Disparition du petit Emile : où en est l'enquête cinq jours après le début des recherches de l'enfant de 2 ans et demi ?

Emile, deux ans et demi, a disparu dans un minuscule hameau des Alpes-de-Haute-Provence, depuis le samedi 8 juillet 2023. Cinq jours plus tard, voici ce que l'on sait de l'enfant, de sa famille et de l'enquête.

Cinq jours après la disparition d'Emile, deux ans et demi, dans un minuscule hameau des Alpes-de-Haute-Provence, l'enquête de terrain est désormais terminée, même si une ultime opération de ratissage a été organisée jeudi 13 juillet. Accident, homicide, enlèvement ? "Toutes les hypothèses" restent étudiées par le parquet qui "ne s'interdit rien". France 3 Provence-Alpes revient sur tous les éléments qui ont été relevés lors de ces cinq jours d'enquête. 

Un ultime ratissage lancé jeudi

Cette opération n'était pas prévue au départ. Un ultime ratissage a été lancé, jeudi, dans le hameau des Alpes-de-Haute-Provence où a disparu samedi le petit Emile. Elle est menée par une cinquantaine de gendarmes mobiles de Gap. Il cible concrètement "les 1,8 km de route entre le hameau du Haut-Vernet et le village du Vernet, ainsi qu'une bande d'environ 10 m de chaque côté de cette voie", a précisé Rémy Avon, le procureur de la République de Digne-les-Bains.

"Cette zone avait déjà été observée durant les battues et avait fait l'objet d'une inspection visuelle", a insisté le magistrat, en soulignant que cette opération était faite "purement par sécurité".

Une disparition qui pose toujours des questions

Samedi, 17h15 : Emile est aperçu pour la dernière fois, seul, par deux voisins qui le voient sortir de la maison de ses grands-parents maternels, au Haut-Vernet, un hameau de 25 habitants accroché au massif des Trois Évêchés, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

C'est le premier jour des vacances d'été. Dans la maison, "plusieurs autres membres de la famille sont également présents" mais aucun des deux parents, précise le parquet. "Le temps que la famille, les proches, les voisins procèdent aux premières vérifications, le premier appel à la gendarmerie intervient vers 18h", explique Rémy Avon, procureur de la République à Digne-les-Bains. 

Dimanche, un appel à témoins est lancé pour retrouver Emile, "deux ans et demi. Yeux : marrons. Cheveux : blond. Taille : 90 cm. Tenue : haut jaune/short blanc (avec un motif vert)/chaussures de randonnée". La photo d'un garçonnet souriant, un pissenlit à l'oreille, l'accompagne. Une ligne téléphonique dédiée est ouverte, au 04.92.36.73.00. Mardi soir, elle avait reçu plus de 1.200 signalements.

Une famille "qui vivait un peu en autarcie" 

Originaire de La Bouilladisse, une commune des Bouches-du-Rhône au pied du Garlaban, la famille d'Emile passe ses vacances au Haut-Vernet depuis une vingtaine d'années, précise le maire du village François Balique. Les grands-parents maternels du garçonnet y possèdent une résidence secondaire.

Le grand-père, ostéopathe à La Bouilladisse, le berceau familial, a eu dix enfants, dont Marie, l'aînée, la mère d'Emile. Dix enfants tous scolarisés à la maison, comme l'a confirmé mercredi le maire de la commune, José Morales.

Ce dernier évoque une famille catholique "très croyante, très discrète, qui vivait un peu en autarcie". Selon le quotidien régional La Provence, ils ne fréquentaient pas la paroisse locale, préférant la messe en latin célébrée dans une église marseillaise.

Les parents d'Emile sont installés en couple à la Bouilladisse depuis environ un an, après leurs études à Marseille. Le père d'Emile avait été candidat aux élections régionales de 2021, en quatrième position pour les Bouches-du-Rhône, sur la liste "Zou!", "la liste qui va vous débarrasser du système", conduite par Valérie Laupiès, ex-Rassemblement national.

Emile n'était pas seul chez ses grands-parents

Selon une information de BFM DICI, une réunion de famille avait lieu chez les grands-parents d'Emile le weekend de sa disparition. Plusieurs oncles et tantes, dont certains mineurs, auraient été présents. En tout, une dizaine de personnes se seraient rendus au Vernet. Un voisin a confirmé à BFM avoir vu le petit garçon samedi matin, ainsi que d'autres enfants de sa famille. 

"Une masse" de données à traiter pour les enquêteurs

Sur le terrain, dans l'enquête ouverte pour "recherche des causes de disparition inquiétante", le parquet adopte une stratégie "de l'escargot" qui se concentre d'abord sur le hameau avant de s'élargir. Pendant deux jours, des centaines de bénévoles, randonneurs, chasseurs, viennent aider les enquêteurs. En vain. Lundi soir, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence annonce la fin des "battues citoyennes" et seules les opérations de "ratissage judiciaire" se sont poursuivies mardi pour s'achever finalement mercredi soir, comme l'a annoncé dans un premier temps le procureur par communiqué. Finalement, un "dernier ratissage" est en cours ce jeudi 13 juin, confirme Rémy Avon. Une cinquantaine de gendarmes effectuent cette battue dans l'espoir de trouver un indice.

Un hélicoptère, des équipes cynophiles, des drones équipés de caméras thermiques : les gendarmes de la section de recherches de Marseille et de la brigade de recherches de Digne-les-Bains sont aussi épaulés par des sapeurs de la Légion étrangère spécialisés dans la recherche de caches. Équipes de détecteurs de métaux hypersensibles, ceux-ci vont jusqu'à sonder les bottes de foin les plus récentes, à la recherche de "matières ferreuses" par exemple une fermeture Éclair ou un bouton des vêtements de l'enfant.

Si l'enquête n'a apporté "aucun indice, aucune information, aucun élément permettant de comprendre la disparition d'Emile", a concédé mardi soir le procureur de Digne, "une masse considérable" de données a cependant été recueillie lors des auditions, des ratissages de terrain et du travail technique et scientifique, notamment au niveau des données téléphoniques.

"Peut-être, sans le savoir, avons-nous récolté un indice déterminant", encore à analyser, a dit le magistrat, annonçant désormais "un second temps" de l'enquête : "un temps plus long, d'analyse, d'examen, moins de terrain".

Les 30 bâtiments composant le minuscule hameau ont tous été fouillés, 12 véhicules visités, les 25 habitants du bourg entendus et 12 hectares de terrain "méticuleusement ratissés". Emile s'est-il perdu seul ? S'agit-il d'un accident, d'un homicide, d'un enlèvement ? "Toutes les hypothèses restent d'actualité, aucune n'est privilégiée et aucune n'est exclue", insistait encore mercredi Rémy Avon.

La fausse piste sur une trace de sang

Mercredi, Le Parisien évoquait dans ses colonnes la présence d'une trace de sang, identifiée par les gendarmes de la section de recherches de Marseille sur une voiture suspecte, dans les environs du Haut Vernet. Finalement, les analyses réalisées en urgence ont permis d’établir qu’il n’appartient pas à l’enfant disparu. Elle proviendrait probablement d'un animal.

-AFP, Gaspard Flamand et Olivier Lucazeau.