Cannes : comment des chercheurs niçois font pousser des algues au large des îles de Lérins

Au large des îles de Lérins, 36 supports en pierres ont été implantés. Les petites algues s’y accrochent. Cette expérimentation menée par le laboratoire niçois EcoSeas s’effectue au large des îles de Lérins (Alpes-Maritimes). L'apnéiste antiboise Alice Modolo s'associe à ces recherches.

Les chercheurs de l'université Nice Côte d'Azur sur l'île Sainte Marguerite, Cannes (Alpes-Maritimes) se préparent à installer des supports en pierres qui serviront d'abris aux algues brunes.
Les chercheurs de l'université Nice Côte d'Azur sur l'île Sainte Marguerite, Cannes (Alpes-Maritimes) se préparent à installer des supports en pierres qui serviront d'abris aux algues brunes. © Université Côte d'Azur
Comment faire pousser des algues dans le milieu marin, en mer Méditerranée ? Des chercheurs niçois du laboratoire EcoSeas planchent sur cette idée. L'objectif est de restaurer des forêts marines car elles sont menacées et en régression dans plusieurs endroits du globe. Des forêts marines abîmées par les activités humaines et la pollution.
Rejets d'algues mortes sur les plages de la Méditerranée en septembre 2019.
Rejets d'algues mortes sur les plages de la Méditerranée en septembre 2019. © Patrick Lefevre/BELPRESS/MAXPPP
 

Sites Natura 2000

Cette expérimentation s’effectue actuellement au large des îles de Lérins, dans la baie de Cannes (Alpes-Maritimes). Pour améliorer la productivité des écosystèmes, les expériences sont menées dans les sites Natura 2000, en collaboration avec le chargé de mission Didier Laurent, de la ville d'Antibes et de Cannes. Il s’agit d’une thèse de Margalida Monserrat financée par la région PACA, dirigée par  Luisa Passeron Mangialajo du laboratoire EcoSeas. Ces recherches sur le terrain sont complétées par des expériences sur les effets du changement climatique sont effectuées en laboratoire en collaboration avec Steeve Comeau, du Laboratoire d'Océanologie de Villefrance-sur-Mer. Elles s’insèrent dans un projet Idex de l’Université de Nice (Convost) et un projet européen (Afrimed) qui inclue des partenaires européens : albanais, espagnols, grecs, italiens, marocains et tunisiens. Ces recherches doivent durer trois ans, voire plus à cause du confinement. 
Dans le laboratoire, les petite algues poussent sur des plaques de marbre blanc.
Dans le laboratoire, les petite algues poussent sur des plaques de marbre blanc. © Luisa Passeron Mangialajo
 

36 supports en pierres

L’opération de plantation s’est déroulée après le confinement en juin. Concrètement, 36 supports en pierres ont été implantés au large des îles de Lérins. Les petites algues s’accrochent sur ces supports en pierres. Ensuite, les chercheurs ont tout simplement semé des algues dans plusieurs endroits.
Les supports en pierres ont été immergés près des îles de Lérins.
Les supports en pierres ont été immergés près des îles de Lérins. © Luisa Passeron Mangialajo
 

"Algues adultes de 10cm"

Maintenant, il faut s’armer de patience ! Début juillet, les petites algues commençaient seulement à être visibles. "Sur le terrain, on a des algues adultes de 10 cm", précise Luisa Passeron Mangialajo.
Plongée au large des îles de Lérins (Cannes) pour implanter les algues.
Plongée au large des îles de Lérins (Cannes) pour implanter les algues. © Luisa Passeron Mangialajo
L’apnéiste antiboise Alice Modolo s’intéresse à cette démarche environnementale. Elle y est très sensibilisée, c’est un peu "l’ambassadrice" de ces expériences. Elle a participé à l'immersion des supports en pierres en juin dernier, comme elle l'explique sur son compte Twitter. Contactée, l'apnéiste qui se trouve actuellement en compétition en Grèce, explique les raisons de son engagement :

J’ai besoin d’être sur le terrain pour être engagée car ça donne beaucoup de sens à mes performances sportives, ça m'aide à me surpasser et j’ai besoin qu’il y ait un sens profond. Cela donne aussi des idées aux gens qui ont un peu perdu leurs repères pour se reconnecter à notre habitat, à la nature... C’est une bouffée d'oxygène de travailler aux côtés de gens passionnés ! Et c’est incroyable de voir ces petites algues brunes grandir. Ça paraît pas grand chose mais ce sont ces petits gestes-là qui donnent de l’espoir. Et j’espère que ça va donner des idées pour préserver le littoral.

Alice Modolo, apnéiste

"Protéger le littoral"


Une démarche cohérente pour l'apnéiste car "on sait très bien qu’elles sont là pour protéger le littoral et l’élément dans lequel j’évolue. C’est très enrichissant… Ça me porte aussi dans mes passions. C’est toujours une aventure humaine.

Les crabes, les oursins

Jeudi 10 septembre, les chercheurs vont faire un état des lieux dans la mer. Car les herbivores nocturnes : les crabes, les oursins, les Bernard-l’hermite attaquent ces bébés algues. L'une des plus grandes menaces, d'après la chercheuse d'EcoSeas, ce sont les patelles car "elles peuvent être un herbivore très efficace !" Cette thématique a aussi été étudiée à Villefranche-sur-Mer, dans le Monténégro et en Australie. Une autre expérience est menée en aquarium pour étudier les effets du changement climatique sur la pousse des algues.
Les plantules des algues observées au microscope
Les plantules des algues observées au microscope © Margalida Monserrat
"Ces plantules seront replantées en milieu naturel, si elles survivent", précise la chercheuse. Pollution, réchauffement des mers et activités humaines représentent des menaces importantes pour ces plantes vivantes formant des forêts, essentielles pour l'écosystème marin.
 
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