien de temps elles vont mettre pour s'emparer des lieux", note la chargée de projet du GCP .

"Aucune transmission du Covid n'a été faite de la chauve-souris vers l'Homme", tient à préciser Delphine Bellet avant d'ajouter qu'"en termes de nuisance sonore, la chauve-souris n'est pas bruyante".

La seule trace de son passage peut-être le guano laissé aux alentours du nichoir. "Comme ce sont des nichoirs extérieurs, il peut y avoir un peu de guano, et on a identifié où mettre les nichoirs pour ne pas subir ces nuisances", précise la chargée de mission. Le guano est par ailleurs un très bon engrais naturel.

"Après, comme tous les animaux sauvages, la chauve-souris peut être porteuse de maladies. Il ne faut pas les déranger ni tenter de les toucher sans gants, en raison des risques de morsures".

Les chauves souris espèces menacées

"Une chauve-souris a un seul petit par an, et les femelles mettent bas en été", précise Delphine Bellet. C'est peu et c'est dire si l'espèce peut être menacée si les chauves-souris sont tuées. 

Les chats domestiques sont leurs principaux prédateurs après l'homme. "On a mis les nichoirs assez haut pour éviter que les chats les capturent".

Dans cette expérimentation, les petits vont partir avec les femelles, et revenir coloniser un autre nichoir pas loin de celui de la mère, et donc peupler petit à petit les nichoirs.

La survie des chauves-souris dépend ainsi de leur pouvoir d’adaptation et de mobilité face aux changements et aux pressions liés aux activités humaines et climatiques.

À terme ce sont près de 200 nichoirs au total prévus d’ici fin mai dans l'ensemble de la région. Cette expérimentation vise également à contribuer à la préservation des espèces.

En France, sur 35 espèces présentes, 19 sont menacées mais aucune éteinte. Entre 2005 et 2015, entre 23 et 30 % des chauves-souris ont disparu.



 

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