#Sauvonsnotresanté : face à la pénurie de médecins Forcalquier mise sur une maison de santé pluridisciplinaire

La ville de Forcalquier veut lutter contre la désertification médicale en créant une maison de santé / © G. Lenz / Arco Images
La ville de Forcalquier veut lutter contre la désertification médicale en créant une maison de santé / © G. Lenz / Arco Images

La France a perdu 8% de ses médecins depuis 2007. Cette pénurie entraîne une désertification médicale, notamment en milieu rural. Forcalquier est classée en zone d'intervention prioritaire par l'ARS. la municipalité va ouvrir une maison de santé pluridisciplinaire pour accueillir les patients.

Par Ludovic Moreau

A Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), il reste actuellement quatre médecins dont deux partiront à la retraite l'été prochain. Ils étaient huit il y a cinq ans. 

Comme de nombreux secteurs dans les deux départements alpins, le territoire de Forcalquier est classé zone d'intervention prioritaire par l'agence régionale de santé (ARS).
Face à cette pénurie de médecins annoncée à très court terme, l'ARS propose plusieurs mesures d'aide pour inciter les jeunes médecins à s'installer, comme l'accompagnement à la création de maison de santé pluridisciplinaire (MSP).

Dans les Hautes-Alpes, déjà six MSP ont été ouvertes et fonctionnent plutôt bien et d'autres sont en projet.
Cartographie des zones en offre de soins insuffisantes éditée par l'Agence régionale de santé Paca. / © IGN ARS PACA
Cartographie des zones en offre de soins insuffisantes éditée par l'Agence régionale de santé Paca. / © IGN ARS PACA
 


Une maison de santé pluridisciplinaire à Forcalquier

Après plus un an de réflexion et la création d'une association composée notamment de médecins, la municipalité de Forcalquier lance un projet de maison de santé pluridisciplinaire. Cette structure de 250 M2 sera situé dans un bâtiment neuf. Coût : 700.000 euros dont 75% est financé par l'Etat, la région et l'intercommunalité. 

Cette MSP sera composée de trois médecins, trois kinésithérapeutes, une sage-femme, une orthophoniste et quatre infirmiers. D'autres professionnels de santé conserveront leur cabinet mais assureront des permanences de soin au sein de la MSP.

Je souhaite que nous apportions une offre de soin permanente du lundi au vendredi de 8H00 à 20H00 et le samedi matin pour tous les habitants du territoire de Forcalquier

indique Gérard Avril, maire de Forcalquier et ajoute :

Il ne s'agit pas d'un centre médical, mais d'une permanence de soin en médecine générale et en soin de suite

Il y a plus d'un an, le docteur Bernard Gache, médecin à Forcalquier, exprimait son inquiétude sur l'avenir de la profession.

Je suis inquiet, on ne voit pas les jeunes médecins arriver

soulignait-il. Il défend le projet de maison de santé.

Elles permettent une prise en charge régulée des patients et de meilleures conditions de travail pour les médecins. Je pense que le médecin n'est plus fait pour travailler seul, mais en équipe

Si le calendrier est respecté, la maison de santé pluridisciplinaire du Pays de Forcalquier devrait ouvrir durant l'été 2019.
 

La désertification médicale entraîne des inégalités d'accès aux soins / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE
La désertification médicale entraîne des inégalités d'accès aux soins / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE


La France va perdre un quart de ses médecins d'ici 2025

Départ en retraite, réticence des jeunes à s'installer en libéral, la France a perdu 8% de ses médecins depuis 2007.
En 2025, la France aura perdu un médecin sur quatre en 20 ans. Ce sont les chiffres officiels du Conseil national de l'Ordre des Médecins.

Cette pénurie affecte aussi bien les territoires ruraux que les zones urbaines. A part quelques rares exceptions, tous les départements enregistrent une baisse de la "densité médicale". Dans certains secteurs, on ne parle même plus de pénurie, mais d'absence totale. Il n'y a plus d'ophtalmologue libéral à Digne-les-Bains, il n'y a plus d'ORL à Manosque et lorsqu'il reste encore un spécialiste, il faut souvent attendre plus de six mois pour obtenir un rendez-vous.
 

Quelles solutions pour lutter contre la pénurie de médecins libéraux ?

Créer une maison de santé, comme à Forcalquier, c'est peut-être une solution, mais ce n'est sûrement pas La solution selon l'avis de nombreux médecins. Plusieurs expériences malheureuses ont été tentées en France, si certaines structures fonctionnent bien, d'autres, malgré les incitations (avantages fiscaux, primes) restent vides.

Pour lutter contre la pénurie de médecins libéraux, beaucoup de propositions sont évoquées.

  • Proposer ou obliger les jeunes internes à faire des stages auprès des médecins libéraux, notamment en milieu rural.
  • Ouvrir le "numerus clausus", ça sera bientôt le cas, mais quand on sait qu'il faut dix ans pour former un médecin, il fallait y penser il y a dix ans.
  • Faire venir des médecins étrangers, quelle tristesse, quand on voit le nombre de jeunes étudiants recalés par une sélection par QCM en première année de médecine. 
  • La télémédecine, une forme de pratique médicale à distance utilisant les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Cet outil "constitue une réponse organisationnelle et technique au vieillissement de la population, à la raréfaction des professionnels de santé et aux contraintes budgétaires" affirme l'ARS.

En attendant il y a urgence, la désertification médicale est un enjeu de santé publique.

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